"Mon père travaille, il n'a rien fait de mal" : le combat d'une famille albanaise pour rester unie

Soutenu par un collectif et par son employeur, Ermal Nezaj, reste sous la menace d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Son épouse Miranda Nezaj comparaissait elle aussi devant le tribunal administratif de Lyon. La décision est mise en délibéré.

"Je suis triste, c'est injuste car mon père travaille, il n'a rien fait de mal", se désespère Samuel Nezaj. À 11 ans, l'aîné de cette famille albanaise, installée à Oyonnax, accompagne ses parents au tribunal administratif de Lyon ce 21 septembre. Son père Ermal, soumis à une obligation de quitter le territoire français, risque l'expulsion pour l'Albanie et une interdiction de retour de 18 mois.

Son épouse Miranda a également reçu une OQTF il y a quelques semaines. C'était son cas qui était étudié ce matin à Lyon.

Ne plus vivre dans l’angoisse

Après une heure d’audience, Samuel et ses parents sortent hébétés du tribunal ce midi. La décision est mise en délibéré. Le tribunal examine le cas de Miranda et rendra sa décision dans deux semaines.

"Je vais attendre encore dans l'angoisse, je ne comprends pas pourquoi ma situation est si compliquée alors que je travaille et que j'ai toujours payé mes loyers et factures depuis bientôt douze ans", se justifie Ermal Nezaj même si lui, a épuisé tout recours.  De son sac, il sort des centaines de quittances de loyer. Un tas épais de feuilles blanches et vertes qui rentrent à peine dans une enveloppe. Il les agite. "Et encore, ce n’est que le logement, je n’ai pas amené toutes mes factures", raconte celui qui ne désire qu’une chose : prouver sa bonne foi et rester en France. "Je suis quelqu’un de sérieux, je voudrais vivre un jour normal, sans stress, avec ma famille", soupire Ermal.

Lui, n'a jamais cessé de travailler, principalement dans le BTP. Son épouse Miranda évolue dans la restauration. Deux milieux en tension qui peinent à recruter et un des motifs pour lequel l'employeur d'Ermal cherche à le salarier en CDI, mais ne peut pas, faute de titre de séjour. Miranda n'a pas de promesse d'embauche.

"Quand la Préfète ose dire que cette famille n'a fait aucun effort pour s'intégrer, on parle d'un énorme mensonge", s'indigne Sylvie Carillat, membre d'un comité de soutien  àla famille à Oyonnax. 

“On est là pour leur ouvrir les yeux” 

Samuel, qui est né en France tout comme ses deux petites sœurs, Xhensilia et Mélissa, a écrit une lettre à la juge pour expliquer son angoisse et sa tristesse. Le document a été versé au dossier. Fan de basket et titulaire d’une licence au club d’Oyonnax, le petit garçon s’inquiète. Si son père est expulsé, sa mère restera seule à s'occuper des trois enfants. Si le couple doit partir, les enfants partiront dans un pays qu'ils ne connaissent pas. Miranda, les larmes aux yeux, n’ose à peine l’envisager.

Durant l’audience, leur avocat Me Jean-Philippe Petit a pointé plusieurs dysfonctionnements de la préfecture de l’Ain qui a débouté cinq fois les demandes du couple Nezaj pour obtenir un titre de séjour. Une situation globale signalée par le Défenseur du droit et ubuesque pour la famille.

"C’est un acharnement contre cette famille, on est vraiment choqués par les décisions de la préfecture de l'Ain qui sont totalement arbitraires", explique, incrédule, Yveline Silvestri membre du comité de soutien.

“On est venues pour ouvrir les yeux au tribunal”, ajoute à ses côtés Odile Roby, venue aussi soutenir le couple. Montrer aux juges à quel point la famille Nezaj est appréciée dans le bassin du Haut-Bugey et qu'elle n'est pas seule.

Arrivé à Bourg-en-Bresse en décembre 2012 puis à Oyonnax, le couple Nezaj s'est rapidement intégré. Alors quand Ermal reçoit une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en mars 2023, un comité de soutien s'organise autour de la famille. Enseignants, voisins, employeurs : tous veulent les voir rester. Une pétition collectant plus de 400 signatures est remise à la préfecture de l'Ain. A l'été c'est la mère qui reçoit une OQTF.

"Ils ne veulent pas de nous, c'est la vie", lance Samuel, abattu. "Mais non, il existe d’autres recours, on ne les lâchera pas, tu verras Samuel", promet Odile Roby au petit garçon qu’elle serre dans ses bras. En cas de réponse négative du tribunal administratif de Lyon, leur avocat fera appel. Ermal, lui, risque l'expulsion à tout moment.

L’Albanie, dans le cadre des négociations pour rentrer dans l’Union européenne, a accepté de récupérer tous ses ressortissants soumis à une OQTF. L'année dernière, le taux d'expulsion des Albanais en France s'élevait à 80% et près de la moitié (45%) des expulsions hors UE depuis l’hexagone est à destination de l’Albanie.