REPORTAGE. Présidentielle 2022 : vieillir en EHPAD ou à domicile, ils racontent leur quotidien

D’ici 2050, la France pourrait compter 4 millions de personnes en perte d’autonomie. Comment mieux s’occuper de nos aînés ? Une question et surtout un enjeu majeur pour notre société. Avant les élections présidentielle et législatives, nous avons donné la parole à des séniors et à ceux qui s’en occupent.

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A l’occasion de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2022, France 3 rejoint France Bleu et sa grande consultation citoyenne baptisée  #Ma France2022, en partenariat avec Make.org. L’occasion de vous donner la parole autour de sujets qui font (ou devraient, selon vous, faire) l’actualité de la campagne. Au cœur de vos préoccupations : comment bien vieillir. Reportage dans un EHPAD du Puy-de-Dôme et dans un service de soins à domicile.

« Vous ne pouvez pas rester sans manger ! Au moins une compote ? » Pierrette est contrariée, elle confie être tombée ce matin et boude son repas. «Mais je suis assez grosse ! », assure-t-elle, un brin espiègle. La vieille dame fait pourtant toute petite dans son siège. Avec son accent chantant de Marseille, Nadège, l’agente de services hospitaliers en charge de lui servir le repas,  fait une nouvelle tentative. « Pour me faire plaisir… » Pierrette ne cède rien. Nadège dépose un bisou sur le front de la vieille dame et s’en va servir les autres résidents de l’EHPAD de Champeix dans le Puy-de-Dôme. Elle préviendra l’infirmière.

En 2015, il y avait en France 2,5 millions de personnes âgées dépendantes. En 2050, on devrait atteindre le nombre de 4 millions de personnes.

Comment bien vieillir ? Comment accompagner cette étape du grand âge ? Quel regard avons-nous sur notre fin de vie ? Autant de questions au cœur des préoccupations de nombreux Français. 

Pendant que les papys et mamies de l’EHPAD de Champeix s’apprêtent à traverser tranquillement une nouvelle journée, au cœur du village, c’est l’effervescence d’un jour de marché. « C’est pas la forme ! La tension…», se plaint une dame de 70 ans à une autre, entre le marchand de légumes et le vendeur de champignons.  Plus loin, quatre amis, camelots sur le marché, se lancent des vannes : « Si tous les mecs de 80 ans avaient ta tronche ! », rigole Bernard, le vendeur de vêtements de travail. Michel, le spécialiste du churros,  approche de la soixantaine. Il vient de se laisser pousser le bouc. Un bouc aujourd’hui tout blanc. « C’est un vieux jeune ! », continue de se marrer Bernard. Ils sont tous âgés de 48 à 70 ans et si on leur parle de la perspective de vieillir, ils s’étonnent : « Pourquoi ? Ca devrait nous affoler ? » Sébastien, l’apiculteur, a des allures d’adolescent qui a connu le punk et la new wave. «  Nous sommes dans un coin où on vieillit bien ! Où on vit vieux ! La semaine dernière, nous avons enterré le doyen de ma commune, il avait 97 ans. Quand il vivait encore chez lui, on regardait le matin s’il y avait de la lumière chez lui, on lui faisait ses courses, on allait lui chercher ses médicaments. Tant qu’il y a le respect et la bienveillance, on peut s’en sortir.» Optimiste, la petite bande.

Non décidément, vieillir, personne n’y pense en ce matin de mars sur le marché de Champeix. Pas même Pierrette, 68 ans, qui tire son chariot de course derrière elle. « L’âge, je ne m’en occupe pas, on verra bien. Mais quand on voit à la télé, c’est vrai que c’est pas bien beau.»

