Coronavirus Covid-19 : l'appel à l'aide des médecins et des pharmaciens en Auvergne-Rhône-Alpes, "on refuse de choisir"

"Le gouvernement fait-il vraiment la guerre au coronavirus?" C'est ainsi que débute la lettre ouverte, signée par 52 médecins, chirurgiens, urgentistes etc, renommés qui refusent de "choisir entre un malade grave que nous allons soigner et un très grave que nous allons laisser mourir."

Manque de masques, de blouses, d'appareils respiratoires, de moyens : une cinquantaine de médecins renommés de la région Auvergne-Rhône-Alpes signent une lettre ouverte pour s'inquiéter de l'épidémie de coronavirus Covid-19. Photo d'archive.
Manque de masques, de blouses, d'appareils respiratoires, de moyens : une cinquantaine de médecins renommés de la région Auvergne-Rhône-Alpes signent une lettre ouverte pour s'inquiéter de l'épidémie de coronavirus Covid-19. Photo d'archive. © A. Marchi / MaxPPP
Ils sont chefs de services, urgentistes, réanimateurs, chirurgiens etc : une cinquantaine de médecins renommés ont signé une lettre ouverte pour alerter et réclamer plus de moyens, plus de masques, plus d'appareils respiratoires, d'organisation et de transparence pour faire face à l'épidémie de coronavirus Covid-19.
 

"Chaque jour ça s'aggrave"


Une responsable de service, anonyme, et signataire de la tribune, nous a livré son témoignage aux bords des larmes par téléphone pour alerter sur l'absence de masques protecteurs dans son établissement de la région.

"Notre direction compte les masques. Ceux qui sont vraiment protecteurs sont réservés pour les cas de Covid-19. Et pour les autres, au lieu de les changer régulièrement, on nous dit qu'il faut les économiser. Donc on les garde. Chaque jour les choses s'aggravent, et ça va devenir dramatique. Je suis très très inquiète. En réunion, on les garde. Et avec les patients, on ne les change que 2 fois, pas plus. Il n'y a qu'au bloc opératoire que l'on arrive encore à les changer à chaque intervention. Mais pour combien de temps?"

Des renforts de masques ont été promis officiellement: "Je ne comprends pas qu'il n'y en ait déjà plus. Pourquoi on n'en a pas plus? On nous en promet, mais vont-ils arriver avant le début du pic de l'épidémie? On espère qu'ils vont arriver."
 

La lettre ouverte



Ils réclament un dépistage systématique pour tous, tout en s'interrogeant: "pourquoi certains ministres, footballeurs et princes ont droit à ce dépistage systématique sans symptômes clairs, mais pas le grand public ?" comme le fait remarquer un des signataires, qui préfère rester anonyme.
 

"Le gouvernement fait-il vraiment la guerre au coronavirus? " 


Dans leur lettre ouverte, les médecins sonnent la charge.

"Alors que nous manquons déjà de lits de réanimation, de masques, de respirateurs, de bras, la loi d’urgence sanitaire prise par le gouvernement mercredi 18 mars donne tous les droits aux préfets, aux employeurs pour remettre en cause le code du travail et les statuts de la fonction publique. Etait-ce réellement l’urgence? Mais rien sur les usines réquisitionnées pour fabriquer masques, respirateurs.

Rien sur la réouverture des lits nécessaires.

Rien sur le dépistage systématique qui a fait ses preuves en Allemagne et en Corée du Sud."


Les médecins signataires s'inquiètent du manque de logistique, pour déployer tous les moyens nécessaires face à l'épidémie. 
 

"Où sont les masques? "


"Qu'en est-il aujourd'hui, dans notre pays de cette logistique nécessaire pour gagner le combat contre le coronavirus? Le pouvoir exécutif semble en décalage entre les annonces rassurantes, la volonté affichée de transparence et la réalité du terrain que les soignants font remonter sans cesse et de tous lieux. Deux exemples, ils sont aussi simples que vitaux.

Alors que depuis des années les structures hospitalières sont matériellement asphyxiées par les enveloppes budgétaires, on nous annonce la fabrication de masques sans que soient donnés d'éléments précis: combien sont produits? Où? Quels délais? Quels moyens de livraison? Quels modes de distribution?

