COVID 19. Des hôpitaux d’Auvergne tirent la sonnette d’alarme : « C’est le début d’un tsunami qui nous arrive dessus »

 Au CHU de Clermont-Ferrand mais aussi au Puy-en-Velay ou à Moulins, le plan blanc de niveau 2 est activé. La situation est très tendue et les patients atteints du COVID 19 ne cessent d’arriver. Le 27 octobre, 582 patients sont hospitalisés en Auvergne. 

A Clermont-Ferrand, le CHU fait face à un afflux de patients COVID 19 très inquiétant.
A Clermont-Ferrand, le CHU fait face à un afflux de patients COVID 19 très inquiétant. © M.Van Oudendycke / FTV
« C’est le début d’un tsunami qui nous arrive dessus », alerte le directeur de l’hôpital du Puy-en-Velay Jean-Marie Bolliet. Le niveau 2 du plan blanc est activé dans beaucoup d’hôpitaux d’Auvergne : CHU de Clermont-Ferrand, centre hospitalier du Puy-en-Velay, de Moulins mais aussi de Vichy.

La réanimation du CHU de Clermont-Ferrand sous tension

Depuis quelques jours, les signes d'une situation qui s'aggrave sont bien présents en réanimation à Clermont-Ferrand et notamment à Gabriel-Montpied : « Ce service, qui accueille 17 malades, tous ses lits sont occupés par des patients COVID positifs. Généralement, ils ont tous une comorbidité, donc de l'hypertension, du diabète, ou un surpoids », explique le docteur Claire Dupuis, médecin de réanimation. Ce mercredi 28 octobre, 50 des 60 lits de réanimations du CHU sont occupés dont 25 par des patients COVID qui resteront pour certains plusieurs semaines. L'hôpital prévoit d'augmenter sa capacité d'accueil, 23 lits devraient ouvrir en fin de semaine et 18 autres plus tard, si la situation l'exige mais il faudra que le personnel suive : « La charge de soins d'un patient COVID, par rapport à la charge de soins d'un patient habituel de réanimation, demande de l'endurance. Cela va durer plus longtemps. Il n'y aura pas de période où les lits ne seront plus saturés, c'est ça qui est difficile", constate Claire Dupuis.

"Ca va être dramatique"

Jean-Etienne Bazin

Une partie des activités chirurgicales a déjà été arrêtée pour limiter les hospitalisations et libérer du personnel. Les équipes, amputées des malades dans leur rang vont avoir besoin de renforts. Plutôt épargné par la première vague, les soignants s'attendent cette fois à une toute autre situation : « Elle est vraiment dramatique. Peut-être pas à Clermont-Ferrand, parce que j'espère qu'on tiendra le coup, en tout cas on s'y prépare, mais sur la région Auvergne Rhône-Alpes, c'est évident que ça va être dramatique. On va être au même niveau que Mulhouse ou Strasbourg durant la première vague. On suit un peu l'évolution de l'autre côté du Forez à Saint-Étienne et à Lyon car on risque d'être impactés de la même manière de façon un peu plus retardée. On prédit des patients en réanimation très nombreux autour du 15 novembre », craint le professeur Jean-Etienne Bazin, chef du pôle de médecine périopératoire. La situation se dégrade rapidement. En dix jours, le nombre d'hospitalisation COVID a doublé dans le Puy-de-Dôme. On dépasse aujourd'hui les 260 patients et la courbe continue de monter.

 L'hôpital du Puy-en-Velay dans la tourmente

Ce 28 octobre, 70 patients COVID 19 sont pris en charge au Puy-en-Velay, dont 8 en réanimation. La moitié des 16 lits de réanimation sont donc occupés par des cas graves de malade du COVID. Le centre hospitalier doit faire appel à du personnel d’une clinique privée pour faire face car la capacité devrait monter à 25 lits d’ici la semaine prochaine. Au total, 40% des interventions ont dû être déprogrammées et 3 patients transférés à Clermont-Ferrand. " Même si les mesures sont prises ce soir, pendant encore une à deux semaines, nous allons essuyer la dynamique qui s'est créée il y a 2 semaines. Nous avons aujourd'hui 70 patients, nous en prenons 10 de plus ce qui veut dire que dans 7 jours nous aurons atteint notre capacité maximale d'accueil des patients COVID au Puy-en-Velay et autour d'ailleurs. Il y a une forme de sidération, par rapport à ce que nous observons, puisque d'heure en heure, nous voyons monter un niveau d'arrivée des patients COVID dans nos urgences qui est vraiment inquiétant », alerte Jean-Marie Bolliet. Actuellement, 1 personne sur 3 qui vient se faire tester au centre hospitalier est positive au coronavirus.

