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Des évêques au salon de l'agriculture

En période de crise, l'Eglise cherche à signifier son soutien à l'agriculture. Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc, a répondu à nos questions.

  • Cathy Dogon
  • Publié le 29/02/2016 | 07:30, mis à jour le 29/02/2016 | 14:50
© MIGUEL MEDINA / AFP

© MIGUEL MEDINA / AFP

15 évêques catholiques se rendent au salon de l'agriculture lundi. Une venue inédite au moment d'une crise profonde du secteur agricole. Sans prétendre apporter des réponses, ils ont l'intention de "montrer leur soutien". L'évêque de Saint-Brieuc Denis Moutel , qui présidera une messe lundi soir au salon, a répondu aux questions de France Paris 3 Île-de-France

France 3 Paris Île-de-France : Pourquoi avez-vous décidé de venir cette année au salon ? 

Monseigneur Denis Moutel : A la dernière assemblée des évêques de France, il y a eu un groupe de travail particulier sur les territoires ruraux et sur les agriculteurs que nous rencontrons. L'un de nous a dit : "Tiens, j'ai envie d'aller au salon pour rencontrer des gens." D'autres ont répondu : "On pourrait peut-être y aller ensemble." A titre personnel, je ne suis jamais allé au salon. Je serai heureux de le découvrir mais c'est surtout un signe de proximité. 

J'ai envie de signifier aux agriculteurs, que je rencontre souvent en ce moment sur mon territoire, en Côtes-d'Armor, notre immense respect pour eux et le métier qu'ils font. Il y a des problèmes mais il faut d'abord donner des considérations parce qu'ils aménagent la terre, ils donnent à manger à tout le monde et ils travaillent. Et leur travail en ce moment ne leur revient pas. C'est lourd psychologiquement, pour la dignité.

Quelles réponses vous pourriez apporter à ces agriculteurs ? 

Evidemment ce ne sont pas des réponses techniques ou politiques parce que ce n'est pas dans ma responsabilité et je n'ai pas à me substituer à ceux qui font ce travail là : les organisations syndicales, les pouvoirs publics... En revanche, ceux que je rencontre dans mon département sont plutôt contents de me voir. Ce sont des chrétiens, catholiques, ou pas.

Je peux peut-être leur apporter la possibilité de chercher le sens des choses, de remettre l'Homme au centre et de ne pas s'en remettre à l'anonymat du libéralisme absolue, un peu débridé.


Ce sont des principes fondammentaux que l'on peut apporter parce que ça fait partie des traditions de l'Eglise. Et les inciter à parler entre eux, à ne pas s'isoler : c'est seulement du dialogue et de la conversation entre eux et avec les politiques que pourront venir les solutions. 

Pourquoi ne pas être venus avant ? 

Je ne sais pas, c'est vrai. On aurait pu venir avant. Mais ça ne veut pas dire que l'on n'a rien fait en attendant. Actuellement en visite pastorale, j'ai insisté pour rencontrer des agriculteurs. Ca fait longtemps, il n'y a pas besoin de venir au Salon pour manifester un peu de proximité et d'encouragement, de soutien. Ca ne passera peut-être pas inaperçu mais on n'a rien à rechercher nous. On n'a rien à demander mais on veut donner de l'amitié et de l'espérance. 

Quelle est la position de l'Eglise par rapport à la politique menée aujourd'hui, face à l'agriculture ? Le Pape a reçu une agricultrice de votre département le mois dernier. Elle s'engage tout de même dans cette problématique. 

Le Pape invite à mettre en relation les questions de la nature avec le respect du à l'Homme, le travail de l'Homme et de ne pas s'abandonner à des forces anonymes aveugles, un peu sauvages, ni à une logique strictement économique, une logique de marché. Il faut écouter la voix de ceux qui crient. Je serai bien prétentieux de vouloir avoir des solutions tout seul, et ce n'est pas le champ propre de la mission de l'Eglise. Il y a des chrétiens engagés qui me disent leur foi leur donne le courage de ne pas rester seul et de ne pas écraser son voisin. De vouloir que chacun ait sa place. 
Il n'y a pas de positions techniques de l'Eglise sur l'agriculture sinon de ne pas abimer la Création. Et les agriculteurs ont fait de gros efforts. 

Nous serons là pour les soutenir, sans se mettre en scène. Il se trouve que ça intéressait les journalistes et donc, bien volontiers, on raconte les raisons de notre venue. On passera sur différents stands, des chambres d'agricultures... On passera aussi rencontrer l'enseignement privé catholique et agricole. Moi je passerai sûrement au stand de ma région Bretagne. C'est du contact humain. C'est aussi de ça qu'on besoin les agriculteurs aujourd'hui. De ne pas se diviser. Et montrer aussi aux Français qu'il ne faut pas se diviser des agriculteurs qu'on avait tendance parfois à montrer du doigt.

Quelle est la place du catholicisme dans le monde rural ? 

Dans le passé, il y a eu un christiannisme profondément rural notamment en Bretagne, mais dans d'autres régions, en Alsace, dans le Nord, en Auvergne. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui d'une certaine manière le christiannisme est davantage redevenu urbain. Là où il a du monde en fait. L'Eglise et le christiannisme tendent à être moins visible dans le monde rural mais il ne faut pas qu'on fasse de nos campagnes françaises un désert ou une réserve de gens curieux qu'on irait voir que de temps en temps. C'est pourquoi j['étais] en visite pastorale (au moment de l'interview, vendredi, ndlr).

Un de vos semblables disait "il faut réinventer des proximités nouvelles". C'est aussi une des raisons de votre venue au salon ? 

Je ne viens pas dans une perspective de séduction ou de conquête. Franchement, je crois que c'est assez gratuit. C'est surtout pour leur signifier de l'amitié. J'ai à coeur d'annoncer l'Evangile, c'est le coeur de ma mission, et de promouvoir la vie chrétienne. Ca ne m'appartient pas après, c'est la liberté de chacun de vouloir rencontrer Dieu. 

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