Vieux jours

Audrey, 26 ans, a une autre urgence : « Dites, madame, vous connaissez les noms des souris dans l’histoire de Cendrillon ? » L’agricultrice qui vend ses œufs est venue avec sa fillette qui passe le temps avec un livre de Cendrillon. Les souris de Cendrillon…Euh…Non…Mais est-ce que vous pensez à vos vieux jours ? « Oh non ! Je pense à la vieillesse, seulement à travers mes parents et mes grands-parents. J’aimerais bien arriver à 80 ans, cela voudra dire que je ne suis pas morte avant ! A condition de rester en bonne santé. » Avec sa voisine, Coco, vendeuse de poulets rôtis, Audrey estime que la maltraitance dans les maisons de retraite vient surtout du manque de personnel. « Ce n’est pas de la maltraitance, c’est de la négligence. Il faudrait que le personnel soit plus nombreux et plus valorisé. » Et Coco de revendiquer aussi le droit à l’euthanasie pour éviter l’acharnement thérapeutique, en souvenir d’une tante atteinte de la maladie de Crohn.

« Bienveillance et écoute », c’est la demande d'Olivier, casquette bleue et petite boucle d’oreille. « Ma mère a pu rester chez elle jusqu’à 6 mois avant son décès, c’était dans le respect de son souhait », explique ce pompier volontaire de presque 50 ans. « Y a une infantilisation quand on vieillit. Il y a un certain nombre de décisions qui s’imposent aux personnes âgées comme si elles n’avaient plus le choix. » Et quant à la maltraitance dans certaines maisons de retraite : «  C’est un des révélateurs du manque de solidarité qu’il y a dans notre société. Nous avons un fonctionnement individualiste avec trop peu de dons envers l’autre. »

Avec la carte ci-dessous publiée par l'INSEE, vous pouvez en un coup d'œil visualiser les départements où la part des personnes âgées de 80 ans ou plus est la plus importante (Année 2018). 

A l’EHPAD des Campellis,  loin de l’agitation du marché sur les hauteurs de Champeix, tout le monde est sagement assis autour d’Aurélie Sardet. Bienveillance et écoute, ici, c'est l'objectif de chaque instant. L'animatrice s'est installée devant un grand écran, son ordinateur sous ses yeux. Voici l’heure de l’un des grands rendez-vous qui rythment la vie de l’établissement : la revue de presse. Les résidents les plus vaillants se sont installés devant. Les fauteuils roulants un peu plus sur le côté. Beaucoup somnolent. Nombreux sont les esprits visiblement absents, vaincus par les effets du grand âge. Mais ils sont quand même réunis dans l'une des salles communes de l’EHPAD. Un cliquetis de canne traverse la salle, une résidente vient s’asseoir au premier rang, sur l’arrière, une dame au visage doux dans un fauteuil roulant semble partie en enfance. Au-delà de la grande baie vitrée, un beau paysage de campagne montagneuse.

Les pages du journal local défilent sur grand écran : « Nous sommes le vendredi 4 mars, le gros titre de La Montagne : "Emmanuel Macron se dévoile enfin pour se déclarer candidat !" », annonce Aurélie. La fin du port du masque, un appel à une grève féministe le jour de la journée des droits de la femme. L'animatrice propose avec malice d’organiser une manifestation dans la cour. Son auditoire est majoritairement féminin. Des mamies s’amusent à l’idée de la prendre au mot. Notamment Renée, 82 ans, certainement, la plus alerte de toutes, les ongles soigneusement vernies. « Nous restons dans le coup, c’est primordial. J’aime bien être au courant des choses de la vie, en France, ce qui se passe dans le monde. » Sept années de vie en EHPAD désormais. « Nous sommes bien traités ici. On s’occupe de nous correctement. Comme des personnes qui méritent le respect. Cela permet de rester en forme, on se sent mieux et on s’accroche ! »

Une vie pas banale

Il faut dire qu’ici, les résidents mènent une vie vraiment pas banale ! Karting, ski, parapente, sulky à l’hippodrome de Vichy, vacances à la mer. Les résidents ont même un atelier de fabrication de bière dans leurs activités !

