La nouvelle vie de Paul Boisset, rugbyman professionnel devenu patron écolo

Les supporters du stade Jean Alric l'appelaient le petit prince. Ses adversaires de Pro D2 "le petit râblé". Du haut de son 1m63, l'ancien demi de mêlée et capitaine du Stade Aurillacois aura marqué l'histoire du club rouge et bleu. Deux ans après sa retraite sportive, retrouvailles avec un chef d'entreprise de 34 ans, toujours fidèle aux valeurs de son sport et de son département...

"Quand j'ai commencé à jouer au rugby, les grands et les gros avaient un égo surdimensionné, un sentiment de supériorité. Mon plaisir, c'était d'arriver à les faire déjouer et les sortir de leur match!". Sourire goguenard et oeil pétillant, Paul Boisset est un homme qui a joujours su se faire remarquer. En dépit de sa petite taille, 1m63, et de sa voix douce. ""En tant que demi de mêlée, je participais au jeu des trois quarts, mais j'étais aussi une sorte de 9ème avant, je grattais les ballons, je plaquais, je pouvais même soulever des sauteurs en touche".

Sang chaud

Teigneux. Telle était la réputation de Paul Boisset auprès de ses adversaires tout autant que de ses coéquipiers:

"Avec les avants, il faut s'imposer! Il faut avoir confiance en soi pour pouvoir les driver. Il n'y a pas de place au doute".

Paul Boisset

Et c'était pareil avec les arbitres. "J'étais un peu trop actif, j'avais le sang chaud, je considérais qu'il fallait que les choses soient dites".

Ce profil de joueur atypique, Paul Boisset l'a promené sur tous les terrains de Pro D2, de juillet 2011, date de son premier contrat professionnel au Stade Aurillacois, jusqu'à sa retraite sportive en mai 2021. Dix ans de haut niveau, soit 245 matchs disputés et 15 essais inscrits. Toute une carrière effectuée dans le même club: "J'ai bien eu des contacts avec le CA Brive et, en fin de carrière, avec Nevers, j'ai même pris un agent mais cela ne s'est pas fait. Je ne le regrette pas car je suis attaché à ma ville et à mon département". 

Monsieur le Président

C'est à moins de deux kilomètres du stade Jean Alric que l'on retrouve aujourdh'ui l'ancien capitaine des rouges et bleus. Il est aujourd'hui le président de la blanchisserie Boisset, une holding familiale qui emploie une cinquantaine de salariés (avec des pics à plus de 100 l'été) et rayonne sur 8 départements du massif central. L'entreprise, créée par ses grands parents, est spécialisée dans la location et l'entretien de draps, serviettes et vêtements de travail, notamment pour l'hôtellerie et la restauration.

"Je me sers du rugby dans ma gestion de tous les jours", analyse le nouveau patron. "Car, dans l'entreprise comme dans le sport, il faut un esprit d'équipe. Quand quelqu'un est moins bien, il faut que les autres compensent. L'entraide et la cohésion sont essentielles dans les mentalités".

A le voir échanger avec ses salariés près des tunnels de lavage, des plieuses et des repasseuses, on voit que Paul Boisset sait aussi dispenser de la bonne humeur. "J'aime bien plaisanter avec eux. On a tous nos petits soucis, mais c'est important de comprendre qu'il y a plus grave dans la vie. Et qu'à chaque problème, il y a une solution".

Les valeurs du département

Et parmi les problèmes que Paul Boisset doit régler tous les jours, il y a les questions environnementales. Les blanchisseries industrielles ont longtemps été les mauvaises élèves de la transition écologique: elles consomment beaucoup d’eau (pour laver), de gaz et d’électricité (pour chauffer l’eau et faire tourner les machines) et de produits chimiques (les lessives). Sans parler de la fabrication des textiles qu’elles achètent ou de leurs rejets dans les réseaux d’assainissement.

Depuis plusieurs années, la blanchisserie Boisset est engagée dans de profondes mutations : elle vient de se doter d’une centrale photovoltaïque, qui lui fournit 70% de l’électricité dont elle a besoin. En 2014, ce sont des tunnels de lavage (des batteries de 12 machines de 50 kilos chacune) qui ont été installés : ils permettent notamment de réutiliser les eaux de rinçage. Cela a permis de faire chuter la consommation de 25 à 5 litres par kilo de linge lavé. L’entreprise s’est aussi convertie aux textiles écolabellisés. Un engagement vers plus de sobriété et d'écologie, qui colle bien aux valeurs de la famille. "On le fait parce qu'on croit en l'environnement", explique Paul Boisset.

On n'est pas des militants d'Europe Ecologie les Verts, mais on vit dans un département où la nature est notre quotidien. Si on veut qu'elle continue à nous donner un peu, il faut la respecter.

Paul Boisset