"Plus besoin qu'un tremblement de terre soit fort pour être destructeur" : comment le séisme du Teil a relancé l'intérêt scientifique

11 novembre 2019, 11h52 : la terre tremble dans la vallée du Rhône. Le séisme d'une magnitude 5 crée d'importants dégâts en Ardèche, notamment dans le village du Teil, au point que la communauté scientifique s'interroge.

Jean-François Ritz est paléosismologue. Il travaille sur le séisme du Teil pour le compte du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) de Montpellier. La faille de la Rouvière fait partie d'un faisceau de failles cévenoles long de 150 km. Ces failles sont connues des sismologues qui les considèrent comme de vieilles cicatrices. 

Les découvertes

Depuis 4 ans, Jean-François Ritz a réalisé plus d'une trentaine de tranchées, certaines près de l'épicentre et d'autres plus éloignées afin de mieux comprendre cette faille de la Rouvière qui, le 11 novembre 2019, a cassé. Voici les premières conclusions :

Cette faille de la Rouvière avait déjà cassé au cours des temps préhistoriques, dans les derniers 10 000 ans. On n'avait pas pu la discerner sur la seule observation de la surface. Cela veut dire aussi que cette faille de la Rouvière peut de nouveau casser.

Jean-François Ritz

Paléosismologue CNRS Montpellier

Le séisme du Teil fut un séisme destructeur en France alors que sa magnitude, 5,4 sur l'échelle de Richter, est considérée comme faible. C'est aussi un séisme de faible profondeur, 1 km seulement, qui a engendré une rupture de surface. Ces constats ont amené les scientifiques à se poser des questions. Il fallait comprendre pourquoi cette faille de la Rouvière avait cassé alors que rien ne le laissait présager.

Des financements de plusieurs organismes scientifiques ont été trouvés et ont permis d'entreprendre des recherches sur le terrain et de conduire deux thèses qui seront soutenues par deux étudiants en octobre 2024.

On était loin d'imaginer que le séisme du Teil jette un éclairage nouveau sur la sismicité en France. Plus besoin d'avoir un tremblement de terre qui soit fort pour être destructeur. Et il n'y a pas que les grandes plaques qui font du 7 ou 8 sur Richter qui font une cassure à la surface. On est en train de comprendre tout ça et c'est passionnant.

Jean-François Ritz

Paléosismologue CNRS Montpellier

Le risque nucléaire

La centrale de Cruas est située sur ce faisceau de failles cévenoles. C'est pourquoi elle a été construite avec des normes parasismiques au début des années 1980. Sous les dalles bétons des réacteurs, d'énormes colonnes sont équipées de sorte de pneus capables d'amortir les vibrations en cas de séisme.

Il fallait savoir si une des failles de ce réseau cévenol passait sous la centrale de Cruas. Une analyse d'imageries du sous-sol passant sous les alluvions du Rhône a été menée par des camions vibreurs. Ils envoyaient des ondes pouvant aller jusqu'à sept kilomètres de profondeur.

Des résultats précis seront publiés, mais déjà Jean-François Ritz rapporteur des deux thèses en cours d'écriture, nous révèle : "il n'y a pas de faille sous la centrale de Cruas, mais elle n'est pas loin".

Autre conséquence du tremblement de terre : le séisme de Châteauneuf-du-Rhône de 1873 (magnitude 5) qui a servi de référence pour construite la centrale de Cruas est abandonné au profit de celui du Teil, plus destructeur.

Une communauté scientifique qui se rassemble

D'autres failles appartenant au faisceau cévenol sont à l'étude. Si la faille de la Rouvière a cassé, d'autres failles comme celle de Marsanne ou de Saint-Montan pourraient, elles aussi, casser.

Les travaux d'études sur le séisme du Teil a permis à d'autres régions de France de débloquer des fonds pour étudier leurs sous-sols. C'est le cas dans le Nord, en Bretagne, ou encore dans les Alpes.

Dans cette optique, le séisme de la Laigne en Charente-Maritime ne fait que renforcer ce besoin de connaissances.

Aujourd'hui en France, c'est tout le domaine de la tectonique active qui est en ébullition. Un réseau national de scientifiques, le réseau EPOS-France, est mis en place pour créer une base de données collective. Ce réseau devrait prochainement s'élargir à l'échelle de l'Europe.

Jean-François Ritz est l'un de ces instigateurs de ce réseau national " Avant 2019, j'avais commencé à fédérer la communauté scientifique. Le séisme du Teil m'a permis de concrétiser ces alliances, mais il nous manque toujours des fonds pour continuer les recherches, au Teil ou ailleurs".

Un projet de forage à l'endroit même de l'épicentre du séisme du Teil est à l'étude, en attente de fonds. Il est mené par Jean-Paul Ampuero du CNRS Côte d'Azur. Ce forage permettrait de comprendre comment ce séisme aussi superficiel a pu se déclencher.

L'actualité "Faits divers" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Auvergne-Rhône-Alpes
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité