Ils ont été construits pour l'exploitation de ressources minières, la recherche sur les mystères de l'Univers ou la défense contre les bombardements alliés... Les Alpes du Nord regorgent de souterrains façonnés par l'homme.

Du ciment naturel sous la Chartreuse

"Vous voyez le fil ? La partie que j'éclaire, c'est celle qui délimite la partie ciment qu'on exploite." C'est un filon vieux de 150 millions d'années qui s'étend sous la Chartreuse. Dans les entrailles du massif alpin, Vicat exploite depuis 1875 le ciment de sa carrière souterraine de Saint-Laurent-du-Pont (Isère).

Franck Girin, responsable d'exploitation de l'entreprise dans la carrière de la Pérelle, sait distinguer le gisement du reste de la roche. "C'est l'expérience du foreur, explique-t-il. Lui, il le voit toujours en forant. C'est beaucoup plus tendre, le bruit est mat, un peu gras. Dès que la pierre est plus dure, ça fait un bruit tout de suite aigu, et ça avance beaucoup moins vite."

Ce mélange parfait de calcaire et d'argile a de la valeur, "puisqu'il permet de restaurer des monuments historiques" souligne Christophe Heulin, directeur d'usine à Vicat, d'autant plus qu'il s'agit d'"un ciment prompt qui prend en quelques minutes".

Plongée au coeur des souterrains artificiels - Episode 1 : Du ciment naturel sous la Chartreuse

Intervenants: Franck Girin, responsable d'exploitation Vicat - Carrière de La Pérelle; Christophe Heulin, directeur d'usine Vicat; Frédéric Mayon, directeur technique Vicat - Carrière de la Pérelle; Gérard Garon, responsable entretien mécanique  -  Cédric Picaud, Franck Ceroni et Sophie Villatte


La machine, quand elle rentre, elle ressort très, très rarement.


La carrière, qui compte une centaine de kilomètres de galeries, emploie aujourd'hui 40 mineurs et presque autant d'engins. Forage, marinage, purge... les machines sont durement mises à contribution, "et elles souffrent, parce qu'elles travaillent dans des conditions difficiles" note Gérard Garon, responsable de l'entretien mécanique. "La machine, quand elle rentre, elle ressort très, très rarement"

Vu la taille du gisement, les machines et les hommes pourraient bien creuser les entrailles de la Chartreuse pour quelques centaines d'années encore.

Observer l'Univers sous la terre

Comme des millions de personnes avant vous, vous êtes peut-être déjà passé sans le savoir devant ce laboratoire souterrain où l'on tente de percer les mystères de l'Univers.

Au milieu du tunnel du Fréjus, l'un des plus longs des Alpes qui s'étend de Modane, en Savoie, à Bardonecchia, en Italie, les scientifiques étudient l'astrophysique dans l'un des endroits les plus purs d'Europe.

Au Laboratoire souterrain de Modane, les chercheurs prennent leurs précautions pour conserver la pureté des matériaux.


Sous 1.700 mètres de roche, les expériences du Laboratoire souterrain de Modane (LSM) se font sous atmosphère protégée afin d'éviter toute trace de rayonnement radioactif. Les détecteurs de spectrométrie gamma vérifient le matériel et le personnel porte gants et masque.

À la recherche de la matière noire


L'expérience Edelweiss, démarrée il y a 20 ans, vise à mieux comprendre la matière noire. Pour cela, un détecteur ultra-sensible guette des particules très particulières, les Wimp, ou Weakly interacting massive particles.

"Ce sont des particules massives qui intéragissent faiblement avec la matière, explique Stefanos Marmieros, chercheur CNRS Orsay. On ne sait pas beaucoup de choses sur eux mis à part que ce sont des particules qui interagissent très peu, d'où la difficulté de les mettre en évidence. Nous, on espère avoir quelques signatures par an sur nos détecteurs."

Observer l'univers sous terre

Intervenants: Charlotte Riccio, technicien supérieur CEA; Stefanos Marmieros, chercheur CNRS Orsay  -  Cédric Picaud, Franck Ceroni et Sophie Villatte


Autre aiguille dans cette gigantesque meule de foin, le neutrino, une particule élémentaire invisible qui représente le Graal des physiciens, et que les chercheurs espèrent trouver à l'aide du Supernemo

10 ans de conception, 4 ans de montage, 5 ans de réglage, mais le jeu en vaut la chandelle :"Il nous expliquerait beaucoup de choses sur la fabrication de la matière, la création de l'Univers, au moment du big bang, comment la matière s'est formée" résume Charlotte Riccio, technicienne supérieure du CEA. "Il nous aiderait à comprendre aussi de quoi est faite la Terre. En connaissant le neutrino, on connaitrait plus de choses sur notre planète."

