Procès des mutilations dentaires : "La douleur fait partie de ma vie", les victimes à la barre

Publié le Mis à jour le
Écrit par Virginie Danger, Jean-François Giorgetti

Deuxième semaine du procès des docteurs Guedj, père et fils, devant le tribunal correctionnel de Marseille. Ce lundi 7 mars et pendant trois semaines, les parties civiles vont raconter tour à tour leurs souffrances endurées pendant près de dix ans.

"J'ai été humiliée, la douleur fait partie de ma vie. Je ne parle plus ni ne souris comme avant", témoigne une ancienne patiente et victime présumée des docteurs Guedj.

Comme cette jeune femme, les autres parties civiles se succèdent à la barre.

Face au juge, elles racontent comment elles ont connu le cabinet Guedj, comment s'est déroulé leur premier rendez-vous, en général pour un soin banal, les opérations engagées et le paiement, en partie en espèces.

"Je suis venu pour un détartrage, il m'a trouvé deux-trois caries et je me retrouve avec un dentier en plastique, raconte un plaignant. J'attends juste de refaire toutes les dents, parce que ça fait des années qu'on vit ce cauchemar". 

Il veut tourner la page sur des années de souffrance physique et psychologique. "J'ai perdu mon foyer à cause de ça, parce que je devenais dépressif, la rage de dent m'est montée au cerveau, avec clinique psychiatrique et tout ce qui s'ensuit, ajoute-t-il.

Un calvaire de dix années

Tour à tour, les victimes présumées relatent leur calvaire enduré : l'apparition des premières douleurs, la perte de confiance et la prise de conscience de soins abusifs. Toutes font le douloureux constat d'une vie bouleversée.

Dans la salle d'audience, aux côtés des plaignants, l'association des victimes d'actes de délinquance (AVAD) rassemble des juristes, des psychologues et des travailleurs sociaux.

Présente pendant toute la durée du procès, l'association propose d'aider ceux qui le souhaitent.

"Le sentiment qui prédomine chez les victimes, c'est l'angoisse, la crainte de ce que le tribunal va pouvoir décider à la sortie, cette reconnaissance dont ils ont besoin et qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir à la hauteur de ce qu'ils espèrent. C'est aussi beaucoup de colère et un ressentiment assez fort vis-à-vis des prévenus, et de la tristesse pour beaucoup d'entre eux", relate Gaëlle Le Coroller, cheffe de service de l'AVAD.

La stratégie de défense des deux dentistes reste inchangée. Pour Frédéric Monneret, l'avocat des docteurs Guedj "la question essentielle est celle de l'élément intentionnel". 

Il ajoute que ces clients sont touchés par "cette souffrance humaine."

"Les explications qu'ils donnent consistent à dire avec une certaine humilité "on a fait des erreurs médicales, ces erreurs médicales nous les assumons, mais elles sont involontaires et tout cas on n'a jamais voulu nuire à ces patients et à leur intégrité physique dans le but de faire de l'argent". 

Escroquerie, mutilation, infirmité

Depuis le 28 février, les deux dentistes marseillais comparaissent devant le tribunal correctionnel de Marseille.

Ils sont accusés d'avoir mutilé plus de 300 patients dans leur cabinet dentaire de Saint-Antoine dans les quartiers Nord de Marseille.

Ils auraient arraché ou dévitalisé des dents saines, bâclé des soins et réalisé des opérations injustifiées tout en escroquant la Sécurité sociale.

Jugés pour "violences volontaires ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente" et pour "escroquerie", Lionel Guedj, 41 ans, et son père Carnot Guedj, 70 ans, risquent dix ans d'emprisonnement.

Ce procès hors norme devrait se tenir jusqu’au 8 avril dans une salle de 400 places spécialement aménagée dans une ancienne caserne pour accueillir tout le public.

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