Salon de l’agriculture : de chauffeur routier, elle devient éleveuse de Salers

Sophie et Mabrouck sont prêts à monter sur le ring au salon de l'agriculture à Paris, mercredi 27 février. / © Florence Morel/France 3
Sophie et Mabrouck sont prêts à monter sur le ring au salon de l'agriculture à Paris, mercredi 27 février. / © Florence Morel/France 3

D’un 36 tonnes, Sophie Antignac est passée il y a quatre ans, à un peu plus d’une tonne. De conductrice de poids lourd, elle est devenue éleveuse de vaches Salers dans le Cantal. Nous avons rencontré la jeune femme au salon de l’agriculture 2019, à Paris.

Par Aurélie Albert

A 36 ans, Sophie Antignac n’a pas froid aux yeux. Cette jeune agricultrice ne lâche rien même face à Mabrouck, son taureau de trois ans et de plus d’une tonne. Pourtant il y a cinq ans, elle n’était pas très rassurée face à ces mastodontes au caractère bien trempé.
C’est un peu le résumé de son histoire : ne rien lâcher.

Sa passion pour les animaux de la ferme a commencé toute petite sur les hauteurs des monts du Cantal.

J’avais une nounou qui s’occupait de moi et qui avait une dizaine de vaches et des cochons. A chaque fois que j’étais en vacances je venais la voir. J’ai grandi avec elle et avec ses vaches. Et j’aimais aller dans les concours aussi,
raconte la jeune femme.

Pourtant ses parents étaient forestiers. A 18 ans, elle ne peut pas s’installer dans une exploitation agricole. Elle décide alors de prendre la route et de devenir chauffeur routier. “Je me suis dit que si un jour je devais changer de métier ça serait agricultrice”.
Pendant 8 ans, elle dirige son camion et ouvre même son entreprise de transports. Même si l’agriculture reste dans un coin de sa tête.
 

Jusqu’au jour où : “deux frères allaient prendre leur retraite dans un GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) au Falgoux dans le Cantal, c’était une opportunité pour moi. En plus, mon fils était petit, je voulais le voir plus souvent”, continue Sophie.
A 31 ans, elle retourne sur les bancs de l’école pour passer un bac professionnel agricole et apprendre les bases du métier.
 

Ce qui ne me tue pas me rend plus fort

A la fin de l’année 2014, elle vend son camion. Elle achète la part des deux associés partis en retraite et une vingtaine de vaches.

Il faut tout investir, acheter le terrain, le matériel monter son cheptel, c’est un investissement. Pour acheter du terrain, heureusement que j’ai été dans les jeunes agriculteurs, j’ai pu acheter les 50 hectares. Sinon il y avait des agriculteurs qui voulaient acheter la parcelle pour s’agrandir. Ca a été dur de l’acheter, on était 4 ou 5 mais heureusement que j’étais jeune agriculteur et que je voulais m’installer en individuel.


Aujourd’hui, elle est installée au Falgoux dans le Cantal, en zone de haute montagne à plus de 1 400 mètres d’altitude. Même si elle a dû faire face à de nombreux obstacles. “Quand je suis arrivée, certains agriculteurs m’ont mis des bâtons dans les roues, ils ne voulaient pas que je m’installe. J’ai dû faire mes preuves mais je n’ai rien lâché. Ces obstacles m’ont encore plus encouragé : je voulais leur montrer que j’étais capable de le faire”.

Avec ses 130 hectares, ses 65 mères allaitantes, sa trentaine de génisses et ses trois taureaux, elle ne regrette rien : “si c’était à refaire, je le referais, je revendrais mon camion pour acheter des vaches”.
 

Bête de concours

Parce que ses animaux, Sophie, elle les aime et les chouchoute. Comme Mabrouck, un taureau de trois ans dont elle s’occupe depuis qu’il a 8 mois. Elle le prépare, l’entraîne depuis le début pour les concours, comme celui du Salon de l’agriculture à Paris, mercredi 27 février. Il concourt parmi les jeunes Salers du Cantal. Comme ses compairs, il a pris la route pour Paris le 21 février dernier. Un coût pour la famille cantalienne : environ 3000 euros pour le déplacement. Mais pour Sophie, venir au salon de l'agriculture, est une vitrine pour son exploitation. 
  
C’est le grand jour pour lui : direction le ring. Après avoir été lavé, brossé et huilé, Mabrouck reçoit quelques encouragements et caresses de sa propriétaire. Un rituel obligatoire pour Sophie Artignac.

Nous on les aime nos bêtes mais au bout d’un moment elles sont obligées d’aller à l’abattoir ou d’être vendu pour la reproduction, c’est l’élevage. Je sais que Mabrouck sera vendu un jour. Même si je sais aussi que ça me fera un pincement au coeur. C’est aussi pour ça que l’on vient dans les salons, c’est pour montrer aux gens qu’on aime nos animaux,
explique l’agricultrice.   

 
Mabrouck à quelques minutes de monter sur le ring au salon de l'agriculture à Paris, prend la pose avec son voisin. / © Florence Morel / France 3
Mabrouck à quelques minutes de monter sur le ring au salon de l'agriculture à Paris, prend la pose avec son voisin. / © Florence Morel / France 3

 

Un avenir sombre dans l’agriculture

L’avenir de l’agriculture n’est pas tout rose dans l’esprit de la jeune femme. Très vite, elle descend de son nuage et porte un regard plein de doute sur son métier. Sous ses yeux bleus pétillants, on peut percevoir une certaine inquiétude. “L’élevage est très difficile parce que le Salers, on ne le vend pas trop, on a du mal à vendre nos veaux et nos velles. On ne les vend pas cher pas rapport à d’autres races. Les broutards c’est 700 euros alors que les croisés charolais sont à 1200 euros”.
 
 
Quant à l’avenir… il est morose. “On est déçus parce que ça ne va pas de l’avant. Il y a de plus en plus de gens qui mangent moins de viande, ça nous touche en tant qu’agriculteur”.
Aujourd’hui, elle vit de son exploitation mais pour combien de temps encore ? Seul l’avenir le dira.  

Mais encore une fois la jeune femme ne lâchera rien. Pour Sophie, être agriculteur et éleveuse de Salers, c’est surtout et avant tout une histoire de passion. Et rien ni personne ne lui fera changer d’avis.  
 

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