Un vestige de la défense anti-aérienne

Au pied de la colline de Lémenc, à Chambéry, l'un des deux grands abris anti-aériens de Chambéry sert aujourd'hui de témoignage de la Seconde guerre mondiale.

Cet ouvrage de 300 mètres, taillé dans la roche et doté d'un système d'épuration d'air, pouvait accueillir de 1.500 personnes, des enfants pour la plupart. Et l'abri trouve son utilité vers la fin de la guerre, lorsque les Alliés ciblent la cité savoyarde occupée. "On a justement, le 26 mai 1944, les élèves de l'école Sainte-Geneviève qui emplissent l'abri" raconte Jacques Viout, administrateur des Amis du Vieux Chambéry

Plusieurs photographies de Chambéry après les bombardements alliés sont conservés dans les Archives de la ville.


"Ce jour-là justement c'est l'épreuve du brevet à l'école professionnelle, poursuit-il. Les élèves, naturellement, lâchent leur copie, arrivent en courant à l'abri et devant la porte, le chef d'abri leur dit 'N'entrez pas, l'abri est déjà plein. Vous, les garçons, montez sur la colline de Lémenc pour vous protéger'. Et c'est ainsi que ces élèves-là vont assister au bombardement en direct de Chambéry."

Des milliers de vies sauvées


En 45 minutes, les bombardiers américains lâchent 720 bombes sur la ville, tuant 200 personnes. Le bilan aurait pu être encore plus lourd, sans les huit abris dans lesquels se sont réfugiés 11.000 Chambériens.

Plongée au coeur des souterrains artificiels - Episode 3 : Un vestige chambérien de la défense aérienne

Intervenants: Jacques Viout, Administrateur des Amis du Vieux Chambéry; Chantal Fernex-de-Mongex, Conservatrice en charge du patrimoine - Ville de Chambéry; Eric Mainbourg, Artisan affineur - Les Caves d'affinage de Savoie  -  Cédric Picaud, Franck Ceroni et Pierre Maillard


L'ancien maire Albert Perriol "a réussi à convaincre son équipe municipale à débloquer les fonds" explique Chantal Fernex-de-Mongex, conservatrice en charge du patrimoine, "et les services techniques de la ville ont réalisé les travaux en moins d'un an pour des centaines et des centaines de mètres de galeries qui ont protégé la population."

Ce dispositif de défense passive, pris en exemple pendant la Seconde guerre mondiale, a lentement disparu du paysage... jusqu'à être reconverti dans certaines de ses galeries pour affiner du fromage.

Un fort secret défense sous les bords du Léman

C'est une forteresse digne d'un film d'espionnage qui se trouve sur les bords du lac Léman. Un fort dissimulé à l'intérieur qui était classé secret défense jusqu'en 2001.

Ce chef d'œuvre du camouflage construit en 1942 illustre à merveille la doctrine militaire suisse pendant la Seconde guerre mondiale. Un repli stratégique de la plaine vers les montagnes en cas d'invasion. Dans ce plan de bataille, le fort de Chillon était aux avant-postes. 

"Du Valais au Léman, tous les ponts étaient minés" montre Pierre Frei, guide du fort de Chillon, carte militaire à l'appui. "Voyez aussi les emplacements des barricades, et puis d'autres ouvrages d'artillerie ou d'infanterie dispersés dans la vallée."

La forteresse, dissimulée dans la paroi rocheuse, passerait presque inaperçue.


Derrière la paroi rocheuse, onze mitrailleuses, six canons anti-char et 180 soldats en autonomie pendant trois mois étaient prêts à défendre l'accès au col du Grand Saint-Bernard. 

Tous les mythes de la Suisse, on les retrouve dans la forteresse


L'édifice totalise près de 3.500 m² sur plusieurs niveaux. Des cuisines au centre de communication en passant par le bureau de poste, la forteresse transpire le swiss made. 

"Vous avez de l'outillage dans ce tiroir : chaque chose à sa place, montre René Hofmann, président de l'association pour la promotion et le soutien de forteresse helvétique APSF. Vous avez l'horloge, le chocolat. La propreté, la qualité, la précision... Tous les mythes de la Suisse, on les retrouve dans la forteresse."

Plongée au coeur des souterrains artificiels - Episode 4 : Un fort secret défense sous les bords du Léman

Intervenants: Pierre Frei, Guide du fort de Chillon ; René Hofmann, Président de l'association pour la promotion et le soutien de forteresse helvétique APSF ; Pierre Clément, Gestionnaire du fort de Chillon  -  Cédric Picaud, Damien Borrelly, Franck Ceroni et Pierre Maillard


Cet ancien fort secret défense pourrait bien gagner en visibilité dans les années à venir : des passionnés d'histoire aimeraient transformer en musée ce témoin d'un patrimoine militaire unique au monde.