Confinement et Covid-19 : les habitudes alimentaires des Français bousculées en période de crise sanitaire

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, nos habitudes ont été modifiées. Notamment du point de vue de l’alimentation. Avec les confinements à répétition et la fermeture prolongée des restaurants, nos façons de s’alimenter ont bel et bien évolué. 

Selon une étude IFOP, 47 % des Français cuisinaient plus qu'avant le premier confinement.
Selon une étude IFOP, 47 % des Français cuisinaient plus qu'avant le premier confinement. © maxppp

Un cheptel de caddies devant les portes des hypermarchés. À l’intérieur, en grande quantité : des pâtes, du riz et des rouleaux de papier toilette. Ces scènes ont marqué les esprits et les débuts de l’épidémie du Covid-19 en France. Quelques heures avant l’annonce du premier confinement, le 17 mars 2020, c'est la ruée dans les magasins alimentaires.

Un an plus tard, la peur qui a provoqué cette hystérie est moins présente. Entre confinements et fermetures des restaurants, notre alimentation a connu certaines évolutions. L’angoisse de la période de pandémie provoque chez certains plus de grignotage, quand chez d’autres, elle incite à plus de maîtrise.

"Quand je suis rentrée à Londres, je me suis mise à manger plus sainement. Je me suis dit, « les salles de sports sont fermées, je sors moins », il faut que je fasse un effort pour mieux manger", raconte Lisa Heshmati, qui travaille dans la finance. En télétravail depuis huit mois, elle a trouvé un nouveau rythme de vie. "Je vais faire le marché, ce que je ne faisais jamais, et puis je cuisine, ça fait une activité différente, et surtout ça casse la routine 'boulot, dodo'", explique-t-elle.

 

"En France, le pain a un statut symbolique de nourriture"

Lors du premier confinement, une étude de FranceAgirMer a observé que les achats de paniques se sont orientés vers plusieurs denrées non-périssables. Un comportement qui s’est peu à peu atténué. 

Ensuite, la tendance s'est orientée vers le « fait maison ». Sur Internet, se sont multipliés les tutos et autres sites de recettes.

 

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"On a rapatrié l’activité culinaire dans le foyer. On ne mange plus dans la cantine d’entreprise et les enfants ne vont plus à l’école en ce moment", analyse Laurence Tibère, sociologue de l'alimentation.

Pour cette spécialiste, la mode du « fait maison » répond à la fois à la nécessité d’occuper ses journées et au besoin de maîtrise de son alimentation en temps de crise. "C’est une manière de reprendre en main la situation. En France, le pain a un statut symbolique de nourriture. Alors on a le sentiment de contrôler un peu son quotidien."

D’après une enquête d’Ifop, 47 % des Français déclarent cuisiner davantage qu’avant la crise, et ce taux grimpe à 60 % chez les plus jeunes entre 18 et 34 ans.

Cependant, cette envie soudaine de cuisiner est à nuancer. À ce jour, il est difficile d’affirmer que le « fait maison » s’est inscrit dans nos habitudes.

D’autant plus que dans la plupart des foyers, faire à manger est encore majoritairement à la charge des femmes. D’ailleurs lors du premier confinement, chez 42 % des couples, la préparation des repas était source de conflit.

 

Confinement et prise de poids

Avec la fermeture des salles de sport et les activités de loisirs moins importantes, la sédentarité et le grignotage gagnent du terrain. Notamment lors des périodes de confinement, où le télétravail est la règle dans plusieurs professions.

En mai 2020, beaucoup aperçoivent des changements sur la balance. Selon une enquête réalisée par l’IFOP entre le 24 et le 27 avril 2020, 57 % des Français remarquent une prise du poids. 

Un constat qu’a également ressenti Nathalie Chanavat, diététicien et nutritionniste à Grenoble. Depuis un an, elle reçoit de plus en plus de personnes ayant pris rapidement du poids, entre 5 à 10 kilos.