 

« C’est du lien social, c’est du maintien », explique Aurélie, l’animatrice qui, tout le long de l’activité, interpelle, questionne, stimule ces esprits qui se sont engourdis avec le temps. «  C’est une génération qui avait l’habitude de se retrouver, de faire des fêtes, d’aller aux bals musette, il faut une continuité. La vie ne s’arrête pas parce qu’ils ont quitté leur maison.» Et elle insiste : « Ils ne baissent pas les bras. Ils ont encore des rêves. Ils ne sont pas juste sur le passé.»

En 2019, nous avions eu l'occasion de filmer des résidents de l'EHPAD à l'occasion d'une sortie karting.

La revue de presse arrive sur les pages internationales. La guerre en Ukraine. Les visages s’assombrissent. Aurélie essaye de détendre l’atmosphère en projetant des photos de la dernière sortie karting. Les sourires sur l’écran sont joyeux. Et puis Charles Aznavour envahit les enceintes et adoucit les cœurs. Hier encore, il avait 20 ans, chante-t-il tandis que, tendrement, une aide-soignante passe sa main dans les cheveux ébouriffés d’une résidente affalée dans son fauteuil roulant. Elle lui redresse doucement les pieds sur le marchepied et l’emmène vers la salle à manger réservée aux personnes qui ne sont plus autonomes.

« Je ne sais pas ce que la vie me réserve, mais si elle me permet d’aller jusqu’en EHPAD, j’aimerais tomber dans une structure comme celle-ci. Nous ne sommes pas merveilleux mais nous faisons de notre mieux pour le soin des résidents. J’essaie de faire pour mes papys-mamies ce que je voudrais qu’on me fasse dans 30 ans. » Le directeur de l’EHPAD est fier de pouvoir dire qu’à l’heure où les maisons de retraite sont décriées, une centaine de personnes sont en liste d’attente pour intégrer celle de Champeix qui compte 62 places. Florent Ferragu a quelques exigences que le personnel doit impérativement suivre : « L’apparence du résident. Les pieds bien posés sur le fauteuil, le dentier, les lunettes. Et je visite toutes les chambres vers midi. »

Il veut présenter un autre visage de l’EHPAD car pour lui, c’est possible. Il suffit de s’en donner les moyens et d’être motivé. Au prix quand même de quelques sacrifices. « Nous avons un soignant pour dix résidents, c’est correct. Mais l’encadrement compense en étant sur-présent. Moi, je suis là plus de douze heures par jour et mon infirmière coordinatrice aussi. »

L’homme qui a connu d’abord une vie dans l’événementiel puise son énergie dans son expérience familiale traumatisante. Une grand-mère placée à 98 ans en EHPAD. Obligée de faire dans sa couche. « Je ne la reconnaissais pas. Elle n’avait plus ses dents, ni ses lunettes alors que c’était une mamie coquette. Elle avait perdu sa dignité. A son entrée à l’EHPAD, il n’y avait plus rien dans ses yeux. Cela m’a révolté.»

Un passage dans le très décrié groupe Orpéa achève de le convaincre. Il faut s’occuper des anciens autrement. « Lorsque je travaillais là-bas, je n’ai pas connu le rationnement des biscottes ou les couches limitées à trois par jour, mais c’est vrai que le management y était détestable. Il y avait une pression de folie notamment concernant le taux de remplissage. » Il en est parti pour ne plus se sentir complice d’un système qu’il désapprouvait.

A Champeix, la structure est associative et même s’il aimerait avoir une infirmière supplémentaire et qu’il râle sur la dotation qu’il reçoit du conseil départemental et de l’ARS, il a l’impression de mener une équipe investie dont l’objectif est d’aider «  les résidents à finir leur vie paisiblement. » Et le coût dans cet EHPAD, un peu à part, est de 1830 euros par mois pour l'hébergement quand la Caisse nationale de la solidarité pour l'autonomie relève un prix médian de 2004 euros en 2019 en France.

