Amiante : 127 chèques pour « préjudice d’anxiété »

127 salariés ou retraités de la DCNS touchent un chèque de préjudice d'anxiété / © Séverine Breton
127 salariés ou retraités de la DCNS touchent un chèque de préjudice d'anxiété / © Séverine Breton

Après des années d’exposition à l’amiante, les ouvriers de l’ex arsenal de Lorient (devenu DCNS) ont mené un combat en justice de cinq ans qui permet aujourd’hui à 127 d’entre eux de toucher un chèque en dédommagement du préjudice d’anxiété.

Par Marc-André Mouchère

Durant des années, ils ont exercé leurs métiers d’ouvriers des chantiers navals sans savoir qu’ils étaient exposés à la poussière d’amiante. Chaudronniers, soudeurs, électriciens, ils ont porté des gants ou tabliers d’amiantes qui se décomposaient à la chaleur, soulevé des isolants dans les sous-marins pour faire passer des gaines électriques, ou poncé des flocages d’isolation au feu pour atteindre le métal de la coque.


L'amiante est interdite en France depuis le 1er janvier 1997

Lorsque la dangerosité des fibres d’amiante a été officiellement reconnue, l’employeur a commis la faute inexcusable de ne pas leur fournir les équipements pour se protéger. Des années plus tard, souvent à l’âge de la retraite, l’amiante tue en s’attaquant à la plèvre sur les poumons.


"La mort aux trousses"

90% de ceux qui font la démarche de passer des examens médicaux, découvrent qu’ils ont dans leur chair des fibres d’amiante.

Ils tombent malades au bout de 10 ans, de 20 ans ou même de 40 ans ! Ou pas. Mais quand la maladie frappe, il ne leur reste souvent que deux ou trois mois à vivre.
Alors certains préfèrent ne rien savoir plutôt que de sentir sur eux cette épée de Damoclès. D’ailleurs qui sait exactement combien en sont morts ? Des ouvriers témoignent que la plus grande partie de leurs collègues d’atelier sont déjà décédés.


La reconnaissance du "préjudice d’anxiété"

Dans tous les cas la vie de ces ouvriers ou retraités prend le goût amer de la peur. Peur pour eux, peur pour leurs proches, peur pour les copains des ateliers, des chantiers. Ce temps qui reste à vivre est gâché et ce préjudice porte un nom dans le droit français depuis que la cour de cassation l'a reconnu en 2010: le préjudice d’anxiété.


127 chèques de 5000 à 12000 euros

Ce jeudi 9 novembre 2017 à l’espace Cosmao Dumanoir au centre-ville de Lorient c’est un peu la victoire de tous les syndicalistes qui ont passé des heures à monter les dossiers avec les avocats et à tenir bon pendant cinq années avant d’arriver là. Ce sont surtout d’anciens ouvriers de la section Cgt retraités de la DCNS. Ils sont heureux de pouvoir remettre ces chèques de quelques milliers d’euros à leurs collègues. Des sommes qui couronnent leur victoire et la reconnaissance de leur combat collectif et solidaire.

Selon l’Andeva, l'Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante, en France 3 000 personnes succomberaient chaque année des suites de contamination par les fibres d’amiante. Et d’après l’OMS environ 100 000 personnes en décèdent chaque année dans le monde.
Des salariés exposés à l'amiante indemnisés pour préjudice d'anxiété
127 salariés de la DCNS de Lorient touchent un chèque : pas une victoire, une justice intervenants : Jean-Louis Macouillard - Avocat des salariés de l'arsenal / Jean-Yves - ancien salarié Arsenal Lorient / Michel Le Saec - Responsable section retraités CGT Arsenal Lorient / Michel Larose - Responsable dossier anxiété  - Séverine BRETON - Philippe BEAUGEY/ France 3 Bretagne




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