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Affaire Air Cocaïne : l'avocat général demande le maintien en détention des pilotes

Les deux pilotes, accusés de trafic de drogue dans l'affaire dite "Air Cocaïne", avait plaidé leur mise en liberté mercredi 18 novembre. La décision sera rendue par la chambre de l'instruction jeudi.
L'avocat général a requis mercredi 18 novembre, devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, le maintien en détention de Bruno Odos et de Pascal Fauret, les pilotes rhône-alpins mis en cause dans l'affaire dite "Air cocaïne", soupçonnés d'avoir pris part à un vaste trafic international de drogue.

Les deux hommes, après avoir fui la République dominicaine, avaient fait appel de leur placement en détention provisoire en France le 4 novembre. La chambre de l'instruction doit rendre sa décision jeudi. L'avocat général Marc Gouton a justifié ses réquisitions par la nécessité d'écarter tout risque de concertation avec d'autres mis en examen, les juges d'instruction devant procéder à de nouvelles auditions des pilotes et à des confrontations.

Evoquant les "soutiens déterminés, mobilisés avec des moyens importants pour exfiltrer les pilotes de République dominicaine", M. Gouton a clairement évoqué un risque de fuite : "Voyant peut-être la perspective d'une lourde sanction, est-ce que ces mêmes moyens ne se mobiliseraient pas à nouveau pour une autre destination où le mandat d'arrêt international de la République dominicaine serait difficile à exécuter".

"On m'a cassé, on m'a coupé les ailes"

Les deux pilotes ont à s'expliquer sur des SMS énigmatiques, d'éventuelles commissions proposées par les organisateurs de trois vols transatlantiques litigieux, et sur des valises chargées de cocaïne trouvées dans le Falcone 50 qu'ils pilotaient. Lors de leur interpellation le 19 mars 2013 à Punta Cana, vingt-six valises contenant 700 kilos de cocaïne avaient été découvertes dans la soute et la cabine.

Les deux hommes ont redit leur innocence. "Je ne fais pas partie d'une bande organisée, d'une mafia", a martelé Pascal Fauret. "Je conteste formellement mon implication, consciente ou inconsciente, directe ou indirecte, dans une entreprise criminelle. On m'a cassé, on m'a coupé les ailes".

Bruno Odos a justifié leur fuite de République dominicaine où ils étaient assignés à résidence et sous contrôle judiciaire dans l'attente de leur procès en appel. "J'ai quitté la République dominicaine pour quitter un pays qui ne nous a pas écoutés du tout et nous a condamnés injustement" à vingt ans de prison, a expliqué le pilote, en rappelant que "pendant mille jours, (sa) vie familiale, (ses) 35 années passées dans l'aéronautique sans bavure, sans défaut, ont été mises à l'étouffoir".

Pas de "trouble à l'ordre public" selon leur avocat

Leurs avocats ont proposé leur placement sous contrôle judiciaire, éventuellement avec un bracelet électronique. La défense de Bruno Odos a remis à la cour une promesse d'embauche de la mairie d'Autrans, dans le Vercors où vit sa famille. "Ce sont deux militaires sans casier judiciaire, sans problème d'argent, jamais mus par l'appât du gain, avec une famille", a plaidé Me Antoine Vey.

Rejetant l'argument d'un "trouble à l'ordre public" brandi par l'avocat général, Me Jean Reinhart a lancé : "Le trouble à l'ordre public ce n'est pas ceux-là, ce sont ces cinglés qui se promènent avec des Kalachnikov et des gilets d'explosifs". L'avocat plaidait avec la robe de son neveu et filleul, Me Valentin Ribet, tué le 13 novembre lors de l'attentat contre le Bataclan à Paris. Au bord des larmes, Me Reinhart a rappelé comment ce jeune avocat de 26 ans avait protégé son épouse : "Il a donné sa vie pour elle, comme Bruno Odos donnait sa vie pendant ses vingt ans dans l'aéronavale".
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