« Recoudre la nuit » : le très beau premier roman d’une écrivaine originaire de l’Allier

« Recoudre la nuit » est le premier roman publié par Myriam Frégonèse. Cette écrivaine originaire de Vichy, dans l’Allier, vit à Paris, où elle est directrice d’un établissement psychiatrique. Son récit nous emmène à Vichy, sous l’Occupation, dans un hôpital psychiatrique. Un roman captivant et bouleversant.

Si vous ne savez pas quoi lire cet été, pourquoi ne pas découvrir « Recoudre la nuit » de Myriam Frégonèse ? Cette autrice vient de le publier, aux éditions « L’oiseau parleur ». Il s’agit d’une histoire qui se déroule à Vichy, sous l’Occupation. Myriam raconte : « L’intrigue se passe durant l’Occupation, un peu au cœur du cyclone, car on se retrouve dans un hôpital psychiatrique, sous le gouvernement de Vichy, à Vichy. Mon personnage principal Violaine est frappé de troubles psychiques, qui l’amènent, dans sa logique, à se coudre une étoile jaune. Sa mère la place en hôpital psychiatrique, à la fois pour sa folie et pour la protéger. Durant cette période, les hôpitaux psychiatriques étaient un lieu de refuge : il y avait des anarchistes espagnols qui venaient se planquer. Derrière ces murs, on pouvait aussi être un peu protégé. Sauf que le gouvernement affamait ces gens-là ».

L'écriture comme une évidence

L’autrice a toujours écrit. Un besoin, une évidence. Elle poursuit : « Je suis de Vichy. A 18 ans, je ne sais pas bien ce que je veux faire de ma vie. Je travaillais dans l’hôtellerie et je voyageais. A travers mes voyages, je découvre d’autres cultures. A 24 ans, je m’inscris à la fac. Je commence ce parcours universitaire qui me plonge dans le psychisme, la logique psychologique humaine. Un voyage intérieur passionnant. L’écriture me suit depuis toujours. Lorsque j’étais adolescente, j’avais une pratique théâtrale. Découvrir les textes, les logiques dramaturgiques et psychologiques, m’a plu. Un dramaturge est un fin psychologue et un romancier aussi. Tout prend sens petit à petit et m’amène à écrire, surtout du roman. Dans mon parcours universitaire, j’ai beaucoup écrit, jusqu’à mon mémoire de thèse. Ma thèse portait sur les ateliers d’écriture. En tant que clinicienne, je me suis servi de l’écriture pour soigner. Mon travail de thèse portait sur des ateliers d’adolescents psychotiques ».

Une recherche documentaire précise

On estime à 45 000 morts de faim ou de froid dans les hôpitaux en France pendant la Seconde guerre mondiale : « J’ai trouvé cette information dans « L’hécatombe des fous », d’Isabelle Von Bueltzingsloewen. C’est là qu’on trouve toute la ressource historique : elle a levé le voile sur cette horreur. J’ai fait un gros travail documentaire, lu des rapports d’archives, des notes cliniques, des notes d’hygiénistes affolés par cette situation. J’ai trouvé des articles. Avec Internet, c’était plus simple. J’ai posé le premier mot de cette histoire il y a 7 ans. J’ai eu connaissance de ce phénomène, en même temps que je prenais la direction d’un hôpital de jour « La grange batelière », dans le 9e arrondissement de Paris : un hôpital psychiatrique pour adolescents. J’ai commencé là-bas comme clinicienne en 1998. Je me suis alors demandé comment agissait un directeur d’hôpital sous l’Occupation. J’ai imaginé le personnage du Docteur Faure. Son regard est important. J’ai aussi participé à des ateliers d’écriture qui m’ont permis de me libérer ».

Une galerie de personnages attachants

Le chapitrage du récit est très judicieux. On découvre pas à pas toute une galerie de personnages, Violaine, Marcel, Laurette, le Dr Faure, Augusta, tous plus attachants les uns que les autres. Les lecteurs auvergnats ne sont pas dépaysés : Vichy, Saint-Pourçain, le journal La Montagne. Toute une couleur locale est dépeinte avec brio par l’autrice. « Même si je vis à Paris, cette région m’est très chère. J’y retourne régulièrement. J’avais envie de situer l’histoire dans mes tripes. C’est mon enfance, mes lieux. J’avoue aussi qu’il y a un côté militant. J’ai été marquée à travers ma vie, j’ai 55 ans aujourd’hui, par l’amalgame entre Vichyssois et Vichyste. C’est terrible. C’était essentiel d’en parler ». On dit souvent qu’on met beaucoup de soi dans un premier roman. Myriam avoue : « Violaine me ressemble. Je pense que nous partageons certaines interrogations. Intellectuellement, professionnellement et humainement, je me rapproche du Dr Faure ».

La prouesse de séduire un éditeur

Depuis le confinement, les maisons d’édition sont assaillies de manuscrits d’auteurs en herbe. Myriam a réussi le tour de force de convaincre un éditeur : « C’est mon premier roman publié. Pas le premier que j’écris. J’ai aussi une nouvelle qui va paraître à l’automne dans le cadre d’un concours. J’ai réussi à convaincre un éditeur. J’ai envoyé mon texte à la maison d’édition "L’oiseau parleur", et l’éditeur, Alain David, a tout de suite accroché. Ce roman n’avait pas ce format il y a 18 mois. J’ai fait un premier envoi mais des éditeurs étaient intéressés, tout en pointant quelque chose qui n’allait pas au niveau de la structure. J’ai tout retravaillé et j’ai envoyé le texte à de petits éditeurs. J’étais très contente qu’Alain David se lance ». Le titre est également très travaillé, énigmatique pour les néophytes mais tellement parlant pour les lecteurs du roman : « Je viens d’une famille où les femmes cousent, tricotent, font de la dentelle. La couture est très importante. Quand je suis tombée sur une citation de Jaccottet, tout est devenu lumineux. Avec la couture, mon personnage de Violaine essaie de recoudre sa nuit. Elle y arrive, même si elle perd un peu la raison. Elle est amoureuse, elle tient debout ».

"Cela donne des ailes pour continuer d’écrire"

Le livre est disponible chez Place des libraires et Malibrairie.com, mais également chez les libraires classiques, notamment en ligne. L’écrivaine conclut : « Avec les retours, c’est très fort. Il y a une forme d’effraction. L’écriture nous protège. Quand on donne ses personnages à lire, c’est dur. Le fait de faire lire cette histoire avec les retours positifs est quelque chose de lumineux, réconfortant. Cela donne des ailes pour continuer d’écrire ». Des ailes pour une belle plume. On attend déjà les autres romans avec impatience.