Aurillac : la préfecture emmurée et du fumier déversé par des agriculteurs en colère

Mardi 2 février, à Aurillac, des agriculteurs ont muré la préfecture du Cantal et ont déversé du fumier. Ils protestent contre l’ajournement du dossier sécheresse.

C’est une action qui n’est pas passée inaperçue. Mardi 2 février, en début d’après-midi, environ 200 agriculteurs se sont donné rendez-vous à Aurillac. Ils ont muré la préfecture du Cantal et ont déversé du fumier devant l’entrée.

Mobilisés par la FDSEA (Fédération départementales des syndicats d'exploitants agricoles) et les Jeunes agriculteurs, ils veulent dénoncer l’ajournement du dossier sécheresse par les services de l’Etat. Delphine Freyssinier, secrétaire générale de la FDSEA du Cantal, explique : « On a eu un mauvais retour de notre dossier sécheresse. On estime que s’ils ne soutiennent plus l’élevage dans un département comme le nôtre, l’Etat n’a plus lieu d’être. L’heure est grave. On attendait une réponse positive dans le dossier sécheresse le 20 janvier et finalement ça a été reporté au 18 février ».

Je ne sais pas quel chef d’entreprise travaillerait à moins de 8 000 euros par an

Delphine Freyssinier est installée depuis 10 ans à Trizac. Elle élève 95 vaches salers allaitantes. Elle raconte : « Nos granges sont vides et on achète du fourrage depuis l’automne. On attendait un signal et encore une fois l’Etat s’est désengagé. On voit bien qu’on ne veut plus de nous ou à un prix dérisoire. Le revenu moyen des éleveurs est à peine de 8 000 euros par an. Je ne sais pas quel chef d’entreprise travaillerait à moins de 8 000 euros par an. Ce n’est plus supportable. On n’y arrivera plus. On n’a plus de trésorerie. On ne fait plus que des emprunts pour payer les charges ».
 

C’est maintenant qu’on a besoin d’argent pour acheter notre fourrage et pour nourrir notre bétail 

Les agriculteurs du Cantal sont en situation délicate selon la secrétaire générale de la FDSEA. Elle affirme : « Sur le dossier sécheresse, des enquêtes sont faites sur le terrain. Ensuite, un taux de perte est défini. Dans notre département, on avait déterminé 5 zones, plus ou moins touchées par la sécheresse. On a respecté les règles du jeu. On a aussi abondé au CNGRA (Comité national de la gestion des risques agricoles). Le dossier sécheresse a été ajourné. Quand un dossier sécheresse revient avec un avis favorable, l’argent met 3 mois sur les comptes pour arriver. Dans 3 mois les vaches seront prêtes à sortir et les trésoreries seront plus que mal. C’est maintenant qu’on a besoin d’argent pour acheter notre fourrage et pour nourrir notre bétail ».

On paie, on paie, mais ça ne rentre jamais

Pour Delphine Freyssinier, les leçons des précédents mois n’ont pas été tirées. Elle indique : « Les agriculteurs sont en colère. Au printemps on a été confinés. Tout le monde nous remerciait car grâce aux agriculteurs on peut manger français. Oui mais à quel prix ? On a fait ce métier par passion et par fierté mais à un moment donné, il faut qu’on gagne un peu d’argent aussi. On a des vies, des emprunts, des familles. Les agriculteurs n’ont plus aucune reconnaissance ». La secrétaire générale de la FDSEA du Cantal prévient : « Aujourd’hui cette action va être la première d’une longue série. La PAC (Politique agricole commune) est en train de se négocier. On a peur pour nos vaches allaitantes. On ne sait pas où on va. On paie, on paie, mais ça ne rentre jamais. L’Etat s’est complètement désengagé. Cette semaine on a appris que le dossier Mercosur allait ressortir. Ce n’est juste pas possible. On respecte des normes et on produit des marchandises de bonne qualité. Finalement ils vont faire rentrer de la viande de m… et on va crever la bouche ouverte  ». Les agriculteurs de la FDSEA et des JA du Cantal devraient donc à nouveau faire parler d’eux dans les prochains jours et préparent de nouvelles actions.

Contactée, la préfecture du Cantal n'a pas souhaité s'exprimer.

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