Géothermie profonde: un projet suscite l'inquiétude en Haute-Savoie

La demande de permis de recherche en géothermie profonde sur un territoire de près de 500km2 autour du Mont Salève est soumise à enquête publique, et soulève questions et inquiétudes dans la région.

Par Céline Serrano

L'utilisation de la chaleur de la terre n'est pas nouvelle. C'est ainsi que les Romains chauffaient les thermes, 2000 ans avant Jésus-Christ. Longtemps délaissée au profit des énergies fossiles, la géothermie connaît un regain d'intérêt avec la hausse du prix du pétrole et du gaz, et leur épuisement annoncé, pour la production de chaleur mais aussi d'électricité.

Technique encore expérimentale, la géothermie profonde cherche à récupérer la chaleur emmagasinée dans les formations rocheuses situées à quatre ou cinq kilomètres sous la croûte terrestre, en y injectant de l'eau puis en la récupérant.

Le projet de ce type le plus avancé en France a démarré en Alsace en 1987, dans la commune de Soultz-sous-Forêts. Les forages y ont provoqué de petits séismes sans conséquences.

Crainte pour l'eau

Mais à Bâle, en Suisse, une autre expérience a dû être arrêtée parce que trop risquée. Elle avait engendré plusieurs mouvements sismiques allant jusqu'à 3,4 sur l'échelle de Richter. D'où l'inquiétude que suscite en Haute-Savoie la demande d'octroi de permis de recherche en géothermie profonde, déposée en avril 2013 par la société Géoforon, tant chez les élus que parmi les agriculteurs et les défenseurs de l'environnement.

Ils réclament un moratoire, des études scientifiques complémentaires et redoutent une pollution des nappes phréatiques. "Ce territoire, c'est un des plus grands réservoirs en eau potable des Alpes. Je pense qu'il y a d'autres endroits pour venir faire des trous de 5km de profond qu'à un endroit où on sait qu'il y a une nappe en quantité et en qualité inestimable", déclare Martial Saddier, le député-maire  UMP de Bonneville.

Reportage d'Ariane Combes-Savary et Jean-Marc Chauvet
enquête publique géothermie
Intervenants : Martial Saddier député-maire de Bonneville, UMP, Franck Jacquard FDSEA 74, Jean-François Arragain Frapna 74

A ce jour, aucun des sites expérimentaux dans le monde ne permet d'évaluer les risques et conséquences à long terme de la fracturation des roches en profondeur.

En 2013, deux permis de recherche de ce type ont été accordés par le ministère du développement durable, l'un dans le Cantal, l'autre dans les Pyrénées à la société Fonroche dont Géoforon est une filiale.

La géothermie profonde fait aussi l'objet d'un appel à projet par l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie en Ile de France pour 2015.

En Haute-Savoie, l'enquête publique est ouverte jusqu'au 4 novembre dans 72 communes du département.

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