Témoignages : accoucher seule en pleine épidémie de coronavirus, des séances de coaching pour aider les futures mamans

Illustration. Accoucher seule pendant l'épidémie de coronavirus, la crainte de futures mamans / © Stephan Kerff / MaxPPP
Illustration. Accoucher seule pendant l'épidémie de coronavirus, la crainte de futures mamans / © Stephan Kerff / MaxPPP

Attendre un enfant en pleine épidémie du Covid-19, c'est devoir parfois accoucher sans le papa, quitter l’hôpital rapidement et rester confinée avec son bébé. Dans le Var, une expérience pilote va être menée pour accompagner 700 futures mamans.

Par June Raclet, Sophie Accarias

Helisa, enceinte de son troisième enfant, doit accoucher dans les prochains jours à Nice. "Au quotidien, c’est un peu l’ascenseur des émotions" ,explique la maman.

La plupart du temps je suis plutôt sereine. Mais le soir dans le lit, quand je m’imagine partir seule en ambulance, accoucher avec un masque sur le visage et ne pas pouvoir embrasser mon bébé … je ne suis pas en train de rigoler.

Et puis il y a la question de la suite de couches. La consigne des hôpitaux est de renvoyer les mamans et leur bébé chez elle le plus vite possible.

"Ce que j’appréhende le plus, c’est la douleur des tranchées (des contractions douloureuses juste après la naissance, ndlr). Pour ma deuxième fille, elles étaient déjà très fortes et les sages-femmes m’avaient beaucoup soulagé. Là quand je serai seule à la maison, je ne sais pas comment ça va se passer", redoute Helisa.

Pas sans le papa

À 28 ans, Lilas attend quant à elle son premier enfant. Et ce n'est pas le risque de contamination qui la préoccupe. 

Ce qui m'inquiète le plus, c'est d'imaginer devoir accoucher sans mon conjoint. Le papa n’a pas la chance de porter l’enfant, je trouve que c’est essentiel pour les pères qui le veulent de voir naître leur bébé.

Même inquiétude pour Jennifer et Léo, qui attendent leur deuxième enfant.

"Ce serait difficile pour le couple de ne pas pouvoir assister ensemble à l’arrivée du bébé. Mais si c’est pour la sécurité de ma femme, de mon bébé et des soignants, je le comprends", affirme Léo.

"On relativise en se disant qu’on a déjà vécu ensemble à la naissance de notre premier enfant", ajoute le jeune papa.
Jennifer est à son huitième mois de grossesse, enceinte de son deuxième enfant. / © Jennifer
Jennifer est à son huitième mois de grossesse, enceinte de son deuxième enfant. / © Jennifer
Sa femme, Jennifer, veut elle aussi rester optimiste mais reconnaît "un contexte anxiogène". La jeune femme a du mal avec la prise en charge médicale de la fin de grosses à distance.

Mon suivi mensuel avec la sage-femme se fait par téléphone, le rendez-vous avec l’anesthésiste aussi. Personne ne m’ausculte vraiment et je me sens un peu seule dans mon suivi de grossesse.

Les sages-femmes cosmonautes 

Du côté des maternités aussi il a fallu s’adapter. Dans celle où Camille est sage-femme, à Marseille, une unité spéciale pour les femmes contaminées par le virus, ou suspectées de l’être, a été créée il y a quelques jours.

"Quand on doit accoucher ces patientes Covid +, on ressemble à des cosmonautes. Sur-chaussures, sur-blouse, tablier, gants, charlotte, masques FFP2", énumère la sage-femme.

Même pour des dames atteintes d’hépatite ou du sida, on n'est jamais aussi protégées.

La Société Française d'anesthésie et réanimation a réalisé une vidéo explicative sur la tenue à revêtir en présence de patients Covid-19.
Dans cette maternité marseillaise de niveau 3, seulement une dizaine de femmes atteintes du Covid-19 ont accouché.

"Mais c’est très particulier de travailler dans cette ambiance, confie Camille. Certaines de mes collègues sont assez angoissées et le rapport aux patientes et au couple change", explique la sage-femme. 

Il faut beaucoup rassurer les dames, qui sont parfois seules en chambre un long moment. 

Ici, les papas peuvent assister à l’accouchement mais n’ont le droit de venir seulement quand la patiente entre en travail et doivent repartir rapidement une fois l’enfant mis au monde.

Anne-Laure, sage-femme dans une plus petite maternité, n'a pas encore été confrontée aux cas de Covid-19. Elle et ses collègues s'y préparent.

"Dans le service, on a mis en place un circuit pour éviter que les mamans qui ont le virus ne le transmettent à d’autres. Et avant d'entrer dans la maternité, c'est prise de température et questionnaire obligatoire", explique Anne-Laure.

Depuis le début de l’épidémie, le service reçoit beaucoup plus d’appels que d'habitudes. "Les dames posent beaucoup de questions sur qui peut les accompagner, comment va se passer l’accouchement et la suite de couches", précise la sage-femme.

Malgré cette charge de travail en plus, elle tient à rappeler : "Il ne faut négliger aucune inquiétude pour sa santé et ne pas hésiter à appeler les maternités. On est là pour s’occuper des gens pour des problèmes liés au Covid-19 mais aussi pour le reste."

Solution : une formule gratuite de coaching par visio-conf

C’est Magali Dieux, coach spécialiste de la naissance, depuis plus de dix ans, salué notamment par le professeur René Frydmam, éminent obstétricien gynécologue, qui vient de proposer l’idée à la CPAM.

Elle sera mise en place à la mi-avril, via une opération pilote de la CAF du Var. Ce coaching sera proposée à 700 allocataires, dont 300 sont des primo-parents.

"Pour eux cette période de la naissance est déjà stressante, c’est bien pire en période de crise sanitaire et l’on sait que cet état fragilise les défenses immunitaire, donc il faut agir vite", explique Magalie Dieux.

Gratuitement la coach animera des séminaires de quatre fois une heure pour les futurs parents. Par web évidement. Pas question de rencontrer de visu les couples.

Sur sa chaine Youtube, Magali Dieux proposera des séances de discussions et de petits exercices concrets.

"L’idée c’est que les parents soient autonomes et ne sollicitent pas en permanence les soignants. Il faut que les mères prévoient l’absence du second parent, qu’elles l’intègrent."
 
Dans les salles de naissance, les personnels soignants pourraient ainsi autoriser la mère a garder son téléphone portable, avec au bout du fil l’autre parent. 

Le "SOS" pour apprendre à gérer la douleur

Durant les séances Magali Dieux apprendra aux parents la gestion de la douleur, grâce notamment à des outils qui tiennent en trois lettres S.O.S. 
 
Le S pour le son. Les parents émettent des vibrations pendant les contractions. 
 
Le O pour oui. Le son doit être adressé à quelqu’un de leur choix (le bébé) avec une pensée positive (on va y arriver, par exemple).
 
Le S pour sourire. On colle un sourire sur son visage.
 
"Mais évidemment il faut s’entraîner à tout cela en amont. C’est pour cela qu’il y a toute une filmographie à regarder", explique la coach.
 
Avis aux futures mamans, première séance normalement le samedi 11 avril. Ce service gratuit pourrait être proposé ensuite à l’ensemble du territoire.
 

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