Affaire Fatima : son mari condamné à 25 ans de réclusion

Le mari de Fatima B. a été reconnu coupable et condamné à 25 ans de réclusion. Le meurtre de Fatima B. était rejugé en appel à Bourg-en-Bresse depuis mardi. L'an dernier, le mari de la victime avait été acquitté par les assises de la Loire, faute de preuve formelle.

Le verdict était attendu en fin de journée. Finalement, à 17h30, les jurés ont reconnu la culpabilité et la préméditation de Farouk B. du meurtre de sa femme Fatima B. Il est condamné à 25 ans de réclusion, une peine plus lourde que celle demandée par l'avocat général, André Merle ce 2 juin dans la matinée. Il avait requis 20 ans à son encontre. 

A l'écoute du verdict, Farouk B. n'a pas montré de signes d'émotion, il a simplement embrassé longuement son fils avant de suivre les gendarmes. Son avocat, Me Buffard déplore un revirement alors qu'il n'y a, selon lui, toujours pas d'éléments de preuve suffisants. "La seule preuve c'est l'acquittement par les assises de la Loire", souligne-t-il. Le parquet avait fait appel de cette décision en 2022. 

Les filles de la victime et de l'accusé se disent "soulagées d'avoir été entendues et crues" selon leur avocate qui souligne une condamnation "inespérée". Les jeunes filles regrettent toutefois de ne pas avoir pu en savoir plus sur les circonstances de la mort de leur mère. 

Jugé en appel 

En début d'après-midi ce vendredi, les jurés se sont retirés pour délibérer avec la présidente. Peu avant, l'accusé a prononcé ses derniers mots devant la cour. Les mêmes paroles qu'au début du procès : "je suis innocent. Je n'ai pas tué Fatima". 

Le quinquagénaire comparaissait libre depuis mardi 30 mai à Bourg-en-Bresse, accusé d'avoir tué son épouse Fatima. Disparue le 2 juillet 2010, le corps de Fatima B. avait été retrouvé trois ans plus tard dans les bois de Chambles, près de Saint-Etienne. Des promeneurs avaient fait cette macabre découverte. La jeune femme, âgée de 32 ans, était la mère de deux fillettes de 10 et 12 ans.

Elle a été victime de coups donnés avec un objet contondant, jamais retrouvé. Les soupçons s'étaient portés sur son époux. 

Féminicide

Pour justifier cet appel formulé après l'acquittement prononcé par les assises de la Loire, le magistrat a commencé par rappeler "qu'on a longtemps pensé que le peuple souverain ne pouvait pas se tromper. Il y a une vingtaine d’années, on a imposé le principe d’un appel qui a été introduit dans le droit français." 

Pour l'avocat général, il s'agit d'un assassinat, un meurtre commis avec préméditation. Le magistrat est persuadé de la culpabilité de Farouk B., comme c'était le cas il y a un an à Saint-Etienne, lors du procès devant les assises de la Loire. D'emblée, lors de sa plaidoirie, le magistrat a planté le décor. "Là, il s’agit d’un féminicide, au cœur de nos préoccupations sociétales." Et le procureur général a ajouté : "c’est bien beau de déplorer qu’une femme meurt tous les deux jours, c’est mieux de le faire (…) On peut philosopher, ce qui nous intéresse ici, c'est l’accusation contre Farouk B."

"Sacrifiée sur l'autel de la famille"

En préambule, André Merle, a aussi insisté sur "le contexte culturel qui pèse sur ce dossier". "La religion imprime beaucoup les comportements, a-t-il expliqué, tout doit se nouer, se résoudre en famille. Et c’est ainsi que Fatima Barkha (son nom de jeune fille) s’est retrouvée sacrifiée sur l’autel de la famille."

L’avocat général a également rappelé que la jeune femme, née en Algérie, avait suivi son époux en France, sous la pression de la mère de l'accusé. Fatima, qui vivait à Saint-Etienne, était arrivée en France six mois avant sa disparition. 

Si le mari avait cédé aux pressions familiales, les relations au sein du couple étaient houleuses. "Il ne la supportait pas. Elle criait tout le temps", a déclaré une voisine lors de l'enquête. Pour ses avocats, l'accusé avait la possibilité de la renvoyer en Algérie, ou de divorcer. "Il n'y avait pas une situation si insupportable, qu'il n'y avait que la mort comme issue. Au niveau du mobile, c'est totalement insupportable", a indiqué Me Buffard au 2e jour du procès.

Violences conjugales 

L'accusé était-il violent ? D'après ses proches, la mère de famille endurait les coups répétés de son époux. Pour Me Buffard, avocat de la défense, les violences conjugales sont "controversées". "Beaucoup de gens disent qu'il n'a jamais été violent. C'est un élément qui n'est pas démontré par l'information", a-t-il expliqué lors du procès.

Dans sa plaidoirie, l'avocat général a cependant évoqué des traces de coups au cou que la jeune femme dissimulait sous un foulard noir. Il a rappelé que cette mère de 32 ans s’était enfuie du domicile conjugal pour aller voir les services sociaux de sa ville. Il a par ailleurs évoqué une femme privée de téléphone afin qu'elle ne puisse pas alerter de sa condition.

Après avoir conduit ses filles à l'école, Fatima B. n'est jamais revenue les chercher. L'avocat général dit être persuadé que la victime a "cessé d’exister" dans l’après-midi du 2 juillet 2010, même si son corps n'a été retrouvé qu’en mai 2013. Selon lui, elle est morte dans un bois alors qu’elle pensait s’y promener. Il a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre de son mari. Il avait réclamé une peine identique en avril 2022 devant les assises de la Loire. 

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