La belle histoire de ce fossile de guêpe unique au monde découvert dans le Cantal

Pendant cinq millions d’années, une guêpe fossilisée dont on ignorait l'existence, est restée cachée sous terre, dans une carrière du Cantal, jusqu’à ce qu’un couple de passionnés la trouve. On vous raconte cette aventure incroyable.

C’est une belle histoire que celle de Rose et Claude Sammut, un couple de mordus des fossiles qui ont découvert une espèce jusqu’alors inconnue et qui porte désormais leur nom. Une découverte scientifique aux allures de consécration, après des décennies de recherches passionnées.  

Une vie de passion 

Pour Claude, l’intérêt pour les trésors de la terre ne date pas d’hier : « J’ai commencé à chercher un peu dans le coin quand j’étais gamin ». Puis il a fait sa vie avec son épouse, Rose, et leurs enfants. Une fois passé la quarantaine, le couple a d’abord commencé à se pencher vers l’astronomie, avant qu’un proche ne leur suggère de s’intéresser aux fossiles et aux minéraux. 

C’était au début des années 2000, et depuis, cette passion les a menés à découvrir tout un monde qui leur était jusqu’alors inconnu. « On a navigué un peu partout en France, et on a découvert des endroits merveilleux, sur et sous la terre », raconte Claude. « Quand on commence là-dedans, il n’y a jamais de fin, renchérit Rose, l’envie de trouver, de découvrir, c’est un challenge permanent ». 

Et il fallait être motivé pour se rendre dans cette carrière de diatomite, près de Murat dans le Cantal, devenue leur terrain de chasse favori. Durant près de vingt ans, ils ont arpenté le site régulièrement, jusqu’à y passer tous leurs week-ends pendant les années Covid. « Il fallait braver la pluie, le froid, et puis l’été il y avait la chaleur, ça n’était pas de tout repos non plus ! », se souvient Claude. 

« Je crois que vous avez trouvé quelque chose d’exceptionnel »

Pendant vingt ans ils ont fait beaucoup de trouvailles, mais aucune comme celle du 7 novembre 2021. Ce jour-là, Rose, qui se définit elle-même comme « les jambes » du duo, est sur le terrain. Elle creuse, comme d’habitude, dans l’espoir de trouver quelque chose. Et là, un minuscule fossile de guêpe apparaît. Il fait à peine deux millimètres de long, mais Rose le repère. Quand elle revient avec le morceau de pierre, le duo réalise tout de suite que cette trouvaille est différente : « On a contacté un ami chercheur, André Nel. Il nous a dit "je crois que vous avez trouvé quelque chose d’exceptionnel", et il nous a demandé de le lui envoyer ».

Très vite, André Nel, chercheur au Muséum national d'Histoire naturelle, conclut que cette guêpe fossilisée, aussi appelée "mouche à scie", n’avait jamais été répertoriée auparavant, c’est une découverte mondiale qu’ont fait les Sammut. « Ce qui est intéressant, c’est qu’elle nous donne des informations sur l’âge de son groupe d’insectes, mais aussi sur l’environnement à l’époque où elle y vivait » explique l’entomologiste.

Présente dans le Cantal il y a près de 5 millions d’années, la fameuse guêpe a pu être fossilisée dans d’excellentes conditions, grâce à l’environnement du gisement de Murat, comme l’explique Corentin Jouault, un chercheur qui a étudié le spécimen : « On peut voir les détails morphologiques de l’insecte, sa couleur, etc. Cela nous permet aussi d’établir des liens avec ses lointaines cousines actuelles”. 

Ils donnent leur nom à l’espèce 

Le couple fait ensuite don du fossile à l’université de Rennes, mais son rôle essentiel dans sa découverte ne va pas tomber dans l’oubli, bien au contraire. En effet, on propose aux deux époux de donner leur nom à la fameuse mouche à scie. Ils acceptent, et c’est ainsi que l’Empria Sammuti est baptisée. « C’est émouvant, c’est une vraie consécration. Quand on l’a annoncé à nos proches, ils nous ont félicités, confie Claude. « C’est aussi une fierté pour mon épouse, car dans l'article scientifique paru sur le fossile, elle est désignée comme docteur. Alors maintenant tout le monde dans la famille l’appelle Docteur”, ajoute-t-il en riant.

André Nel, lui, souligne leur rôle essentiel sur le terrain : « C’est rare de voir des gens qui ramassent intelligemment des fossiles et qui contactent des chercheurs, ça montre un altruisme, une volonté de partage de leur part ». Du côté des Sammut, on évoque surtout la beauté du hasard : « Vous vous rendrez compte de la chance extraordinaire qu’il faut pour qu’une mouche à scie soit fossilisée et traverse cinq millions d’années, d’abord dans un lac d’altitude, puis dans une carrière, avant qu’on lui tombe dessus ? Et deux millimètres, face à la taille de la carrière...à côté, une aiguille dans une botte de foin c’est énorme, sourit Claude, surtout qu’elle a été ramassée juste avant que la tractopelle lui passe dessus, et là elle aurait été perdue à jamais !

À présent, Rose et Claude ont d’autres projets. À l’aide de leur microscope électronique, ils prennent en photo les fossiles et les répertorient dans un recueil. C’est un vrai travail de professionnels, où la quarantaine d’insectes découverts est classée selon les groupes et les familles, tout comme la cinquantaine de fossiles de feuilles récupérés. Quant à savoir s'ils le feront publier : « Pourquoi pas ! »