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Jean Chazal : le rugby n’est pas un sport pour voir mourir des mômes sur le terrain

Le professeur Jean Chazal, lanceur d'alerte au sujet de la violence du jeu dans le rugby contemporain. / © France 3 -Auvergne
Le professeur Jean Chazal, lanceur d'alerte au sujet de la violence du jeu dans le rugby contemporain. / © France 3 -Auvergne

Le professeur Jean Chazal qui avait lancé l’alerte espérant une prise de conscience du monde du rugby pour édicter des règles protégeant les joueurs réagit au lendemain de la mort de Louis Fajfrowski, jeune ailier de 21 ans du Stade Aurillacois.
 

Par Cyrille Genet

Même s’il n’exerce plus son métier de neurochirurgien au CHU de Clermont-Ferrand car il est à la retraite, le Professeur Jean Chazal porte une attention particulière à l’actualité sportive et médicale du rugby. Interrogé par Pierre-Olivier Belle, il se dit très attristé par le décès de Louis Fajfrowski vendredi 10 août sur la pelouse du stade Jean Alric à Aurillac au cours d’un match de préparation contre Rodez.

"Je l’avais prévu, j’avais un sentiment de malaise, ces dernier mois, ces dernières années même. J’avais dit un jour qu’il y aurait un mort sur le terrain, c’est fait et je trouve que les circonstances sont plus terribles puisque c’est une semaine après avoir tiré la sonnette d’alarme à nouveau dans le Mid-Ol et puis c’est au moment de la reprise de la pro D2 et du Top 14. C’est terrible".

Le rugby professionnel doit-il se remettre en cause, dans son fonctionnement, dans ses règles de sécurité pour protéger les joueurs ?

"Oui évidement. J’avais dit : il faut une révolution, ça ne se fait pas en un jour, il faudra du temps. Il faudra revenir au sport d’évitement, il faudra au problème des gabarits, etc… mais il y a des mesures urgentes à prendre, il y a une prise de conscience à prendre. Ça se produirait sur un ring de boxe ou sur un tatami de judo, sur un tapis de lutte, on crierait au scandale, on prendrait des mesures immédiates. Au rugby ça se reproduit, les blessures de plus en plus graves et on ne fait rien. Je pense que cette fois-ci on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion dans le fond et de faire une analyse de ce qui s’est passé ces dernières parce qu’on a des enregistrements vidéo nombreux, des enregistrements GPS qui nous permettent d’analyser les accidents de jeu qui ont entraîné des blessures graves, des cartons jaunes, des cartons rouges, des exclusions, des sanctions… Il faut revoir tout ça avec des experts indépendants".

La Fédération semble ne pas vouloir entendre des voix discordantes ou qui voudraient changer les choses, vous avez-vous-même été évincé des instances de la Fédération. Comment vous l’interprétez ?

"Disons, je ne suis plus invité, alors ça revient au même. Je l’ai interprété comme quelqu’un qui dit des choses qui dérangent, qui essaye d’aller au fond, qui essaye d’établir la vérité ? Quand il y a un crash où que ce soit dans quelque domaine que ce soit, on fait appel à des experts indépendants et on fait une analyse de données et une synthèse puis on prend des mesures préventives pour que ça ne se reproduise pas".

Et dans le rugby ce n’est pas le cas ?

"Ce n’est pas le cas manifestement, puisque ce n’est pas le premier mort. On est à la limite du rugby pro et amateur, Fédérale 1 et Pro D2, ça permet une prise de conscience majeure d’un seul coup. Parce qu’antérieurement il y a eu des hémorragies cérébrales opérées dans toute le France, il y a eu des décès dans le milieu amateur en Auvergne à Billom il n’y a pas si longtemps. Mais ça n’a pas été médiatisé parce qu’il y a d’autres accidents mortels dans d’autres sports amateurs dans d’autres activités sportives amateur".
 


Avez-vous le sentiment d’avoir eu raison trop tôt, de ne pas être entendu parce qu’on ne veut pas entendre ça, que le rugby doit changer, qu’il est trop violent ?

"Je fais référence à Hubert Vidalin qui travaille à l’ASM et en 2005 on avait discuté… 2005, la première fois…. sur la dangerosité du rugby et pas seulement pour les commotions cérébrales puis on a fait un article en 2010 dans la médecine du sport et traumatologie très clair. Tout ça fait tout de même 8 ans et il y a 8 ans qu’on enfonce le clou et finalement ce qui devait arriver est arrivé. Moi j’ai le sentiment de ne pas avoir été entendu. Ni moi, ni Hubert Vidalin, ni d’autres d’ailleurs".

Et de conclure : "c’est inacceptable, j’ai écrit et j’ai dit : le rugby n’est pas un sport pour voir mourir des mômes sur le terrain, c’est un jeu, c’est du sport…"
 

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