Coronavirus - "Commerce indispensable" sans activité, un garage d'Eybens (Isère) perdu dans le flou juridique

Seuls les commerces "indispensables" sont désormais autorisés à ouvrir durant l'épidémie de coronavirus. Parmi eux, les garages. Mais à Eybens, un garagiste fait face à un casse-tête : continuer son activité sans fournisseur, ni client, ni employé, ou ne pas avoir droit au chômage partiel. 

Les garages sont considérés comme des "commerces indispensables à la vie de la nation", par l'arrêté du 15 mars 2020.
Les garages sont considérés comme des "commerces indispensables à la vie de la nation", par l'arrêté du 15 mars 2020. © Guillaume Bonnefont / MAXPPP
"Je suis en furie ! On me demande d'ouvrir et même temps de fermer pour protéger la vie de mes salariés. Si je vais travailler ou si mes clients viennent, nous risquons une amende de 135€, car changer des pneus neige n'est pas indispensable. Si je ferme, je risque de ne pas avoir droit au chômage partiel pour mes employés." 
 
Charly Tornabene ne sait plus quoi faire. Ce garagiste d'Eybens (Isère), navigue à vue dans le flou juridique qui entoure l'injonction d'ouverture des commerces "indispensables à la vie de la nation" durant l'épidémie de coronavirus

D'après l'arrêté du 15 mars 2020 publié dans le Journal Officiel, les activités relatives à "l'entretien et à la réparation de véhicules automobiles, de véhicules, engins et matériels agricoles" doivent en effet continuer à être exercées. 


Ouvrir sans fournisseur, ni employé

Un véritable casse-tête pour le garagiste, alors que la plupart de ses fournisseurs ont cessé leurs livraisons, que ses trois employés, faute de pouvoir être correctement protégés, ont été renvoyés chez eux, et que les demandes des rares clients qui se présentent encore ne sont, pour la plupart, pas urgentes.  

"La direction régionale des entreprises [Direccte, ndlr], a envoyé un courrier à mon comptable pour l'informer que je ne pourrais pas mettre mes employés au chômage technique si mon garage fermait", explique Charly Tornabene. Seule solution à ses yeux pour prouver son ouverture à l'institution : prévenir la gendarmerie d'Eybens.

"Je le ferai lundi. Sachant que les clients qui se déplacent risquent d'être verbalisés, soupire-t-il. Je me mets personnellement en danger, et je mets en danger les clients, car je dois rentrer sans protection dans les véhicules pour les réparer. Je dois avoir un ou deux masques de carrosserie, qui ont bien 10 ans, au fond d'un tiroir, mais c'est tout."


Un prêt bancaire pour pallier la baisse d'activité

Si la santé du gérant est en péril, celle de son entreprise l'est également. Le garagiste a pu faire une demande de report auprès de l'Etat des charges URSSAF pour le mois d'avril, ainsi que des règlements de factures d'eau et d'électricité. Mais seul un de ses fournisseurs, parmi les onze avec qui il travaille habituellement, a accepté un report d'échéances. 

"Eux aussi ont besoin d'être payés, c'est bien normal. Mais de mon côté, cela pose un gros problème de trésorerie. J'ai dû contracter un prêt bancaire de 15 000 euros, à 2% d'intérêts, pour payer ces livraisons. Je ne veux pas mettre la clef sous la porte parce que le gouvernement a mal géré l'épidémie ! Véran dit 'restez chez vous', Macron dit 'allez travailler'. Ce n'est pas cohérent", enrage le chef d'entreprise.  
 
Charly Tornabene aimerait pourtant participer, autant que faire se peut, à la guerre sanitaire contre le Covid-19. "Il faudrait que la préfecture ou la gendarmerie me fasse une réquisition. Alors je pourrais dépanner les voitures de soignants par exemple. Ou leur prêter mes quatre véhicules de location."

Le garagiste isérois espère qu'en continuant à ouvrir, même à perte pour lui, ses employés pourront bénéficier du chômage partiel. "Sinon, je leur imposerais une semaine de congés payés, mais ça ne suffira pas", déplore-t-il.


90 députés appellent l'Etat à clarifier la situation

Parce que ces situations sans queue ni tête semblent se multiplier depuis quelques jours, un groupe de 90 députés Les Républicains - dont les élus savoyards Emilie Bonnivard et Vincent Rolland, ainsi que les hauts-savoyards Virginie Duby-Muller et Martial Saddier - appellent le gouvernement à faire preuve de plus de clarté sur le plan économique. 
 
"Il ne s’agit pas de rompre l’unité nationale, mais il nous apparaît indispensable que certains points puissent être rapidement clarifiés. […] Le flou qui se dessine depuis mardi 17 mars demeure et s’empire même. Des informations divergentes voire contradictoires se succèdent et nos entreprises sont perdues", soulignent les députés dans leur communiqué. 

"Le gouvernement doit clarifier les ambiguïtés sur les points suivants : quelles sont les entreprises indispensables au fonctionnement du pays ? Quelles sont les entreprises qui doivent, mais également qui peuvent travailler ? Quelles sont les entreprises qui ouvrent droit au chômage partiel et quelles en sont les conditions ?" 

Quant au garage de Charly Tornabene, il ouvrira, comme prévu, lundi 23 mars. Le gérant sera seul à la manoeuvre. "Je n'en dors plus la nuit. Ca n'a aucun sens !"

 
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