Coronavirus. Les ventes de tabac explosent dans l'Ain

Depuis le début du confinement, les ventes de tabac ont fortement augmenté dans le département de l'Ain: en moyenne +30% en quelques semaines. En cause, la limitation des passages frontaliers entre la France et la Suisse voisine, qui pousse les Aindinois à s'approvisionner chez eux. 

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © ERIC FEFERBERG / AFP

C'est l'une des conséquences inattendues du confinement, et notamment de la fermeture des frontières. Selon la Société nationale d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes (Seita), le département de l'Ain a enregistré une hausse des ventes de paquets de cigarettes de 24 %. Même son de cloche pour le tabac roulé: la Seita note une croissance comprise entre 30 et 47%, toujours dans l'Ain.

Cette tendance, Christian Muret, buraliste à Maillat, la ressent. Il vend 1000 euros de tabac en plus chaque jour. "Dans mon secteur où tous les bureaux sont ouverts, la différence journalière est énorme", témoigne-t-il.
 

"On revoit des clients qui ne venaient plus depuis les dernières augmentations de prix." 


Le confinement accroît-il l'envie de fumer? Pas sûr. "Certains clients ne me prenaient qu'un ou deux paquets de cigarettes avant le confinement, alors que c'était de grands fumeurs. Maintenant, ils m'achètent des cartouches entières." Pour Christian Muret, cela ne fait aucun doute: il récupère une clientèle de proximité qui avait pris l'habitude de se fournir à l'étranger. 
 

Confinement et fermeture des frontières

Avec un tabac à rouler deux fois moins cher en Suisse qu'en France et un paquet de cigarettes à 8 euros chez nos voisins helvètes, au lieu de 10 dans l'Hexagone, il est plus intéressant de faire ses achats au-delà de la frontière que sur le sol français. 
 

"Lorsque le produit est trop cher, les gens consomment ailleurs, explique-t-il. Mais comme ils ne peuvent plus passer la frontière pour acheter leur tabac à cause du confinement, ils sont bien obligés de le prendre près de chez eux, chez les buralistes français." 


Hervé Natali, responsable des relations territoriales de la Seita, partage le même constat. "Ce qu'il se passe, c'est ce que nous dénonçons depuis des années, réagit-il. Cette crise démontre l'ampleur de l'évasion commerciale liée aux produits du tabac. Et on voit bien que la politique de matraquage fiscal en vigueur depuis des années montre ses limites." 

En France, les paquets achetés à l'étranger "coûtent" à l'Etat 2,5 milliards d'euros de recettes fiscales non-perçues. C'est autant que la contrebande et le marché noir. 
 

"Cette explosion des ventes reste un phénomène temporaire, concède Hervé Natali. Mais on espère qu'à la vue de ce constat, les pouvoirs publics se poseront les bonnes questions et prendront des mesures efficaces."


Plutôt que d'augmenter sans cesse le prix du tabac, il suggère, à l'image de l'Allemagne, de miser sur la prévention et la promotion de produits de nouvelle génération, comme les cigarettes électroniques. 

 
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