Richard Trinquier, maire de Wissous, n'en est pas à sa première polémique

© JACQUES DEMARTHON / AFP
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Il s'est armé lui-même par arrêté municipal, rend régulièrement hommage à l'OAS et voue un culte à son père colonel, proche du FN: le maire UMP de Wissous (Essonne), qui a refoulé deux femmes voilées de la plage d'été de sa commune, est abonné aux polémiques.

Par I.A. avec AFP

Le soir, Richard Trinquier, 65 ans, troque sa blouse d'anesthésiste à Evry pour son costume de maire de Wissous, 6.000 habitants. "La politique doit te coûter, jamais te rapporter", affirme-t-il derrière ses petites lunettes, la voix posée. "Moi, j'ai dû passer à mi-temps."

Depuis quelques jours, il voit défiler les journalistes qui lui demandent pourquoi il a refusé samedi dernier à deux mamans voilées l'entrée de Wissous Plage, invoquant le règlement intérieur des lieux, qui interdit le port de signes religieux. Saisi par des associations, le tribunal administratif de Versailles étudiera l'affaire en urgence samedi.

"C'est une mesure d'ordre public. Nous avons souhaité affirmer la laïcité", rabâche, imperturbable, ce père de deux garçons.

Fraîchement réélu, Richard Trinquier a déjà affronté quelques controverses pendant ses deux premiers mandats (1995-2008). En 1995, à une époque où aucune loi n'encadre les polices municipales, il arme ses agents de 357 magnum, puis de fusils à pompe, et s'octroie le port d'arme par arrêté municipal.
"On a poussé le bouchon jusqu'au bout!" s'amuse-t-il, rappelant qu'il réclamait alors un commissariat dans sa ville. Il est finalement désarmé par le Conseil d'Etat.

Fin 2004, il équipe sa police de tasers, des armes pas encore homologuées. Le préfet doit intervenir.
"Il est dans une obsession sécuritaire", souffle le député PS de l'Essonne François Lamy, qui le place "à l'extrême droite de l'UMP".

L'ancien ministre de la Ville devine chez lui la trace d'une "éducation chargée", référence à son père Roger Trinquier, colonel pendant la guerre d'Algérie, proche de l'Organisation armée secrète (OAS) et théoricien de guerre renommé, décédé en 1986.

Richard Trinquier, qui a passé son enfance avec sa mère au Vietnam, ne l'a connu qu'à son arrivée à Paris à 9 ans, âge auquel ce métis a commencé à apprendre le français.

"Avec mon père, l'amalgame est facile", admet-il, ajoutant aussitôt: "Mais sur le gaullisme et les évènements d'Algérie, je partage son point de vue: il y a eu tromperie du général de Gaulle."

Sa dévotion le conduit à ne plus boire de l'eau d'Evian "depuis le 19 mars 1962", date des accords mettant fin à la guerre d'Algérie.

En décembre 2004, il tente aussi de baptiser une rue du nom de Raoul Salan, général putschiste et chef de l'OAS, mais renonce "pour éviter le scandale".
"Lors d'une commémoration, il avait rendu hommage à Jean-Marie Bastien-Thiry", instigateur de l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle, se rappelle Régis Roy-Chevalier, ancien maire PS de Wissous, qui le qualifie de "pro-FN".

Là encore flotte l'ombre du père, ami de Jean-Marie Le Pen et qui comptait se présenter aux législatives de 1986 sous l'étiquette FN.
"Le FN n'est pas ma tasse de thé", répond Richard Trinquier. Il est certes allé "à des réunions", mais il dit ne pas avoir été "bien admis" à cause de ses origines métissées.

Il voue parallèlement une haine aux communistes, qu'il exprime en 2005 en plein conseil municipal devant une opposition médusée. "J'ai dit: "Un bon communiste est un communiste mort", avoue-t-il, le sourire en coin.

Ses opposants, "nombreux" selon lui, lui reprochent un goût modéré pour la contradiction. Un conseiller municipal récalcitrant a ainsi reçu par courrier un article sur le pouvoir d'hospitalisation d'office conféré aux maires. Richard Trinquier parle de boutade.

Parachutiste comme son père, flambeur, il aime parader au volant de ses voitures de collection, évoque fièrement un passé de pilote de moto ou encore son "record du monde de durée de vol en parapente".

Il peut aussi surprendre: en 2007, il réquisitionne, au grand étonnement de ses administrés, une usine désaffectée pour accueillir des Roms, leur fournissant eau, nourriture et médicaments.
Explication: "Il y a une chose que je rejette profondément, c'est l'exclusion, le racisme."

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