Dans la station de Céüze, victime du réchauffement climatique, le désarroi des habitants après la fermeture : "on a tous perdu quelque chose là-haut"

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Plus assez de neige. En 2020, la petite station de ski, proche de Gap, fermait définitivement ses portes après 85 ans d’existence. Comment faire face ? Quel avenir pour le site ? Les habitants se confient dans un documentaire inédit, "Après la neige".

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Les herbes folles ont envahi les pistes, la dameuse a terminé sa course au pied du téléski, les commerces ont tiré le rideau. Céüze 2000 est devenu un site fantomatique. Une désolation pour les habitants de la vallée et même au-delà.

Car la station octogénaire a connu son âge d'or, de belles années où les skieurs, enfants du pays et touristes, s’en donnaient à cœur joie, où les remontées mécaniques fonctionnaient à plein régime, où l’hôtel Gaillard résonnait des soirées animées... Le temps où la neige était au rendez-vous.

Une chose qui était évidente, c’était la neige. Quand on se rencontrait en période estivale avec les gens que l’on côtoyait l’hiver, on parlait des skis, des chaussures qu’on allait peut-être acheter... Mais la neige, ça, on n’en parlait pas : la neige sera là, y a pas de problème !

Guy, ancien directeur de la station

Mais les temps ont changé sur ce domaine de moyenne montagne. Au fil des années, la neige a manqué, tandis que les équipements vieillissaient.

Il aurait fallu remettre aux normes les téléskis, un coût monumental. Ni les exploitants, ni les collectivités locales n'ont voulu s’y risquer, alors que le réchauffement climatique était sur toutes les lèvres, raconte le film. Avec des départs de piste à 1500 mètres, Céüze resterait-elle enneigée assez longtemps pour amortir cet investissement ?

Rebondir dans une nouvelle vie

Il ne tombait plus assez de neige sur les pistes de Céüze, alors la station a fermé. Les habitants racontent une autre histoire, la leur. Une histoire collective, celle d’un territoire qui se cherche un nouvel avenir, sans moyens pour le rendre concret. Mais le spectre du changement climatique ne leur laisse plus le choix, il leur faut changer de monde, rebondir dans une nouvelle vie.

En bas dans la vallée, Denis, enfant du pays et ancien directeur de l’école de ski, a dû sauter le pas et se reconvertir. Se relever de cette fermeture a été une épreuve. 

"Ca a été dur, on a tous perdu quelque chose là-haut" souffle-t-il en feuilletant les photos de la belle époque. "C’était une grande famille là-haut : les restaurateurs, les remontées mécaniques, l’école de ski… Tout ce monde-là qui gravitait autour de Céüze, c’était une grande famille, on passait 4 mois et demi ensemble. On profitait un maximum de ces moments-là, je dirais que ça a été mes plus belles années".

En haut, au pied des pistes où rouillent les équipements de ski, François s’est installé et se construit une nouvelle vie. Il a tout plaqué, Paris, son job, pour ce retour total à la nature avec femme et enfants. Se projeter sur ce nouvel espace libre, cet eldorado, était son rêve.

Lui qui croise "beaucoup de fana de nature" s’interroge sur le devenir du site : "c’est un spot extraordinaire, j’ai du mal à concevoir qu’il n’y ait rien de fait, ça c’est le plus étonnant. On se demande pourquoi. Pourquoi il n’y a rien ?"

Bâtir le monde d’après… Les idées ne manquent pas, mais difficile de mener à bien des projets sur ce territoire délaissé par les pouvoirs publics où plus rien n’est financé, même pas la remise en état du site. Denis, François et les autres comprendront-ils que la station a été abandonnée ? Finiront-ils par se rencontrer ? L’avenir de Céüze sera-t-il écrit par les gens du pays ?  Autant de questions que pose le documentaire.

N’importe qui ne peut pas lancer son activité, parce qu’on est sur un territoire protégé avec Natura 2000, une grande partie du territoire qui appartient à un propriétaire privé, une gestion de l’ONF sur la partie forêt… Donc il y a un certain nombre de contraintes qui font que lancer une activité, ça ne va pas de soi et il faut le faire en concertation avec tous les acteurs pour vérifier la faisabilité d’un projet. C’est là qu’il manque une gouvernance et un pilote dans l’avion.

Ariane, une habitante

L'absence de modèle

Il n’existe aucun modèle économique qui ait fait ses preuves pour accompagner la fermeture d’une station de ski. C’est toujours un drame économique.

L’histoire de Céüze fait état d’une fermeture brutale, traumatisante, qui a laissé le territoire sans gouvernance pour une reconversion pourtant possible. Car le site à la beauté sauvage est aujourd’hui fréquenté par de nouveaux adeptes, qui recherchent les plaisirs simples de la montagne... 

"Après la neige"
Un film de 52 mn réalisé par Johann Michalczak, écrit par Virginie Saclier.
Une coproduction France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / Aximée Productions / Nola Films.
Diffusion jeudi 2 mars 2023 à 22h50 sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

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