"C’est souvent le facteur émotionnel et psychologique qui explique la prise de poids. On est dans une période stressante et donc les craquages alimentaires sont plus fréquents." 

Stress, angoisse, activité physique réduite, proximité avec le réfrigérateur et ses tentations forment alors un cocktail explosif pour la ligne.

 

 

"Je m’empiffrais de chips, parce que c’était le seul aliment que je sentais"

"J’ai perdu le plaisir de manger, j’ai même fini par jeter tout ce que j’avais cuisiné : crumble, gratin dauphinois..." raconte Alizée Dubus. Cette étudiante de 23 ans a perdu le goût et l'odorat plusieurs semaines, suite à une infection au coronavirus. 

"Après, je m’embêtais plus, c’était pâtes tous les jours. Une fois, j’ai essayé de manger un ail en entier… Mais rien. À la fin, je m’empiffrais de chips, parce que c’était le seul aliment que je sentais."

Cette situation, beaucoup de Français y ont été confrontés. Sans goût, ni odorat, le plaisir de s’alimenter s’éteint. Et selon les personnes, ces symptômes peuvent durer plus ou moins longtemps. "Il y avait peu de place pour la gourmandise, alors j’étais moins tenté, donc je mangeais plus équilibré", relativise, Thomas Morlec, qui a perdu ses sens pendant deux semaines, en mars 2020.

 

Le coronavirus nous permettrait-il de redécouvrir l’importance du repas pris ensemble ?

Que ce soit en famille, entre amis ou collègues de travail, le partage d’un repas est synonyme de convivialité. Avec les mesures sanitaires, le rituel se perd dans certains espaces. Des plexiglas viennent séparer les convives dans les cantines d’entreprises. Et les repas de fêtes se célèbrent avec un mètre de distance entre chaque couvert.

Au début de l’épidémie, le repas en famille semble disparaître par peur de contamination. "On mangeait séparément ou parfois deux dans une pièce, mais à distance", confie Lisa Heshmati, qui a vécu son premier confinement à Paris, chez sa famille. Mais dans le foyer, la crainte du virus s’amenuise. Ses parents et ses sœurs reprennent doucement leurs bonnes vieilles habitudes.


"Je pense qu’il serait naïf de croire aujourd’hui, que vivre ensemble implique de manger ensemble. Il y a une pression qui s’exerce quand on est tout le temps ensemble, selon les conditions matérielles de vie", nuance Laurence Tibère, sociologue de l'alimentation. 

 

Comment gérer son alimentation pendant un confinement ?

Nathalie Chanavat, diététicienne et nutritionniste à Grenoble, donne des conseils pour mieux gérer son alimentation en période de confinement. 

  • Apprendre a gérer ses émotions


"On passe souvent devant le frigo, alors la tentation est plus forte. L'objectif, est de réussir à s'autogérer. Pour ça, il faut se poser les bonnes questions, apprendre à distinguer sa faim de ses envies. 
Pour éviter les craquages, il faut trouver les causes. Si c'est lié au sommeil, au transit, à des facteurs émotionnels et psychologiques... En période de crise, l'angoisse est généralement la principale raison. 80 % de l'alimentation, c'est de l'émotionnel, alors il faut apprendre à gérer ce stress autrement que par la nourriture."

  • Prendre le temps de s'aérer et se dépenser 


"En période de confinement, il a une diminution des calories dépensées dans la journée. Donc, il faut retrouver un équilibre entre dépenses énergétiques et alimentation. Actuellement, il est toujours possible de s'accorder une heure pour sortir marcher ou courir."

  • Renforcer son système immunitaire 


" Il faut apporter de bons nutriments pour booster notre système immunitaire : vitamines C, D, magnésium, probiotiques... Ce qui passe essentiellement par l'alimentation, et les compléments alimentaires. Au final, quand le corps est bien nourri, il retrouve sa vitalité. On dort mieux et on digère mieux. "

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