Toussaint et mort numérique : les réseaux sociaux dans le processus de deuil

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Après le décès une personne, la fermeture de ses comptes sur les réseaux sociaux n'est pas automatique. Certains proches souhaitent effacer toutes traces numériques quand d'autres au contraire veulent entretenir sa mémoire sur le web. 

Par Annie Vergnenègre, Camille Bosshardt et Malik Karouche.

2,45 milliards d'individus postent leur vie sur Facebook à travers le monde. Mais d'ici 50 ans, le réseau social devrait compter plus de défunts que de vivants selon une étude récente de l'Université d'Oxford. L'existence numérique ne s'arrête pas automatiquement avec la mort réelle. Et c'est parfois
un choix.

Honorer la mémoire et rendre hommage

Disparu le 5 mai dernier, l'écrivain réalisateur Philippe Carrese continue de "vivre" à travers les nombreux hommages qui lui sont rendus sur sa page Facebook. Ses proches y partagent régulièrement des anecdotes, des photos, et de bons moments avec sa bande de musiciens.

De nombreux anonymes font aussi ce choix de maintenir une page hommage après la mort d'un proche. Marie-Thèrèse Sanchez entretient la page Facebook de son fils Julien, décédé il y a un an et demi. Cela fait partie de son processus de deuil.

"Quand on a mis un petit texte disant qu'on allait fermer son profil, on a eu beaucoup de témoignages d'amitié, beaucoup d'anecdotes, beaucoup d'amour dans ces textes-là. Ça nous a énormément touchés.

Le problème des données récupérées

Certaines familles veulent au contraire effacer toutes les données présentes sur le web. "Le processus de deuil est déjà une étape éprouvante et cela peut être difficile pour ceux qui restent de recevoir des notifications et des rappels de souvenir de la part des réseaux sociaux, juge Caroline Long directrice d'exploitation de la société marseillaise iProtego, ça peut être assez violent, le souvenir revient pas forcément au bon moment et peut briser le procéssus de deuil qui est en train de se construire".  
Il faut aussi savoir que ces données peuvent être utilisées à des fins commerciales par les réseaux sociaux.
"Après la mort, vos données restent un enjeu commercial. Les réseaux détectent si votre profil est mort ou vivant et collectent vos données et envoient des publicités ciblées aux personnes vivantes, note Caroline Long. Ça peut être un business pour l'envoi de fleurs ou comment célébrer la Toussaint et la mort du défunt". 

Des procédures complexes

Chaque réseau possède sa procédure de clôture de compte, qui peut parfois être complexe. Il n'existe pas d'organe qui centralise toutes les procédures de demande de suppression des comptes. "Il faut clôturer tous ses comptes et cela prend beaucoup de temps. Si vous n'êtes pas familier d'internet, cela peut être très laborieux", conclut Caroline Long.

"La mort numérique reste un tabou mais il faut en parler" selon la spécialiste marseillaise.

Il y a les enjeux commerciaux mais il y a aussi le piratage des données et l'usurpation d'identité. Même mort, vos données ont un intérêt.  

Testament numérique 

Depuis 2016, la loi "pour une République numérique" permet à chacun de faire connaître ses dernières volontés en la matière par le biais d'un notaire ou en désignant un légataire pour "définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication de ses données à caractère personnel après son décès".  

"Les réseaux sociaux n'ont pas intérêt à supprimer vos comptes donc ils vous proposent de pages de commémorations mais c'est toujours dans une démarche de conservation et de collecte des data qu'ils vont pouvoir réutiliser à leurs profits", met en garde Caroline Long.

 

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