 

"De 26.000 lits à 13.000 lits"



Alors que depuis des années, les politiques gouvernementales ont supprimé des milliers de lits de réanimation et soins intensifs (passant d'environ 26.000 lits à 13.000), le pouvoir exécutif nous annonce la mise en oeuvre de moyens exceptionnels. Soit, mais la logistique étant cruciale, la confusion est mortelle: combien de respirateurs sont en cours de fabrication?

A ce jour, quel préfet est en mesure de répondre aux soignants qui sont sur le front?

La responsabilité, l'urgence, du gouvernement est de fournir les armes et les moyens de combattre. La transparence est d'en rendre compte précisément.

Nous médecins, refusons de devoir choisir entre un malade grave que nous allons soigner et un très grave que nous allons laisser mourir.

Nous médecins refusons d’exposer nos équipes avec des recommandations qui ne reposent pas sur les données acquises de la science mais sur les possibilités réduites de recours aux meilleurs soins (...).

Ils ont considérablement détruit notre système hospitalier depuis des années et des années. Nous ne pouvons pas attendre la fin de l’épidémie c’est maintenant tout de suite qu’il faut prendre les mesures pour le rétablir. Et pour cela on ne peut compter que sur la mobilisation en direction du gouvernement.

 

Des masques périmés depuis 2001


Selon nos informations, actuellement, au CHU de Grenoble (Isère), 95 lits de réanimation auraient été installés, dédiés uniquement au Covid-19. L'hôpital attend donc le pic de l'épidémie, avec pour l'instant 2 malades soignés sur place. Cette organisation a pu voir le jour grâce à "une bonne entente avec les cliniques privées" nous dit-on.

Mais sur le renfort de matériel : rien. "Les appareils respiratoires en renfort, on n'a pas vu la queue d'un seul" déplore un médecin anonyme.

Des masques FFP2 ont été distribués samedi 21 mars au matin dans le service d'un hôpital de la région: "Ils sont périmés depuis 2001! Le coton s'effiloche de partout..." alerte un responsable. "Les infirmières étaient plutôt en colère."

Des discussions seraient toujours en cours pour répartir les appareils respiratoires et le matériel nécessaire entre les cliniques privées et les hôpitaux publics de la région.
 

"Je comprends la colère"



Dans une conférence de presse samedi 21 mars, Olivier Véran ministre de la Santé dit "comprendre la colère" des soignants. Il indique que l'Etat dispose d'un stock de 86 millions de masques, dont 5 millions FFP2. 70 millions de masques ont déjà été distribués depuis février.

Par ailleurs les autorités ont commandé "250 millions de masques" qui seront livrés progressivement.

Dans les 15 jours à venir, une distribution massive doit être organisée pour tous les professionnels de santé avec une répartition par quotas, selon les métiers.

Pour les médecins de ville et les pharmaciens, ce sera 18 masques par semaine. Les services des urgences devraient être approvisionnées en masques FFP2. Les centres de secours doivent recevoir 50 masques par semaine, et par structure. 
 

Les pharmaciens lancent le système D : un appel aux dons


Alors que le confinement général n'en est qu'à ses premiers jours, c'est déjà le système D pour fournir de l'aide aux infirmières ou aux médecins de villes qui manquent de tout.

Une pharmacie du 3e arrondissement de Lyon se propose de faire le relais entre les entreprises qui auraient du matériel à donner, faute de travail, et les soignants.

"On cherche des sur-blouses et des charlottes surtout" nous précise sa responsable qui restera anonyme. "On a des orthophonistes ou des gens qui ne travaillent pas qui nous donnent ce qu'ils ont, des masques, des gants etc." nous dit-elle. "Les infirmières manquent de sur-blouses surtout, on essaye d'en acheter en plastique, pour l'alimentaire. On n'a pas le droit de les vendre bien-sûr en tant que pharmacie, donc on les donne. On essaye de trouver des solutions. On peut essayer de faire le relais! Les charlottes de chantier ou de cantine aussi sont intéressantes. Il doit y en avoir quelque-part.

Des habits alimentaires pour les infirmières? Selon cette responsable, les soignants en ont tellement besoin aujourd'hui qu'elles affirment : "c'est mieux que rien". 

 
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