VIDEO. "J'aime dire que je suis habilleuse de lumière", Nadine Mure Ravaud est abat-jouriste haute-couture

Nadine Mure Ravaud exerce la profession d'abat-jouriste. Un artisanat entre tradition et modernité, son métier est une rareté. Rencontre avec cette artiste rayonnante, dans son petit atelier de Saint-Etienne-du-Bois, tout près de Bourg-en-Bresse.

"La lumière est notre meilleur allié mais aussi notre pire ennemi", explique Nadine Mure Ravaud. Sur la lumière, elle en connaît un rayon. Et pour cause, elle exerce une profession hors du commun, exercée aujourd'hui par moins d'une centaine de personnes en France. Nadine Mure-Ravaud est abat-jouriste depuis plus de 20 ans. Un métier qu'elle a découvert presque par hasard. 

De juriste à abat-jouriste

Nadine n'a pas toujours été artisan. Installée sur Paris, dans une autre vie, elle était juriste, en charge de dossiers épineux, et souvent lourds. Des dossiers de victimes, d'enfants maltraités ou de personnes accidentées. Elle l'avoue, elle avait alors besoin d'un "exutoire". Sa rencontre avec le métier d'abat-jouriste, c'est un peu le hasard, en poussant la porte d'une petite boutique installée rue de la Motte-Picquet. Et là, c'est une rencontre avec Véronique Chevillotte qui a été déterminante. Une véritable révélation. "Elle m'a appris à faire au départ - en trois heures - un petit abat-jour conique, sans prétention". Mais Nadine a été définitivement séduite : "elle m'a inoculé le virus et je n'ai jamais quitté ce métier". L'artiste est radieuse lorsqu'elle parle de cette découverte.
Sa passion est donc devenue son métier. Elle a ouvert sa propre boutique au tournant de 2000. Durant plusieurs années, elle a travaillé pour des particuliers, des décorateurs, des antiquaires... avant de s'installer dans l'Ain, tout près de Bourg-en-Bresse, il y a quelques années.

Nadine Mure-Ravaud a ouvert son atelier baptisé "Eclat de Lumière". Des carcasses, des gabarits, des tissus précieux et des lampes en attente de restauration, d'autres prêtes à rejoindre leur propriétaire... son micro atelier ressemble à un boudoir, chaleureux et douillet, qui invite à la concentration, voire à la méditation.

Sortir la lampe de l'ombre

Pour cet artisan, le métier d'abat-jouriste navigue entre tradition et innovation. Mais n'est sanctionné par aucun diplôme : "on l'apprend dans l'alcôve des ateliers des abat-jouristes". Malgré la transmission, c'est un savoir-faire qui se perd. Nadine Mure-Ravaud déplore même le désintérêt des conservateurs des Monuments historiques aujourd'hui en France : "ils devraient donner autant d'importance à un meuble d'ébéniste qu'à une très belle lampe ou qu'à un très beau fauteuil."

J'ai envie de promouvoir mon métier, de le préserver et de sauver ce savoir-faire passionnant.

Nadine Mure-Ravaud

Abat-jouriste haute-couture

Elle est intarissable sur l'histoire et se bat pour que la lampe soit considérée comme un objet d'art. "En France, nous n'avons pas de tradition d'art concernant la lampe. Au mieux, elle est décorative. Au pire, elle est utilitaire". Contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ou encore la Russie des années 20. "C'était aussi un signe de richesse et d'opulence d'avoir de très beaux intérieurs éclairés, avec des abat-jour de prix, des suspensions de prix". 

Ce jour-là, Nadine Mure-Ravaud nous présente une pièce dont elle est particulièrement fière : une lampe de style Tiffany. Une lampe d'inspiration victorienne avec ses médaillons de verre et ses franges de soie. Un travail de plus de 80 heures. Une réalisation à quatre mains avec une vitrailliste, Meilleur Ouvrier de France. Cette œuvre d'art est prête à rejoindre ses propriétaires, à Philadelphie. 

"Habilleuse de lumière"

En tissu tendu, contrecollé ou plissé, l'abat-jour apporte la touche finale à l'éclairage, il façonne la lumière, la rend brillante ou chaleureuse. 

"C'est un voyage initiatique le métier d'abat-jouriste. Le voyage à travers la lumière est lui-même un voyage initiatique. Vous ne voyez pas la lumière de la même manière, à 20 ans, à 30 ans et à 40 ans. Et vous n'avez pas le même besoin de lumière.... souvent votre intérieur change en fonction de votre âge, et la lumière c'est pareil. J'aime bien dire que je suis habilleuse de lumière. Je fais des abat-jour haute-couture pour sublimer les intérieurs et leur donner une atmosphère à laquelle personne n'aurait pensé. Parce qu'une lampe, ça change tout".

La lumière se sculpte par le biais de mon métier. Avec mes abat-jour qui paraissent parfois désuets, on a des objets qui sont des vecteurs de lumière, des vecteurs de joie. Ils peuvent être importants dans les hôpitaux, les EHPAD ou quand on veut apporter à son intérieur une certaine sérénité. Il y a des jeux de lumière, des couleurs qui apaisent...

Nadine Mure Ravaud

Abat-jouriste haute-couture

Preuve qu'il faut aussi des talents de couturière, elle travaille de nombreux matériaux dont la soie. Elle a même obtenu l'autorisation de la Maison Bucol d'utiliser des tissus vintages hérités de sa grand-tante. La célèbre maison lyonnaise travaille essentiellement pour les grandes maisons de couture : "la sœur de mon grand-père travaillait chez Bucol et m'avait laissé des tissus absolument merveilleux. Je les ai utilisés avec leur bénédiction. Au-delà de rendre hommage à ma grand-tante, c'était aussi une façon de rendre hommage à une belle maison qui se souvenait encore d'elle", explique-t-elle. "Ça m'a permis d'inventer tout un jeu de lumière qui met en avant la qualité de leur travail, leurs broderies, aussi bien à l'envers qu'à l'endroit". Dans ses mains, un modèle de grande taille, habillé d'une soie rose brodée de fil d'argent.

"Finitions impeccables" 

"L'abat-jour, qu'il soit contrecollé ou couture nécessite énormément de rigueur, de patience. Il faut savoir faire et défaire, faire et refaire", explique-t-elle. Les finitions doivent être impeccables. "La lumière est notre meilleur allié mais aussi notre pire ennemi. Elle met tous les défauts en valeur. C'est pourquoi tout doit être invisible. Et l'intérieur d'un abat-jour doit être aussi beau à regarder que l'extérieur", assure-t-elle en parlant de ses créations.

Je dis que je fais des abat-jour haute-couture parce qu'il faut qu'on puisse voir mon ouvrage, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, sans aucun défaut. En tout cas aussi parfait que je puisse le faire.

Nadine Mure-Ravaud

Abat-jouriste haute-couture

Pas de limite non plus à la créativité. Nadine Mure-Ravaud dessine ses propres carcasses qu'elle fait ensuite réaliser par des carcassiers labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant. Ce sont des artisans habitués à travailler le fil de cuivre qui réalisent des prouesses. Car ces structures doivent être solides et résister aux manipulations. "Pas de limite au rêve, à l'imagination, à la créativité. On peut faire absolument ce que l'on veut".

"C'est un métier d'évasion. Quand vous commencez un abat-jour, vous ne savez jamais comment il sera quand il sera fini. Quand vous allez l'allumer vous ne saurez jamais quel rendu il aura. C'est la surprise jusqu'au bout. C'est une sorte de voyage", explique-t-elle en guise de conclusion.

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