Ambassadrice

Et l’une des meilleures ambassadrices de l'EHPAD se nomme Germaine, 88 ans. Connue comme le loup blanc à Champeix. Elle a travaillé dans les écoles et a vu grandir tous les enfants de la commune. C’est elle qui a demandé à venir à l’EHPAD. « Voici ma chambre, je suis chez moi ! ». Un grand sourire s’affiche sur le visage de cette dame aux cheveux gris coupés court. « C’est le confort, hein ? » Un lit simple, une télé, une grande fenêtre. Les murs sont décorés des canevas que Germaine réalise depuis qu’elle est arrivée à la maison de retraite. Des photos de famille aussi avec quelques meubles en provenance de sa maison. « Je ne pouvais plus rester chez moi parce que je n’avais pas de confort et ma tête ne fonctionnait plus comme il faut, je n’arrivais plus à compter. » Germaine ne s’est jamais mariée. Elle a consacré toute sa vie à ses parents et à un oncle handicapé. Elle a vu ce que c’est que de vieillir diminué. Aujourd'hui, sans famille, elle a choisi de se mettre à l’abri pour ses vieux jours. Ici, elle a l’impression d’être choyée d’une façon qu’elle n’a jamais connue.

Elle saisit un cadre de photos : « Là, c’était à la mer où on a fait du catamaran et là c’était au Tour de France, voyez ce sont de beaux souvenirs. L’animateur que nous avions à ce moment-là, ce qu’il a été gentil avec moi ! » Devenir dépendante et acariâtre comme certaines mamies qu’elle croise dans les couloirs, c’est ce qui lui fait peur. Et rien d’autre. « Ici j’ai confiance, je n’ai pas peur d’être maltraitée. Des fois, je leur dis : «Vous aurez une centenaire avec moi ! » Même si je ne le souhaite pas car c’est trop la déchéance à cet âge-là. Mais j’ai de la chance d’être ici ! On a une plus heureuse vieillesse ! » La porte se referme pour laisser Germaine se reposer.

Dans la salle où se tenait la revue de presse, quatre résidents en fauteuil roulant, atteints d’Alzheimer, regardent une télévision dont l’essentiel leur échappe. Au rez-de-chaussée, c’est l’atelier « Equilibre » qui démarre avec Aurélie aux commandes. Des enceintes au plafond, Francis Cabrel chante sur un rythme entraînant, Renée rejoint les chaises installées en rond sur quelques pas de danse. Faire bouger ses chevilles, ses hanches. Se relever sans se servir de ses mains. Les corps se meuvent difficilement. Marcel, le discret homme du groupe, s’emmêle les pinceaux. Renée, l’extravertie, éclate de rire. « J’ai 10 ans ! » proclame Alain Souchon depuis le plafond.

Avec la carte ci-dessous vous pouvez voir les communes où sont situés les hébergements pour personnes âgées (en 2020)

Vieillir chez soi

Non loin de là, la lumière diminue tranquillement sur le village de Saint-Amant-Tallende au sud de Clermont-Ferrand. Bientôt il sera l’heure d’aller se coucher. Nathalie Neves s’apprête à reprendre du service. Ce soir, deux mamies l’attendent. Elle est aide-soignante pour le SSIAD (Service de soins à domicile). « Le soir, je fournis une aide au déshabillage », explique-t-elle tout en s’installant à bord de sa voiture. « J’aime beaucoup faire du domicile car on voit les gens dans leur cocon, dans leur milieu. On croise leur famille et leur histoire de vie. Les personnes âgées ont beaucoup à nous apprendre et moi je me marre avec toutes les petites anecdotes qu’elles me racontent ! »

 