A Aurillac, "si ça passe, ça va passer juste "

Au centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac, la situation est sous tension. En réanimation, 7 des 10 lits COVID 19 sont occupés et les 5 lits réservés aux patients non-COVID sont pleins. En hospitalisation conventionnelle, on compte 15 patients COVID 19. Plus de 40% des interventions chirurgicales ont été déprogrammées. Des personnels contaminés sont en arrêt et d'autres ont dû être redéployés : "On est en situation de tension. On a doublé notre nombre de lits de réanimation et on nous demande d'en ouvrir encore plus, sauf qu'on ne sait pas si on aura le personnel nécessaire pour le faire. La cynétique épidémique est exponentielle et dans le Cantal, on a une population âgée. Les 15 prochains jours s'annoncent très compliqués", alerte Mathieu Kuentz, président de la commission médicale d'établissement du centre hospitalier d'Aurillac. La durée de séjour d'un patient COVID étant bien plus longue que celle d'un patient classique, l'hôpital risque de se trouver rapidement saturé. " Lors de la première vague, même si on avait eu un nombre conséquent de malades, on avait bénéficié du confinement. Là, ce ne sera pas le cas. On n'a plus non plus de possibilité d'envoyer des patients dans des régions moins touchées", alerte Mathieu Kuentz. Il craint surtout l'apparition de clusters dans des populations vulnérables qui pourraient déborder l'hôpital : "Si ça passe, ça va passer juste."

Dans l'Allier, Vichy et Moulins au niveau 2 du plan blanc

Le centre hospitalier de Vichy a annoncé jeudi 22 octobre avoir déclenché le niveau 2 du plan blanc. Ce 28 octobre, il prend en charge 50 patients COVID 19 dont 4 patients en réanimation. " C'est le niveau du pic du printemps sauf que la courbe continue d'augmenter. On va recevoir d'autres patients ", s'inquiète le directeur du centre hospitalier Jérôme Trapeaux. Dans cette optique, l’hôpital a engagé de nombreuses déprogrammations d’activités chirurgicales et a augmenté sa capacité d'accueil, passant d'une à 2 unités COVID. A compter de lundi 2 novembre, 15 lits de réanimation seront ouverts contre 8 actuellement. Du personnel de chirurgie a également été redéployé. Au total, 52 soignants sont contaminés, contre 25 environ lors du pic du printemps. " On rentre dans une zone d'incertitude, on ne sait pas de quoi demain sera fait. On est plus rôdés qu'au printemps mais la vague monte plus haut et c'est ça qui est inquiétant. C'est une crise longue, c'est un marathon et c'est toute la difficulté", précise Jérôme Trapeaux. Les visites aux patients hospitalisés sont interdites dans tous les services excepté en pédiatrie (visite autorisée des parents et de la fratrie uniquement), en maternité (visites autorisées au seul parent accompagnant et fratrie), en psychiatrie sur rendez-vous et en soins palliatifs sur avis médical.

"Déprogrammer l’ensemble des activités chirurgicales et interventionnelles non urgentes"

Le Centre Hospitalier de Moulins-Yzeure a déclenché le niveau 2 du plan blanc : « Cette mesure exceptionnelle intervient pour faire face à l’augmentation importante du nombre d’hospitalisations dans l’ensemble des départements de la région. Ainsi, l'Agence Régionale de Santé demande à tous les établissements publics et privés de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à compter de ce jour, de déprogrammer l’ensemble des activités chirurgicales et interventionnelles non urgentes et sans perte de chance avérée à court terme pour les patients. Ces mesures sont valables pour 15 jours avec réévaluation de la situation chaque semaine », précise l’hôpital sur sa page Facebook.
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