Le festival du court-métrage voyage en numérique

Pour sa 35ème édition, une chose très étrange s'est produite: le 35mm a complètement disparu de la compétition officielle. Les 170 films concernés sont tous arrivés en numérique. Et pendant ce temps-là, certains élèves de l'école éphémère de cinéma, l'Atelier, rêve de tourner un film en Super 8.

Sur le plateau éphémère de cinéma installé à l'école d'architecture de Clermont-Ferrand, l'école Louis Lumière reproduit des scènes de Frankenstein Junior réalisé par Mel Brooks, à la différence qu'ici, le tournage se fait en 3D.
Sur le plateau éphémère de cinéma installé à l'école d'architecture de Clermont-Ferrand, l'école Louis Lumière reproduit des scènes de Frankenstein Junior réalisé par Mel Brooks, à la différence qu'ici, le tournage se fait en 3D. © Stéphane Moccozet
Si l'Atelier avait existé en 1979, à l'occasion de la première semaine du court-métrage de Clermont-Ferrand, "il y aurait eu des caméras Super 8, du 16mm, du 35, de l'argentique", nous dit avec sourire le responsable du lieu, mais trente-quatre ans plus tard, les temps et les technologies ont bien changé. Jacques Pouillet poursuit: "maintenant, on voit des élèves avec des portables, capables de couvrir l'ensemble de la chaine, tourner, monter, diffuser avec un seul outil". Le festival du court-métrage de Clermont-Ferrand a vécu la révolution numérique, il l'a accompagnée, et c'est bien tout ce qu'il pouvait faire tant le cinéma a changé en l'espace de trois ou quatre décennies.

Dans cet Atelier installé à l'école d'architecture de Clermont-Ferrand, les visiteurs peuvent assister à des tournages de scènes en relief, observer comment on travaille le mapping, les effets spéciaux. Figure de proue de cette école éphémère, l'école Louis Lumière, le fleuron de la formation cinématographie française. Tour à tour, les étudiants présents sont réalisateur, chef opérateur, éclairagiste, etc. "L'idée est de montrer aux lycéens et collégiens qui seraient intéressés par les métiers du cinéma que les possibilité sont multiples", explique Jacques Pouillet.
Autour de l'école Louis Lumière, on trouve des établissements régionaux : l'IUT Imagerie du Puy-en-Velay, le Lycée René Descartes de Cournon, le Lycée Vercingétorix de Romagnat, le Lycée Godefroy de Bouillon de Clermont, chacun avec sa spécialité avec ce point commun d'avoir des élèves complètement versés dans le monde du numérique.
Paradoxe du temps qui passe, malgré les lunettes 3D, les ordinateurs de plus en plus puissants qui permettent de dégrader le signal en ajoutant de la poussière, des tremblements, des effets de lumière, "certains élèves de Louis Lumière font le rêve de tourner en Super 8".
© Stéphane Moccozet

Le festival presque au tout numérique

Dans son discours, à l'occasion de la cérémonie d'ouverture du festival, Jean-Claude Saurel, le président de Sauve Qui Peut le Court-Métrage, expliquaient aux 1 500 spectateurs présents que seulement trente des quatre cents quarante films projetés durant la semaine leur étaient parvenus sur un support argentique, la moitié d'entre eux appartenant à la rétrospective indienne. "J'irai même plus loin", nous dit Calmin Borel, responsable des projections, "il est étrange de voir que pour la première fois depuis l'existence du festival, le 35mm a complètement disparu de la compétition officielle, tous les films sont arrivés sur support numérique et la plupart ont été tournés en HD".
Une évolution contre laquelle les organisateurs ne peuvent rien, ils doivent surtout se concentrer sur les contraintes engendrées par la généralisation du numérique. Cette année, cinq des dix-sept salles occupées par le festival du court-métrage étaient équipées en système DCP, la norme numérique pour le long métrage qui pourrait le devenir pour le court, une norme qui offre une qualité optimisée du son et de l'image. Les cinémas "Les Ambiance", "Jaude" et "Capitole" possèdent ce système mais il a fallu installer provisoirement ces projecteurs à la maison de la culture, dans les salles Vian et Cocteau. La ville de Clermont-Ferrand y est allée de son coup de pouce financier, on parle ici de 25 000 euros à 30 000 euros la semaine pour disposer de ces outils (avant négociations).

"Le court-métrage est un espace d'expérimentations, de bidouillages numériques", poursuit Calmin Borel, "on a vu arriver de très loin cette tendance, mais aujourd'hui on attend que le CNC et le ministère de la culture prennent conscience de la nécessité pour les festivals d'être équipés avec ces nouvelles technologies". L'effort ayant été fait pour les salles commerciales, les organisateurs de festivals planchent dans leur coin sur différentes solutions pour combler ce retard technologique. "La mutualisation des moyens est une solution" conclue Calmin Borel. En attendant, le voyage en numérique se fait avec les moyens du bord...


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