La voiture traverse les rues de Saint-Amant-Tallende pour s’arrêter enfin devant une maison de bourg. Marie-Claire, 84 ans. Dans son fauteuil, elle regarde la télévision. « Nous sommes là pour essayer de leur laisser leur autonomie au maximum», explique Isabelle Neves. Une cuisine faiblement éclairée, les photos des petits-enfants, les bibelots comme on en trouve sur tous les buffets de nos grands-mères. Le tic-tac de la pendule qui décline les secondes. Et Marie-Claire qui souffre d’arthrose. « Quand j’ai mal, ça énerve, je ne peux rien faire. » Ce soir, Marie-Claire est morose. Elle qui était si dynamique. Elle qui allait à la gym 2 à 3 fois par semaine. Il lui faut maintenant un ascenseur pour monter à l’étage retrouver sa chambre. Et une infirmière pour les soins. Et une auxiliaire de vie pour le ménage. Et une aide-soignante pour s’habiller et se déshabiller. Mais elle y tient, elle reste chez elle. « Je suis chez moi, je reste indépendante. Tout le monde me dit de rester chez moi tant que je peux ! » Marie-Claire disparaît dans la cage d’escalier, hissée par le monte-escalier automatique. Isabelle la suit. On entend l’aide-soignante s’inquiéter de l’état d'un orteil de la vieille dame, elle lui suggère de s'équiper d'un déambulateur. Et la discussion partira sur les enfants. Marie-Claire en a eu quatre.

Plus malheureux que soi

Quand la vieille dame  réapparaît quelques minutes plus tard, la voici dans une jolie robe de chambre bleu ciel. « Je vais manger ma soupe, regarder la télé et j’irai dormir. Il y a peut-être plus malheureux que moi. » Nathalie Neves s’éclipse en lui souhaitant « bon appétit ». Mais ce soir, Marie-Claire n’avait pas le moral.

Dans la voiture, l’aide-soignante explique qu’une fois par semaine, elle repasse chez ses patients dans l’après-midi pour apporter une présence et faire du relationnel. « Marie-Claire a envie de finir ses jours chez elle, elle ne conçoit pas la maison de retraite. » La conversation continue sur le fait que chaque personne âgée est différente. La maison de retraite ne peut convenir à toute. Même si vivre chez soi, c’est se retrouver seul parfois face un passé qui n’est plus. L’aide-soignante respecte le choix de Marie-Claire et essaye de lui faciliter la vie autant que possible.

La nuit est tombée. Des lumières au travers des fenêtres. La voiture s’est arrêtée devant une maison cossue qui surplombe la vallée. Lucie aussi est dans son fauteuil. Devant la télé, elle aussi. Une mamie de 92 ans installée dans un joli salon-bureau rempli de livres. Elle attendait Nathalie avec impatience : « Les aides-soignantes qui viennent le matin ou le soir sont des rayons de soleil ! » Lucie est à l’image de la surprenante moquette qui décore le sol de son salon : des arabesques de fleurs roses et blanches qui ont traversé le temps en gardant leur fraîcheur et leur lumière. « J’apprécie tout ce qu’on me fait et je ne me souviens que du bon ! ». Il n’est pas compliqué de faire parler Lucie : «  Avec le SSIAD, nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des êtres vivants. Nous pouvons discuter avec les aides-soignantes, j’arrive à connaître leur famille, je me sens bien avec elles. »

L’ancienne éducatrice se dirige avec l’aide de Nathalie vers sa chambre. Il va falloir passer en robe de chambre. Elle sera gris clair à pois blancs. « Je suis une chanceuse de pouvoir rester chez moi. Il faudrait des SSIAD comme celui-là un peu partout. »

Lucie a une sœur de 99 ans qui a dû partir en EHPAD car aucune structure de maintien à domicile n’existait près de chez elle. « Etre chez moi, c’est tout ! Je suis dans mes meubles, mon environnement, je ne manque de rien ! Bien-sûr que cela m’aide à avoir le moral ! » Lucie sait qu'un jour la mort viendra la chercher. Cela ne lui fait pas peur. « Je vis au jour le jour. Je fais encore des projets mais pas à long terme. Je sors avec mes amies par exemple. Tant qu’on n’a pas perdu la tête… »

La vieille dame en tenue du soir et de nouveau installée dans son fauteuil, l’heure est venue de prendre congé. Mais avant de partir, il ne faut pas oublier de succomber à une petite tradition. Piocher une amande au chocolat dans la jolie coupelle argentée posée dans la bibliothèque. Si généreuse Lucie.