"On fait de la maltraitance sans le vouloir" : un EHPAD de l'Ardèche avec 3 aides-soignants pour 50 résidents

Ils ne sont parfois que trois soignants pour 74 résidents. Une situation que le personnel de l'EHPAD des Lavandes à Cruas vient de signaler à l'ARS. En cause, des problèmes de recrutement dans la région.

En ce 25 décembre, Valérie embauche à 6 heures à l'EHPAD des Lavandes à Cruas. Elle regarde son planning de service. Elles ne sont que cinq aide-soignantes pour 74 résidents. Elles devraient être huit. Il faut faire vite. Réveiller des résidents, même ceux qui veulent encore rester au lit, pour faire leurs toilettes. A 11h30, il faut les mettre à table et donner à manger à ceux qui sont dans l'incapacité de le faire. Les soignants sont frustrés. Ils estiment que ce repas de Noël n'a pas été donné dans des conditions convenables. Pourtant, ils alertent depuis plusieurs mois sur leurs conditions de travail. Cette fois, c'en est trop, en fin d'après-midi, ils remplissent un "formulaire de signalement des événements indésirables en lien avec la prise en charge et la sécurité des usagers, le fonctionnement et l’organisation de l’établissement” à destination de l’ARS (Agence régionale de santé).

"On voit souvent les résidents pleurer"

Nous rencontrons Béatrice∗ et Emilie∗ dans un parc à proximité de l'EHPAD. Elles nous racontent des situations pires qu'à Noël. "En regardant le planning, on est parfois que 3 voire 2 aides-soignantes pour une cinquantaine de résidents" déplore Béatrice. Pour Emilie, soigner est une vocation mais aujourd'hui, elle ne se reconnaît plus dans ses actes.

Notre travail c'est l'humain. Et là, on est devenu des machines à effectuer des soins. Ce n'est plus possible, c'est frustrant et épuisant.

Emilie*, aide-soignante

A ses côtés, Béatrice acquiesce. "Je vais au travail la boule au ventre" admet-elle.

Ce qui les inquiète en premier lieu, c'est la prise en charge des résidents. "On voit souvent les résidents pleurer, observe Béatrice. Par moments, ils sont trois jours dans leurs lits sans sortir, ça devient compliqué. On fait de la maltraitance sans le vouloir".

Cette situation plombe le moral des soignants. "J'en dors plus la nuit, nous avoue Béatrice. Je me suis déjà mis en arrêt car je n'avais plus le courage de venir".

"Nous n'avons plus de ressources disponibles"

L'absentéisme est justement un dossier que la direction ne parvient pas à régler. Malgré un mouvement de grève du personnel, il y a 16 mois, le problème perdure. Depuis Noël, "nous n'avons plus de ressources disponibles" nous confie Sylvain Le Bris, directeur filière médico-sociale chez Oxance, un groupe mutualiste non lucratif. Il y a eu le personnel parti en congés pour les fêtes, mais également le Covid qui a mis l'établissement en difficultés. Difficile de pallier ces absences selon le directeur de cette maison de retraite à Cruas car ici, "c'est la capacité à recruter sur des périodes tendues" qui pose problème.

Aujourd'hui, il manque trois aides-soignants et un infirmier à l'EHPAD des Lavandes. Alertée, l'ARS indique que dans le cadre d'un signalement, "des éléments explicatifs, pièces justificatives sont demandées au gestionnaire de manière à objectiver la situation décrite et signalée. C’est actuellement le cas pour l’EHPAD les Lavandes, cet établissement fait l’objet d’un suivi rapproché."

*Les prénoms ont été modifiés.

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