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“Annonces” d’Emmanuel Macron : les gilets jaunes peu convaincus dans les Bouches-du-Rhône

Les Gilets Jaunes des Bouches-du-Rhône sont peu convaincus par les "annonces" d'Emmanuel Macron. / © Boris HORVAT / AFP
Les Gilets Jaunes des Bouches-du-Rhône sont peu convaincus par les "annonces" d'Emmanuel Macron. / © Boris HORVAT / AFP

Baisse des impôts sur les classes moyennes, augmentation des petites retraites, référendums citoyens, le projet d'allocution que devait prononcer le chef de l'État lundi soir a fuité dans la presse. A Marignane, Marseille ou Avignon, qu’en pensent les gilets jaunes de la première heure ?
 

Par PS, GB / France 3 Provence-Alpes (avec AFP)

Baisse d’impôts pour les classes moyennes, réindexations des retraites, référendums locaux… Les annonces prévues par Emmanuel Macron lundi soir ont été reportées en raison de l’incendie de la cathédrale de Notre-Dame à Paris.

Mais son intervention télévisée avait été enregistrée et les mesures annoncées ont fuité dans la presse dès le mardi après-midi, avant même son intervention depuis l’Elysée à 20 heures.

Dans ce texte, après cinq mois de mobilisation inédite des "gilets jaunes" et trois mois de grand débat, Emmanuel Macron promet de "fixer pour le pays un cap à 2025". "Nous poursuivrons les réformes commencées", assure le chef de l'État qui entend "conduire un projet agricole, industriel, écologique pour le XXIe siècle" mais sans annonces concrètes sur l'écologie.

Alors que l'Elysée "ne confirme ni ne commente les fuites, des gilets jaunes des Bouches-du-Rhône livrent leurs impressions, après la diffusion des principaux points du texte par plusieurs médias.

Linda Kermadi est engagée dans le mouvement à Marseille, Carole Kunc à Marignane, Ahmed Cheriet au péage du Pont de l’étoile à Avignon.
Les référendums d'initiative citoyenne (RIC), une revendication importante des gilets jaunes. / © GEORGES GOBET / AFP
Les référendums d'initiative citoyenne (RIC), une revendication importante des gilets jaunes. / © GEORGES GOBET / AFP

RIC, RIP et convention de citoyens

Pour répondre aux demandes pressantes des "gilets jaunes" et de certaines oppositions comme La France insoumise (LFI), Emmanuel Macron se dit "favorable" à ce que des référendums d'initiative citoyenne (RIC) "puissent être organisés sur certains sujets d'intérêts locaux".

Il est en outre "favorable à ce qu'on puisse rendre plus accessible, en simplifiant les règles", le référendum d'initiative partagée (RIP), prévu par la Constitution mais extrêmement compliqué à mettre en oeuvre.

Le texte prévoit qu'"une convention de 300 citoyens tirés au sort" sera installée "dès le mois prochain", en mai, chargée de "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre".

"Ce n’est pas ce qu’on demandait. Si c’est pour faire des choix sur la couleur des poubelles ça ne nous intéresse pas. On ne veut pas le RIP [référendum d’initiative partagée], on veut le RIC [référendum d’initiative citoyenne]", réagi Ahmed Cheriet. 

"Pour déclencher un RIP il faut 4,5 millions de signatures… Quand il parle de 300 personnes tirées au sort, c’est qui ? Comment ? Est-ce qu’il y aura des gilets jaunes parmi les tirés au sort ?"

"Je pense qu’il y aura encore des inégalités territoriales. Certains territoires sont moins à l’aise que d’autres financièrement et ne pourront pas mettre en place les mesures demandées par les citoyens", indique Carole Kunc

"C’est une demande phare des gilets jaunes, qui n’est pas forcément la mienne", ajoute Lidia Kermadi. Si on peut retrouver le sens de la démocratie, qui est de donner le pouvoir au peuple, c’est quand même bien."

Baisse des impôts pour les classes moyennes

Le projet d'allocution présente une baisse "des impôts des classes moyennes", sans plus de précisions, mais financée notamment par "la suppression de certaines niches fiscales".

Ahmed Cheriet : "Sur ce point, Macron ne dit pas qui sont les classes moyennes et ce qui va augmenter en contrepartie, ce n’est pas clair".

