Alexandra Hedison : un univers de photo loin de L Word et Hollywood

Alexandra Hedison, photographe, présente "Here not here" à Paris, un voyage dans la forêt humide de l'Etat de Washington. / © Françoise Dorelli
Alexandra Hedison, photographe, présente "Here not here" à Paris, un voyage dans la forêt humide de l'Etat de Washington. / © Françoise Dorelli

Alexandra Hedison, qui s’est fait un prénom avec la photographie, expose une partie de ses travaux à Paris. "Here not Here". Un parcours dans la forêt autant qu'un chemin intérieur. Hollywood, les caméras, la comédie, la série télévisée "L Word" sont aujourd’hui bien loin.

Par Frédérique-marie Lamouret

« Happy few ». Sentiment d’être favorisée, de pouvoir profiter d’un rendez-vous rare. C’est l’impression qui m’envahit à mesure que j’approche de la rue de la Folie-Méricourt… Un vernissage à Paris est toujours un rendez-vous particulier. Quand il s’agit d’une artiste américaine et amoureuse de cette ville, plus encore. Quand il est question de Alexandra Hedison, on touche à ces moments particuliers de poésie dans l’art, quel qu’en soit sa forme.
 
Du haut de son mètre soixante dix sept -c’est une bio qui le dit mais c’est vrai qu’elle est grande- elle accueille les amoureux de son parcours photographique dans la galerie H, proche de République. La fille de Bridget et David Hedison -disparu l’été dernier- avait commencé comme ses parents, devant les caméras de Hollywood ; les Fans de la série "L Word" s’en souviennent. 
 
 
S’éloigner des plateaux pour être alignée sur ses aspirations profondes parait logique en la regardant évoluer au milieu des visiteurs. Son calme, sa retenue, l’économie de gestes, le regard bienveillant. Elle cadre bien avec ses oeuvres. Puissantes, intenses, qui poussent moins à la rêverie qu’à la réflexion, l’introspection.
 
 

La Forêt humide de l’Etat de Washington

Le thème, un incontournable pour l’amoureuse de forêts que je suis. Sous toutes ses formes, sous toutes les latitudes. « Here not here», tel est l’opus avec une série déjà exposée à Londres. L’objet de son voyage dont elle nous offre le rendu est la monumentale forêt humide de l’Etat de Washington, près du Mont Olympe.
 
De son parcours dans cette foisonnante concentration d’essences, et bien au delà de l’espace, elle nous attire et nous pousse dans son univers. « Ithaque », le nom de sa série en référence à « l’Iliade et l’Odyssée », donne tout son sens à cet itinéraire fantastique. Homère y racontait le retour du roi. Alexandra, elle, veut libérer l’imagination de celle ou celui qui regarde. Un désir qui se charge sur le chemin du désir ardent d’y entendre ce qu’elle dévoile dans cette immensité sans fin.
 

Le cycle éternel, l’enchevêtrement de la vie et de la mort

Son parti pris est fort et contraignant. Elle se situe exclusivement à hauteur d’yeux, et de regard serré. Elle exclut de la sorte toute tentative de sortir du cadre, de mise en contexte, de dézoomer. Elle ne permet aucun échappatoire. De reprendre par la même son souffle. Impossible de fuir. Pas d’horizon lointain, de canopée, de cime, pas de perspective verticale. Alexandra Hedison nous contraint. Elle s’enfonce, et nous avec elle, dans la densité de la végétation. L’élément « vert et bois »  absorbe tout, la vue tout comme l’âme. Elle renforce cette impression de renouvellement du cycle de vie et de mort. Rien d’éternel si ce n’est l’enchevêtrement de ce qui vit et ce qui n’est plus.
 
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Seeing green on 3.17.17 Untitled (Ithaka 27), 2008

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La technique utilisée -la chambre photographique- permet une juxtaposition et une succession autant d’infinis détails que d'une profondeur de champ à donner le vertige.
 

Quand j’ai vu sa première présentation Ithaque dans la capitale anglaise j’ai été submergée

raconte Françoise Dorelli, photographe professionnelle depuis longtemps attiré par le travail de l’américaine. Elle avait été envoyée par le magazine Têtu pour aller réaliser son portrait (photo de Une).
« La chambre photographique permet d’obtenir des dimensions de tirage grandeur nature. Le triptyque exposé que j’y ai vu, 2,50 de haut, était étourdissant. On entre dans la forêt. On a un rapport physique avec la photographie. Ce qu’elle voit et transmet de cette forêt. On se sent tout petit humain. »
 

Une artiste dans l'expérimentation

 
Il y avait d’autres oeuvres également. « Quelques essais d’images positives-négatives  : des procédés techniques qui interrogent la photographe que je suis, c’est certain. Alexandra est dans l’expérimentation… Mais avant tout la réflexion et son regard restent étonnants. »
 
 
Une épaisseur qui envoûte, absorbe, donne envie de se réfugier comme ultime protection. Une épaisseur qui renvoie également avec une acuité sans pareille à l’inexorable, l'abyssal.
 
Ce voyage qui chuchote avec insistance n’à d’égal que l'univers qui hurle… Elle parle autant d’elle-même que de chacun de nous. Chacun y perçoit des sons. Des images. Toutes et tous nous y verrons ce que nous sommes. Ces formes géométriques que la nature aime à parfaire. Comme ces silhouettes liées au féminin en échos.
 
Si on en doutait encore en passant la porte par une soirée d’octobre parisien, nous sommes loin, si loin, de l’univers Hollywoodien. De Dylan, la photographe de L Word. Et ce n’est pas la discrétion de sa femme dans un coin de la Galerie qui papote en français avec sa voix grave reconnaissable entre toutes qui changera quelque chose à l’affaire. Ah au fait, sa femme c’est Jodie Foster.
 
Alexandra Hedison expose à la Galerie H (90 rue de la Folie Méricourt 750011 Paris) jusqu’au 16 octobre de 14h à 19h et sur rendez vous
En parallèle, elle expose du 15 au 20 octobre, 10 rue de Turenne au « Urban Art Fair Solo Shows » 

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