Confinement : "C'est catastrophique, c'est la douche froide", en Auvergne, les restaurateurs KO debout

« C’est la douche froide », déplore, abattu, le président de l’UMIH (Union des Métiers et Industries de l’Hôtellerie) du Cantal, mercredi 25 novembre. Les restaurants ne pourront rouvrir qu’en janvier, et cela pourrait signifier la fermeture de 30% des établissements, selon la profession.
Après les annonces présidentielles, le secteur de la restauration en Auvergne craint que la date de réouverture au 20 janvier ne signe la fermeture de près d'un tiers des établissements.
Après les annonces présidentielles, le secteur de la restauration en Auvergne craint que la date de réouverture au 20 janvier ne signe la fermeture de près d'un tiers des établissements. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Une « douche froide » dont certains ne se remettront peut-être pas : les annonces présidentielles du 24 novembre n’envisagent, pour la restauration, pas de réouverture avant janvier 2021. Pour le président de l’UMIH du Cantal (Union des Métiers et Industries de l’Hôtellerie) Thierry Perbet, la situation est catastrophique. Les conséquences de ces 3 mois de fermeture pourraient, selon lui,  signifier le dépôt de bilan pour près d’un tiers des établissements.

Quelle est votre réaction au lendemain des annonces du président de la République ?

Thierry Perbet : « Ça a été la douche froide pour notre secteur d’activité. La date du 20 janvier est terrible pour notre secteur. Nous serons fermés 3 mois sur l’hiver, c’est catastrophique, c’est la douche froide.»

Vous craignez que des entreprises ne puissent pas se relever ?

Thierry Perbet : « Nous annonçons 30% de nos entreprises qui risquent de disparaître. Pour l’instant tout le monde est sous perfusion grâce au PGE (prêt garanti par l'Etat NDLR) mais dans un moment il va falloir le rembourser et les loyers s’accumulent. L’inquiétude, c’est surtout par rapport aux loyers, qui sont souvent forts dans notre secteur d’activité. Si le PGE ne peut pas être remboursé, l’entreprise sera obligée de déposer le bilan. Je pense aussi à tous ceux qui devaient transmettre leur fonds de commerce, leur valeur de fonds de commerce s’écroule et ils ne pourront pas partir à la retraite. L’étude américaine (qui désigne les restaurants comme un lieu de contamination NDLR), nous la dénonçons car elle a été réalisée au moment où il n’y avait pas de gestes barrières aux Etats-Unis. »

"La vente à emporter [...] c'est très faible, les marges n'y sont pas."

Thierry Perbet


La vente à emporter permet-elle aux restaurateurs de s’en sortir ?

Thierry Perbet : « C’est très compliqué, ça représente entre 3 et 4% du chiffre d’affaires de nos établissements. C’est très faible, les marges n’y sont pas. Il y a beaucoup de formules à bas prix, mais on voit des professionnels qui s’investissent en fabricant maison, en travaillant le produit, en faisant travailler les filières d’approvisionnement, aussi bien les fromages que les viandes. Ça a été une manière de payer quelques charges, mais le compte n’y est pas. »

Pensez-vous que la réouverture des petits commerces va accélérer la vente à emporter ?

Thierry Perbet : « La réouverture des commerces, dès samedi, c’est une très bonne nouvelle pour nos collègues commerçants qui sont aussi nos clients et c’est vrai que ça va peut-être booster la vente à emporter. On essaye de la développer en attendant d’avoir d’autres recettes, les recettes de l’Etat et cette prise en charge annoncée de 20% sur le mois de décembre. Malheureusement le compte n’y est pas, il faut que les assureurs versent 10% de plus pour qu’on ait notre perte d’exploitation prise en charge à 100%, c’est-à-dire 30% de notre chiffre d’affaires. »

"Il faut absolument que nos assureurs prennent en charge nos pertes à hauteur de 10% du chiffre d’affaires."

Thierry Perbet

Qu’attendez-vous comme mesures pour passer cette crise ?

Thierry Perbet : « Il y a des trous dans la raquette, ce sont les hôtels, qui ne sont pas en fermeture administrative, les traiteurs, qui depuis des mois ont une grosse perte de chiffre d’affaires, bien-sûr les discothèques, tout le monde connaît leur sort. L’accompagnement de 20% ne suffit pas, il faut absolument que nos assureurs prennent en charge nos pertes à hauteur de 10% du chiffre d’affaires, ce qui nous permettrait de gommer nos charges : le loyer, le chauffage, parce qu’on n’est pas dans le sud de la France, ce sont des charges qui continuent à courir. »

Une douche froide également pour les stations de ski ?

Thierry Perbet : « Les stations aussi sont touchées, elles pensaient vraiment pouvoir ouvrir et tout était mis en place pour pouvoir rouvrir le 20 décembre, dans les Alpes et en Auvergne. Malheureusement, les 130 000 saisonniers vont se retrouver au chômage technique. Ces gens ont loué des logements et malheureusement certains ont changé de secteur. Ce sont nos entreprises qui vont être pénalisées quand on va vouloir reprendre après le 20 janvier. »

"Les 130 000 saisonniers vont se retrouver au chômage technique"

Thierry Perbet


Vous prépariez déjà le développement de la vente à emporter ?

Thierry Perbet : « Oui tout à fait. Je rappelle, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, 171 stations qui fonctionnent plutôt bien, on est une grosse région de ski, et c’est pour cela que nos professionnels préparaient déjà, au cas-où, de la vente à emporter et s’organisaient. Là, on a vraiment une fermeture totale. »

D’autres actions sont-elles prévues ?

Thierry Perbet : « L’UMIH reste mobilisée, d’autres actions vont être mises en place. Nous ne lâcherons rien, nous restons unis pour tous les professionnels qui nous rejoindrons lors des manifestations mises en place dans toute la France mais surtout ici en Auvergne-Rhône-Alpes. C’est un appel à la mobilisation pour sauver nos entreprises qui sont le tissu économique de milieux ruraux, mais aussi des centres-villes et des cœurs de villages. »
 
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