Linda Kermadi : "On n’est pas contre l’impôt, on est contre l’injustice fiscale. Ce qu’on voudrait, que des gens comme Bernard Arnault paient des impôts, que le CICE bénéficie aux petites et moyennes entreprises, que les GAFA soient réellement imposés".
17/04/2019 - S'agissant de l'impôt sur la fortune, le président de la République refuse comme prévu de le rétablir. / © ROMAIN LAFABREGUE / AFP
17/04/2019 - S'agissant de l'impôt sur la fortune, le président de la République refuse comme prévu de le rétablir. / © ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Pas de remise en cause de l’ISF

S'agissant de l'impôt sur la fortune, le président de la République refuse comme prévu de le rétablir immédiatement mais annonce une "évaluation objective" de la réforme controversée de 2017, s'engageant sur cette base à "apporter toutes les modifications et corrections nécessaires".

"On parle d’évaluation alors que notre revendication sur ce point était claire. Il n’est pas capable de dire « non » à cette mesure, ça pose problème", selon Ahmed Cheriet ​​​​​​.

Réindexation des retraites sur l’inflation

Autre terrain sensible: les retraités. Le projet d'allocution contient, pour les retraites de moins de 2.000 euros, la réindexation des retraites sur l'inflation à partir du 1er janvier 2020. Cette mesure très critiquée avait été annoncée fin août par Édouard Philippe.
  
"Ce n'est pas mal mais ce n’est pas ce qui va augmenter les retraites. Les pourcentages d’augmentations sont bas. La mesure est prévue pour 2020. On en a besoin maintenant", réagi Carole Kunc

Le 10 décembre, après trois semaines de crise des "gilets jaunes", M. Macron avait déjà annoncé renoncer pour 2019 à la hausse de la CSG pour ces mêmes retraites de moins de 2.000 euros.

Les Gilets jaunes dans la rue à Marseille.

La prime exceptionnelle de 1000€ pérennisée

Parmi les mesures en faveur du pouvoir d'achat, le texte mentionne également que la prime exceptionnelle de 1.000 euros défiscalisée et sans cotisations sociales, décidée fin décembre 2018, va être "pérennisée" et ouverte aux employeurs "chaque année".

"Il propose de mener cette mesure avec l’argent de sociétés privées qui ne se retrouvent pas dans l’obligation de le faire. Dans mon entourage je ne connais personne qui ait reçu cette prime", indique Carole Kunc.

"Toutes les entreprises n’en donnent pas. Il existe dans la loi une prime dite Sarkozy et les employeurs ne s’en saisissent pas", ajoute Ahmed Cheriet.

Suppression de l’Ena

Le président de la République se dit enfin favorable, selon ce projet d'allocution, à la suppression de l'ENA, dont il est sorti diplômé en 2004. 

"Ça me paraît bien. Il n’y a pas besoin d’être conditionné à ce point pour gouverner. On aimerait que l’humain soit au cœur des priorités", indique Linda Kermadi.

Mais pour Carole Kunc, "ça ne change pas grand-chose. Il n’a pas besoin de l’ENA pour mettre en place ses collègues, comme il l’a fait avec sa conseillère presse nommée au gouvernement".
ARCHIVES - Mobilisation des "gilets jaunes" à Marseille (Bouches-du-Rhône). / © GERARD JULIEN / AFP
ARCHIVES - Mobilisation des "gilets jaunes" à Marseille (Bouches-du-Rhône). / © GERARD JULIEN / AFP

Et après? "La mobilisation se poursuit"

Linda Kermadi est claire. "On a le sentiment qu’il noie le poisson. La mobilisation se poursuit". 

"Est-ce que demain il n’y aura plus de SDF ? Une meilleure justice fiscale, une meilleure justice pénale ? Plus d’égalité ? Je ne suis pas sûre. Macron ne parle pas des SDF, des agriculteurs, de l’écologie ou des privilèges des députés, des ministres et du Président".

Même sentiment pour Carole Kunc. "Je pense qu’il n’a pas entendu réellement les revendications des gilets jaunes. Nous ne sommes pas dupes : Emmanuel Macron mène sa campagne pour les élections européennes".

"Rien n’est prévu pour les demandeurs d’emploi. Emmanuel Macron ne parle pas non plus du pouvoir d’achat ou de la hausse du carburant, dont les gens ont besoin pour aller travailler ou se rendre à des entretiens d’embauche".

"En ce qui me concerne, le mouvement perdure vis-à-vis des personnes blessées ou mortes. Si on fait marche arrière, ces personnes auront souffert pour rien".


Et Ahmed Cheriet renchéri : "Rien dans ces annonces ne concerne les handicapés, le pouvoir d’achat, l’organisation du système politique, les privilèges des politiques. Aujourd’hui, le mouvement des gilets jaunes n’est pas mort, il évolue. Une organisation se met en place et nous travaillons avec la perspective des élections municipales en 2020".

Mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé qu'il reviendrait sur ces mesures "dans les prochains jours".
 

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