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Les conseils très concrets de Gérard Krawczyk

La réalisateur de Taxi 2,3 et 4, de "L'été en pente douce" ou du moins connu "Je hais les acteurs" donnait une master class mardi après-midi. Pour les jeunes auteurs ou réalisateurs, c'était l'occasion de venir glaner quelques conseils...
Dés qu'il commence son exposé, le ton est donné : Gérard Krawczyk est quelqu'un de concret et c'est sans doute pour cela que la salle est pleine ce mardi après-midi dans l'amphithéâtre clermontois de l'IADT. 

Dans l'assistance, une flopée d'auteurs, réalisateurs et producteurs de courts, ou juste des curieux. Ils sont venus glaner des conseils de la part d'un cinéaste qui engrange régulièrement les entrées par millions (plus de 10 millions pour Taxi 2), et qui tourne aujourd'hui une série produite par Luc Besson aux États-Unis.

Il serait réducteur de ne voir en Gérard Krawczyk qu'un réalisateur de films d'action à succès. Comme beaucoup, il a commencé par le court-métrage, avec deux passages par Clermont. "Je suis ému d'être ici ... Je suis venu ici lors de la deuxième et de la troisième édition je crois ... Je viens de là, finalement !"

L'exposé commence d'ailleurs par la projection de son premier court, son film d'études à l'Idhec (l'ancêtre de la prestigieuse Fémis). "Ce film a 34 ans, soyez indulgents !" prévient l'auteur. Dans un beau noir et blanc, "The Subtle Concept" narre l'histoire d'un détective engagé par une ravissante client pour enquêter sur ... l'existence de Dieu. Visiblement, cet hommage au film noir et à la philosophie laisse son propre auteur dubitatif ... "Je ne comprends toujours pas la fin !" avoue-t-il lorsque la lumière se rallume.

C'est le point de départ d'une série d'histoires et de projections d'extraits. On analyse l'introduction de Taxi 3, une scène de "L'été en pente douce" et la manière dont le réalisateur s'est adapté à l'arrivée sur le plateau d'un Jacques Villeret pompette. De "Je hais les acteurs" à "Fanfan la tulipe", les anecdotes s'empilent.

Pendant plus de trois heures, Gérard Krawczyk raconte ses débuts, ses succès, son arrivée "complètement par hasard" sur la série des "Taxi" ("moi qui admirait Tarkowski, qui faisait des films intimistes, je me retrouve sur un film de pur divertissement ... et j'aime ça !") ses rencontres avec Michel Blanc ou Claude Berri, mais aussi ses échecs ("j'ai fait "Héroïnes", un film qui n'a pas du tout marché !"), ses traversées du désert : "j'ai connu des moments difficiles. A un moment, je n'ai pas fait de film pendant prés de 10 ans." "J'ai fait de la pub, plein de petits boulots, j'ai écrit des sketches pour Collaro, j'ai été cadreur pour France 3, j'ai fait un téléfilm dont personne ne voulait, mais qui m'a remis dans le circuit ..."

Au bout de l'histoire, Gérard Krawczyk livre plusieurs conseils. D'abord, "il faut avoir confiance ! Moi j'avais très peu confiance. Quand Claude Berri m'a invité sur le tournage de Ciao Pantin, j'ai fait demi-tour en chemin car je pensais que je n'avais rien à y faire, que je ne pouvais rien leur apporter." 

Se posent ensuite les questions de la - difficile - relation entre scénariste et réalisateur, les erreurs juridiques à ne pas commettre ou encore les difficultés des tournages.

Mais les plus grandes interrogations de la salle concernent l'écriture. Gérard Krawczyk n'a pas de recette miracle, mais il donne sa méthode : "j'écris d'abord un traitement pour avoir une vision d'ensemble, un début et une fin. C'est ingrat, mais c'est nécessaire. Ça m'est déjà arrivé de commencer directement un scénario sur une bonne idée et de m'arrêter au bout de 30 pages parce que ça n'allait nulle part, j'en ai plein les tiroirs des comme ça. Le traitement permet d'avoir un plan, une "carte routière" pour savoir où on va. Ensuite, je fais un séquencier, ça n'est pas marrant non plus, mais c'est indispensable. Et ensuite, je m'éclate avec le scénario proprement dit, les dialogues etc."

L'exposé est riche, percutant et rempli d'injonctions utiles : "écrivez l'action !", "pensez que votre film, il va sortir un mercredi au milieu de 14 autres, sans compter la télé ou internet ! Il doit sortir du lot.", "si une scène n'est pas indispensable, il ne faut pas la tourner", "demandez-vous toujours ce que vous voulez dire dans votre scène" ou encore "le risque en long métrage bien plus qu'en court-métrage, c'est de perdre son film de vue ... "

On apprendra aussi que Gérard Krawczyk n'utilise un storyboard que pour les scènes d'action, qu'il y avait 7 caméras toutes argentiques sur l'introduction de Fanfan la Tulipe et que la manière de travailler aux Etats-Unis est très différente de la version hexagonale. Et surtout, on retiendra cette phrase, lâchée entre deux questions : "en fait, il n'y a pas de règle."
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