Dans “Présumé coupable”, Jamie Cudmore se replonge dans ses souvenirs

Jamie Cudmore a dédicacé son livre dans un librairie clermontoise à l'occasion de sa sortie le 10 mai 2017. / © Olivier Martinet
Jamie Cudmore a dédicacé son livre dans un librairie clermontoise à l'occasion de sa sortie le 10 mai 2017. / © Olivier Martinet

Dans "Présumé coupable", coécrit avec Gavin Mortimer, le "bûcheron canadien" raconte sa vie et notamment ses 11 saisons passées sous le maillot de l'ASM, un passage en Auvergne qui lui laisse beaucoup de bons souvenirs, mais aussi un peu d'amertume. 

Par FG avec Olivier Martinet

- Pourquoi ce livre ?
- On a eu l'idée avec Gavin (Mortimer, co-auteur du livre NDLR) et ma femme de tourner la page sur ma carrière. Ça fait pas mal d'années que je joue, et comme j'ai pris ma retraite cette année, j'ai voulu essayer d'expliquer mon parcours, comment je suis arrivé là et les choses que j'ai vécues.

- Dans le livre, vous racontez vos premières années de vie, votre adolescente tumultueuse au Canada... C'est une manière de les exorciser ?
- C'est quelque chose que j'ai vécu, ça fait partie de ma vie. C'était une étape de ma jeunesse, et peut-être que ça m'a aidé à arriver à devenir la personne que je suis aujourd'hui. C'était juste une étape, pas plus.

- Vous êtes parfois considéré comme le "bad boy" du rugby, avec une image de joueur violent. Vous en pensez quoi ?
- C'est un peu la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre, pour que les jeunes me connaissent un peu mieux. Si vous regardez tout ce qui se passe sur les médias, les ralentis sur Canal +, ça me donne pas une très bonne image. Mais les jeunes qui me connaissent savent que je ne suis pas comme ça. Mais c'est vrai que des fois, sur le terrain de rugby, cette image, ça aide !

- Vous assumez votre côté bagarreur ?
- Il faut assumer ! Moi, je n'ai aucun regret, j'assume tout ce que j'ai fait !

- Vous gardez quoi de vos 11 années à l'ASM ?
- Que les bons souvenirs ! Notamment les débuts quand il s'agissait vraiment de se retrousser les manches. On voulait vraiment construire quelque chose. On arrivait en finale au début et on ne décrochait pas ce titre, mais on était toujours là chaque année en faisant le beau jeu et en bossant énormément. Et enfin, on décroche le premier titre en 2010 en obtenant le bouclier, c'était vraiment quelque chose de formidable. Après, on est arrivés sur les hauteurs du rugby européen. Jouer en haut de tableau chaque année, notamment en finale de Coupe d'Europe, c'était quelque chose de vraiment formidable. Ici, j'ai passé de bonnes années rugbystiques mais aussi familiales avec ma femme qui est venue bâtir une vie ici en Auvergne, mes enfants qui sont nés ici. On ne garde que des bons souvenirs.

- On a en tête cette image de vous descendant du train avec le bouclier après le titre en 2010. Quel souvenir vous gardez de cette ambiance, cette ferveur ?
- C'était un énorme soulagement pour nous, mais surtout pour les gens, les supporters. Ça faisait 100 ans que le club existait et ils n'avaient toujours pas de titre. C'était malheureux ! Je sentais vraiment ce relâchement de pression, enfin, après toutes ces années et toutes ces finales perdues. C'est vraiment quelque chose que je ne vais jamais oublier.

- Un souvenir plus sombre, c'est en 2015, lorsque vous avez subi une grave commotion cérébrale. Comment cela s'est-il passé ?
- J'ai pris un gros coup lors de la demi-finale de Coupe d'Europe à Saint-Etienne contre les Saracens. J'étais sorti pour saignement. Pendant cette sortie, le docteur a vu que j'étais pas bien. Il m'a fait passer le protocole commotion, mais pour moi, ça ne sert pas à grand chose car si tu suspectes une commotion, tu fais sortir le joueur. Je ne passais pas le protocole, il m'a demandé de m'asseoir, d'enlever mes chaussures, il m'a dit que c'était fini pour la journée. Mais cinq minutes après, il est revenu vers moi et il n'a demandé de rentrer à nouveau en jeu. J'ai fini le match, mais je ne me rappelle pas grand chose de la fin de la rencontre.

Deux semaines après, on a joué en finale après avoir vu plusieurs neurologues. Je voyais un docteur toutes les semaines pour voir si j'étais apte à jouer ou pas. On avait tous décidé que c'était bon, finalement ça n'était pas bon parce qu'au premier contact que j'ai pris dans le match, j'ai été assommé. Je suis sorti encore, j'ai repassé un protocole que j'ai passé. Je rentre donc à nouveau sur le terrain et je refais une commotion en deuxième mi-temps après un choc à la tête. Je me suis coupé et j'ai du sortir sur saignement. Pendant cette sortie, je commence à vomir dans le vestiaire mais on me fait à nouveau entrer sur le terrain.

Ça fait trois fois en deux matches alors que dans les règles du World Rugby, c'est écrit noir sur blanc que si une commotion est suspectée, on ne rentre plus. C'est vraiment dommage car ça peut être mortel.

- Vous avez eu peur ?
- Dans ces moment là, je n'était pas dans un état mental qui me permette d'avoir peur. J'étais dans mon match, je voulais tout faire pour gagner et c'est dommage qu'on ait joué avec ma santé.

- Quand on vous voit, on n'a pas l'impression que vous allez vous confier comme vous le faites dans ce livre.
- Peut-être que non, mais je voulais partager un peu de mon passé et peut-être éclaircir certaines choses de ma vie. Maintenant, les gens vont me connaître encore mieux et ils vont comprendre pourquoi j'ai fait certaines choses. Et j'espère qu'ils vont trouver ça intéressant !

- Revenir à Clermont pour dédicacer le livre, ça vous fait quelque chose ?
- Je suis très fier ! C'est ici que j'ai bâti la plus grande partie de ma carrière rugbystique. Après les années passées ici, revenir pour dédicacer le livre, je suis content de retrouver les supporters, des gens que je connais. J'ai beaucoup d'amour pour eux, et je pense que dans le sens inverse c'est vrai aussi.

- Des gens qui vous ont admiré, qui ont rêvé ?
- Oui, mais moi aussi, j'ai rêvé avec eux !

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