Bébés nés sans bras dans l'Ain : ouverture d'une enquête judiciaire

Axelle Laissy, mère de Louis, né sans avant-bras en 2012, et son avocat Fabien Rajon en août 2019, annonçant qu'ils déposent plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui". / © Maxime JEGAT/MAXPPP
Axelle Laissy, mère de Louis, né sans avant-bras en 2012, et son avocat Fabien Rajon en août 2019, annonçant qu'ils déposent plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui". / © Maxime JEGAT/MAXPPP

Le pôle santé publique du parquet de Marseille ouvre une enquête préliminaire pour "mise en danger de la vie d'autrui" suite à la plainte d'une famille de l'Ain. 

Par Arnaud Jacques avec Sylvie Cozzolino

C'est une première dans l'affaire dite des bébés nés sans bras. Le parquet de Marseille, à travers son pôle santé publique, a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire pour "mise en danger de la vie d'autrui". Cette ouverture fait suite à une plainte déposée par une famille de l'Ain que nous avions rencontré.
 

Une famille qui ira jusqu'au bout pour savoir

Ce sont 8 enfants qui sont nés sans avant-bras sur un périmètre de 17 km dans l'Ain entre 2009 et 2014. Cette concentration de cas, ou cluster en terme scientifique, n'a pas été reconnue par les experts scientifiques. Mais pour la famille de Louis, 7 ans, ce n'est pas convaincant. Sa mère Axelle Laissy nous déclarait en juillet dernier après le refus des scientifiques de poursuivre toute enquête: "Je n'en resterai pas là, je me battrai toujours, pour moi c'est bien dû à quelque chose. Je me doute qu'ils (les comités scientifiques de Santé Publique France et de l'Anses) veulent étouffer l'affaire mais moi, je vais continuer". Au mois d'août, elle a donc annoncé aux côtés de son avocat qu'elle portait plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui".

Pour l'avocat de la famille Fabien Rajon, "cette ouverture d'enquête préliminaire est un premier pas vers la manifestation de la vérité. On va pouvoir disposer d'enquêteurs, de gendarmes spécialisés en matière environnementale, qui vont faire un travail sur le terrain en parallèle des investigations qui avaient été conduites par les autorités de santé (qui se basent essentiellement sur des questionnaires posés aux familles concernées)". Pour l'avocat, l'ampleur de cette affaire ne peut pas rester qu'entre les mains des scientifiques, "dans un dossier aussi complexe" nous dit-il, "les responsabilités vont être difficiles à lever, il me semble important de confier un tel dossier sanitaire et environnemental à l'autorité judiciaire".

Une bonne chose pour le REMERA

Pour Emmanuelle Amar, directrice du REMERA (REgistre des Malformations En Rhône-Alpes), qui a révélé l'affaire, cette décision judiciaire était souhaitée. Depuis des mois, elle dénonce le manque de volonté de Santé Publique France, qui dépend du ministère de la Santé, pour diriger une enquête.

"On est dans l'impasse. Il faut agir dans l'espoir de faire toute la lumière sur cette affaire. Le ministère n'agit pas." nous confie-t-elle.

L'office de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique et la section de recherche de la gendarmerie de Lyon sont chargés des investigations de terrain.
 

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