Chasse à la glu : One Voice espère le renvoi des arrêtés 2018 devant la cour de justice européenne

L'association One Voice a saisi le conseil d'Etat pour faire interdire la chasse à la glu en France. / © One Voice
L'association One Voice a saisi le conseil d'Etat pour faire interdire la chasse à la glu en France. / © One Voice

One Voice a porté mercredi devant le Conseil d’Etat son combat contre la pratique de la chasse à la glu pratiquée en Paca. Selon l'association, le rapporteur public a demandé le renvoi des arrêtés 2018 devant la cour de justice de l’Union Européenne. La décision a été mise en délibéré.

Par Louise Beliaeff (AV)

Ce mois de novembre pourrait marquer un tournant selon l'association One Voice, qui veut mettre un terme à la chasse à la glu encore pratiquée comme une tradition dans cinq départements de Pacan : le Vaucluse, le Var, les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône.

L'association, qui a saisi le conseil d'Etat se réjouit qu'à l'audience, ce 20 novembre, "le rapporteur public a demandé l'annulation de l'arrêté "oies sauvages" 2O19 et le renvoi des arrêtés "chasse à la glu" 2018, que nous avons attaqués au Conseil d'Etat, devant la cour de justice de l’Union Européenne en reprenant notre argumentaire contre les arrêtés 2019. Mis en délibéré, réponse dans trois semaines."

"Quand la France cessera-t-elle de coller ses petits oiseaux?!" s'impatiente One Voice dans un tweet posté au conseil d'Etat.

Englués pour servir d'appâts

La chasse à la glu consiste à enduire des branches d'arbres de colle pour capturer des grives et des merles.

C’est une chasse culturelle, qui s’est toujours produite sur tout le pourtour du bassin méditerranéen

affirme la Fédération départementale des chasseurs du Vaucluse.

Une fois l'oiseau capturé, le chasseur le décolle et s'en sert comme d'un "appelant". Son cri de détresse va attirer d'autres espèces d'oiseaux, cibles des chasseurs.

Un stress énorme

Selon One Voice, les oiseaux souffrent lors de cette capture. "On sait que ça tue, assure l'association. Cela engendre un stress énorme pour les oiseaux englués, ils perdent beaucoup de plumes et le produit pour enlever la glu est dangereux"
Des arguments battus en brèche par les chasseurs : "L'essence utilisée pour désengluer les oiseaux est très volatile, le chasseur intervient rapidement, le produit n’a pas le temps de pénétrer", assure un membre de la Fédération des chasseurs du Vaucluse.

Capturer les oiseaux vivants

One Voice dénonce également une méthode non sélective (elle ne vise pas une espèce particulière) : "Il est prévu que la glu capture des grives et merles dans le Vaucluse mais tous les oiseaux pris qui ne le ne sont pas, les rouges-gorges, les mésanges, vont souffrir également"

De leur côté, les chasseurs assurent que la chasse à la glu n'est pas dangereuse pour les oiseaux. "La capture des oiseaux par la chasse à la glu a pour objectif de capturer des animaux vivants et en bonne santé, que le chasseur va conserver le plus longtemps possible", martèle la Fédération des chasseurs du Vaucluse. 

Le chasseur n’a aucun intérêt à faire souffrir l’animal. L’objectif du chasseur est d’avoir un oiseau en bonne santé, qui chante bien.

La priorité du chasseur est de ne pas faire souffrir l'animal, renchérit un membre de la Fédération. 

Des quotas trop faibles ?

Les quotas d'oiseaux capturés par la chasse à la glu ne satisfont pas les chasseurs. Dans le dernier numéro de la Revue nationale de la chasse, ils déclarent avoir été reçus au ministère de la Transition écologique et solidaire face à la "réduction drastique" de ces quotas. 

Au total, 42.500 grives et merles noirs peuvent être piégés à l'aide de gluaux dans les 5 départements de Paca. Dans le Vaucluse, l'arrêté du 2 septembre 2019 prévoit 15.600 pour la campagne 2019-2020. Un chiffre "disproportionné" face au nombre d'oiseaux présents dans la région, indique la Fédération des chasseurs du département. 

11 recours devant le Conseil d'Etat 

Le 2 octobre, l'association One Voice a déposé 11 recours devant le Conseil d'Etat, contre les 11 arrêtés du ministère de l'Ecologie sur les chasses traditionnelles des petits oiseaux. Mercredi 16 octobre, l'association a été déboutée.

"Aucun de nos argument n’a été entendu, ce qui est extrêmement choquant à ce stade", estime Muriel Arnal, présidente de l'association.

C'est une situation ubuesque : il y a de moins en moins d’oiseaux et on continue à les persécuter, les chasser, les tuer. Ce sont les petits oiseaux de nos campagnes, c’est gravissime.

En janvier dernier, le Conseil d'Etat avait déjà rejeté la demande d'abrogation de l'arrêté ministériel autorisant la chasse à la glu dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes-de-Hautes-Provence, les Alpes-Maritimes, le Var et le Vaucluse. Au grand dam de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), qui a immédiatement déposé une plainte devant la Commission européenne

La France mise en demeure

Le 25 juillet, la France a été mise en demeure pour infraction à la Directive Oiseaux pour la protection d'espèces menacées. "La Commission demande instamment à la France de prendre des mesures contre certaines pratiques de chasse autorisées sur son territoire au mépris du droit de l'UE" indiquait alors la commission dans le libellé de sa décision. 

La Commission européenne a laissé un délai de deux mois pour répondre à cette demande. Le délai est écoulé mais pour l'instant, les associations n'ont eu aucun retour. 

"Les fédérations de chasseurs sont main dans la main avec le ministère. C’est le ministère de l’Ecologie, ce n’est pas le ministère de la Chasse, déplore Muriel Arnal. 

La France reste à la solde du lobby des chasseurs.

L'association One Voice se rassure : "Le public est avec nous". Selon un sondage Ipsos de 2018, seuls 19% des Français sont favorables à la chasse.

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