Documentaire : " Nos vies adultes " d'Alexandre Hilaire interroge la filière d'enseignement professionnel

Les noms des baccalauréats généraux et professionnels ont changé, pas la sociologie des classes. Dans " Nos vies adultes ", tourné à Tournon en Ardèche, le réalisateur Alexandre Hilaire interroge l'enseignement professionnel avec ses camarades de classe des années 90 et avec les élèves d'aujourd'hui. Un film entre confessions et interrogations.

Il y a ceux qui la choisissent et ceux qui la subissent. Alexandre Hiliaire est de ceux-là, de ceux qui ont subi leur scolarité. Après le collège, il est orienté au lycée professionnel Marius Bouvier à Tournon, en Ardèche, option électronique. Alexandre s'ennuie. Alors pendant les cours, il écrit un film : " Meurtre noir ". Un court-métrage tourné à la pause méridienne avec une trentaine de copains du lycée. Nous sommes en 1997, Alexandre a 17 ans et sait qu'il ne fera jamais de l'électronique son métier.

Vingt-sept ans plus tard, devenu auteur et réalisateur, Alexandre replonge dans ce premier film pour en écrire la suite. Que sont devenus Jérémy, Arnaud, Yurt et les autres ? Quels regards portent-ils sur leurs parcours ? Que font leurs enfants ? Il recueille des paroles d'adultes et d'adolescents aujourd'hui élèves au lycée professionnel Marius Bouvier à Tournon.

L'enseignement professionnel serait-il toujours le mal aimé, le mal traité de l'Education Nationale. Je me souviens de mon lycée dans la Loire. Nous étions environ 1500 élèves et dans la cour il y avait  "les bleus" de travail et les autres. Rares étaient ceux qui se mélangeaient.  Alors j'ai fait comme Alexandre Hilaire, j'ai rappelé quelques camarades de lycée pour interroger leurs souvenirs. Geneviève, travailleuse sociale, se souvient de " la hiérarchie même entre les bacs généraux. En haut du panier, les scientifiques, suivis des sections économie, puis les littéraires et tout en dessous les tertiaires et les techniques. Si les noms des baccalauréats ont changé, la sociologie des classes dans les lycées reste aujourd'hui la même. Je le constate quotidiennement." Ce que confirme Arnaud, enseignant dans un lycée professionnel : " Moi j'avais fait le choix de la filière électrotechnique. Je me souviens de la scission dans la cour de récré. Aujourd'hui j'enseigne cette matière dans un lycée pro de la seconde au BTS. Si les choses ont changé ? Pour ceux qui vont au BTS oui, ils ont choisi leur filière mais force est de reconnaître que l'on en perd beaucoup avant le bac."

Selon un rapport du Sénat datant de juin 2023, c'est effectivement dans les filières professionnelles de l'Education nationale que l'on trouve le plus de décrocheurs, par manque d'attractivité, de passerelles et de flexibilité dans les parcours et d'accompagnement.

Entre les copains d'Alexandre Hilaire et les jeunes lycéens présents dans le film, on retrouve les mêmes questionnements de ceux qui ont choisi et de ceux qui se rêvent ailleurs.

Un ailleurs possible. Le réalisateur en est la preuve. Il n'est, heureusement pas le seul. Théo 31 ans est informaticien et formateur. Il a créé son entreprise. Il me raconte : "J'ai fait un bac pro systèmes électroniques et numériques qui ne m'a pas vraiment intéressé. Après j'ai arrêté l'école pendant 6 ans et enchaîné les intérims et puis je me suis dit que c'était dommage de passer à côté de ce qui m'intéressait vraiment, à savoir l'informatique. J'ai repris des études en alternance jusqu'à Bac+5. Aujourd'hui, je fais ce qui me plaît. Oui, ça a été compliqué de reprendre les études surtout dans la rédaction des mémoires. Parce que s'il y a une chose que l'on n’apprend vraiment pas en filière pro, c'est la structuration de la pensée. On devrait peut-être y songer. Ça aiderait sûrement les lycéens! "

Lorenzo, un créatif passé par la filière pro m'explique : " Mon bac pro logistique m'a juste servi à trouver des jobs pas passionnants du tout. Je traînais une espèce de honte de ma scolarité. Je n'avais aucune confiance en mes capacités. Alors je me suis engagé dans l'armée. Pas longtemps ! Après j'ai voyagé, fait une école d'arts option photographie. Ce qui m'a sauvé c'est l'écriture. J'ai toujours écrit et je continue. Aujourd'hui je fais des courts-métrages, j'écris des scénarios. Si j'en vis ? Non mais j'ai un travail ! Ce que je veux dire à ceux qui se retrouvent en filière professionnelle sans l'avoir choisi, juste parce qu’ils n'entrent pas dans le moule, je veux juste leur dire de ne jamais abandonner leurs rêves. "

Ne pas abandonner ses rêves, c'est en substance le propos du film d'Alexandre Hilaire. Sur fond de questionnement sur ce que l'on fait de ces jeunes, sur la place qu'on leur laisse dans leurs choix d'avenir.

Un récit entre confessions et interrogations sur notre société et son avenir.

" Nos vies adultes " d'Alexandre Hilaire, une coproduction Habilis Productions et francetv AURA, à voir le jeudi 30 mai à 22H45 sur France3 Auvergne-Rhône-Alpes dans la France en Vrai et déjà sur la plateforme france.tv.

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