Théo Curin, nageur amputé des 4 membres : « Il faut être fier de sa différence »

Natation, mannequinat, télévision : Théo Curin, qui s'entraîne à Vichy dans l'Allier, a un agenda bien rempli. / © Alexandre MARCHI / MAXPPP
Natation, mannequinat, télévision : Théo Curin, qui s'entraîne à Vichy dans l'Allier, a un agenda bien rempli. / © Alexandre MARCHI / MAXPPP

Théo Curin a 6 ans lorsqu’après une méningite foudroyante, il est amputé des 4 membres. Aujourd’hui nageur récompensé, il s’entraîne à Vichy (Allier). A l’occasion de la journée mondiale des handicapés, le 3 décembre, il nous parle de sa vie à cent à l’heure.

 

Par Catherine Lopes

Le parcours de Théo Curin force le respect. Il n’a que 6 ans lorsqu’il est amputé des quatre membres, après une méningite foudroyante. Sa rencontre avec l'athlète Philippe Croizon est déterminante. Ce dernier explique : « Sa maman m’avait écrit une lettre quand il avait été amputé. J’avais mis cette lettre de côté car je ne savais pas quoi répondre. J’étais un peu perdu. Je me suis effondré. Je lui ai répondu 6 mois plus tard. Depuis nous sommes devenus inséparables. Il me donne de l’énergie et je lui donne la mienne ». C’est lui qui l’invite à plonger dans les bassins, malgré son appréhension. Théo raconte : « Au début, l’eau était un élément que je détestais. A l’école, j’étais souvent malade quand il y avait natation. Maintenant, j’adore ça. Cela prouve que dans la vie, tout peut arriver ». Le jeune sportif  a quitté sa Lorraine natale il y a 6 ans pour s’entraîner à Vichy, dans l’Allier.

Des entraînements intensifs

Il est dans les bassins dès 7 heures du matin, 4 heures par jour. Ses entraînements intensifs lui ont permis d’être médaillé de bronze aux Championnats du monde de Londres en 2019 et de participer aux Jeux Paralympiques de Rio en 2016. Désormais, il n’a qu’un objectif en tête, les Jeux de Tokyo, mais avant cela il y aura les sélections en mai 2020. L’année 2020 s’annonce bien chargée pour le jeune sportif car Théo passera aussi son bac santé social. Pas le temps pour lui de s’ennuyer puisqu’il a ajouté à son agenda bien rempli une chronique mensuelle dans le Magazine de la santé, sur France 5. Il explique : « Ca se passe super bien. Je suis ravi de cette nouvelle actualité. C’est hyper intéressant, je m’éclate. J’y aborde le thème de la résilience grâce au sport. Je montre que l’on peut rebondir après un échec, quelque chose de difficile. La natation a été pour moi un outil de résilience. Sans elle, je ne me serais pas dépassé. Cela m’a permis de rebondir après la maladie ».

On est tous différents

Théo affirme qu’il est fier de son handicap. Il assure : « J’en ai marre que les gens se refusent d’être eux-mêmes, pour appartenir à la norme. Ca m’énerve. On est tous différents. On ne trouvera jamais l’être parfait. Il faut être fier de sa différence ». Aujourd’hui, le nageur est une source d’inspiration pour beaucoup de jeunes, valides ou non. Avec eux, il échange souvent sur les réseaux sociaux. Il raconte : « Cela fait drôle d’être cité en exemple. Ca ne change pas grand-chose pour moi mais ça peut aider certains à assumer leur handicap. Ca me motive à continuer. Sans mauvais jeu de mots, je garde les pieds sur terre ».

Egérie d'une marque de cosmétique

Théo est depuis début septembre 2019 l’égérie d’une des plus grandes marques de cosmétique du groupe L’Oréal. Il souligne : « J’ai fait de la natation pour dévoiler mon corps. Désormais, le mannequinat est un autre outil pour mettre en valeur mon corps, l’accepter malgré mes cicatrices. C’est le message que je veux faire passer ».

Ces derniers temps, le jeune champion a enchaîné les sollicitations médiatiques et n’en revient pas lui-même : « J’ai même été contacté par CNN. J’avais du mal à le croire. C’est complètement fou. C’est hyper cool et je suis très content. C’est une explosion médiatique qui est venue d’un coup. Cela récompense tous les efforts faits depuis le début ». 

Philippe Croizon ajoute : « Il m’a toujours épaté. Son parcours est admirable. Il transmet une énergie qui montre que tout est possible. Il faut oser. Mais je lui répète que la lumière peut s’éteindre. Il faut garder ses prothèses ou ses pneus sur terre ». Cette exposition lui permet de banaliser le handicap selon lui. Théo conclut :  « Mon objectif est que l’on ne parle plus de handicap. Il faut que l’on arrête de parler de handicap. Ce mot fait peur. C’est bien dommage, ce n’est qu’un mot ».

 

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