Tour de France 2023. Malades, ils parcourent près de 3500 km à vélo dans leur clinique

En attendant de voir passer le peloton du Tour de France, dans une clinique du souffle de l'Ain, patients atteints de maladie respiratoire et personnel de l'établissement se sont relayés pour parcourir 3404 kilomètres à vélo. Un défi pour valoriser la pratique du sport chez ces malades. Récit d'un défi.

“À 51 ans, je me suis retrouvé sous oxygène”. Serge Bonnard est atteint d'une forme grave de bronchite accompagnée d'un emphysème sévère. Cette maladie respiratoire l’oblige à rester en permanence relié à des bouteilles d'oxygène. Tous les jours, il se rend à la clinique du souffle du Pontet à Hauteville, dans l'Ain, pour suivre son traitement.

Cette semaine, le quinquagénaire a chaussé les pédales pour relever le défi proposé par son établissement médical. 3404 km à parcourir, répartis entre tous les patients de la clinique. Et pour ce Tour de France revisité, il a eu à sa disposition le plateau technique de la clinique. “Une personne a besoin d’être challengée dans la vie, y compris quand on est atteint d’une pathologie respiratoire”, explique Benjamin Eichenauer, cadre de réhabilitation à Hauteville, à l’origine de cette initiative. 

Un défi pour le dépassement de soi 

En quatre ans de maladie, Serge a vu ses capacités physiques se dégrader et ne pensait plus pouvoir faire de sport. Mais avec ce défi, il se rend bien compte qu’il se trompait. “Je suis capable d’en faire et j’ai l’intention de m’y remettre sérieusement”, avoue le malade. À lui tout seul, il a parcouru presque 200 kilomètres, à raison de plusieurs sessions d’une heure par jour.

“Je profite de ce challenge pour me surpasser moi-même. Je ne cherche pas à gagner quoi que ce soit et en même temps, si je gagne quelque chose, c’est pour mon papa qui est passionné de cyclisme”, ajoute le quinquagénaire, fier d'avoir contribué, avec succès, à ce challenge. Alors qu'en début de matinée, seul 73% du parcours était effectué, tous se sont mobilisés dans l'après-midi. Soutenus par la directrice de l'établissement et son adjointe, ils ont dépassé de quasiment 100 kilomètres l'objectif. 

Former un réseau

Plus qu’un défi sportif, cette course est “une possibilité d’informer toutes ces personnes malades qu’elles peuvent faire autre chose que rester chez elles”, souligne Serge. Des personnes âgées, mais aussi des jeunes, atteints de maladies génétiques, victimes des pics de pollution, du Covid... Ils sont près de 40.000 à souffrir d'une maladie cardio-respiratoire en France.

“Ici, j’ai rencontré des personnes dans la même situation que moi, qui ne savent pas qu’elles peuvent faire des activités physiques et qui n’osent pas sortir dans la rue par peur du regard des autres.”

Serge Bonnard

Patient atteint de BPCO (stade 4) avec incapacité respiratoire chronique, soigné à la clinique du souffle à Hauteville

Le quinquagénaire se sent investi d’une mission de transmission de l’information. Il souhaite en ce sens former un réseau afin que les différents établissements médicaux cardio-respiratoires communiquent mieux sur le sujet. Le cycliste compte également monter une équipe afin de faire l’étape amateure du Tour de France. Il ne lui reste qu’à trouver les personnes motivées et le sponsor.

Fédérer patients et personnel de l’établissement

Mardi 11 juillet, le défi se poursuivra avec un relais par équipe. Benjamin Eichenauer et Serge Bonnard y prendront part. Au total, 54 patients et 30 membres du personnel de l’établissement participeront au challenge. “Il y aura tous les niveaux, une directrice, un stagiaire, un kinésithérapeute, une enseignante, une facturière, une aide-soignante, une responsable ressources humaines... C’est un challenge coopératif. L'idée est de se fédérer en équipe du Pontet pour pouvoir produire une performance collective sportive”, souligne le cadre de réhabilitation à Hauteville.

Molkky, pétanque, atelier d’expression, projection d’images du Tour de France et autres activités auront lieu tout au long de la journée. Il y aura également un stand animé par une diététicienne et des kinésithérapeutes seront à la disposition des sportifs, une fois leur relais terminé.

À l’image des cyclistes du Tour de France qui prendront la route d’Issoire, les coureurs de la clinique Pontet pourront se voir attribuer une récompense. Celui qui apporte la plus importante contribution kilométrique repartira avec le maillot jaune. Celui qui aura été le plus assidu repartira quant à lui avec le maillot noir. Le maillot blanc sera donné au meilleur moins jeune et le vert à celui qui aura pédalé le plus par rapport à ses performances habituelles.