Dissolution du Conseil Savoie-Mont Blanc : les partisans d'une région Savoie unique décrètent la mobilisation générale

Et si la décision unilatérale du conseil départemental de la Haute-Savoie de mettre fin au Conseil Savoie-Mont Blanc mettait le feu aux poudres de l'explosion de la région Aura espérée par les régionalistes savoyards ? Nous n'en sommes pas encore là. Mais les initiatives se multiplient pour en appeler à la survie de l'instance de collaboration entre les deux Savoie.

"Est-ce que l'on serait arrivé au moment où le balancier de l'histoire repartirait dans le bon sens ? " L'interrogation émane de Laurent Blondaz, le patron du MRS (Mouvement Région Savoie). Un mouvement à l'aube de fêter ses 50 ans d'existence et qui milite depuis toujours pour faire une seule et unique Savoie, indivisible, en lieu et place des Savoie et Haute-Savoie actuelles. 

"Supprimer le conseil Savoie Mont Blanc : une décision d'une obscurité totale" 

Laurent Blondaz, président du Mouvement Région Savoie

Il faut dire que depuis le 13 juin 2022, jour où le conseil départemental de la Haute-Savoie dirigé par Martial Saddier a voté majoritairement "Pour" la dissolution de la structure de collaboration entre les 2 Savoie, les raisons de la séparation échappent toujours à un certain nombre d'observateurs. 

"Comment certains élus représentants de cantons sur la frontière avec la Savoie ont-ils pu voter "Oui" alors qu'ils ont toutes les raisons d'élaborer ensemble des politiques avec leurs voisins", s'interroge par exemple William Girard-Desprolet, l'ancien candidat du MRS aux dernières départementales et législatives et co-fondateur d'une toute nouvelle association baptisée "Savoie Mont Blanc j’y croix". 

Jugeant inacceptable la disparition de la maison Commune de la Savoie, l'association née le 14 février dernier, ne comprend pas davantage les raisons qui ont poussé le président de la collectivité haut-savoyarde à appuyer sur le bouton pour "supprimer la seule chance qui était offerte aux Savoyards de créer à terme, une collectivité unique".  "Je peux vous dire que les mondes économiques et associatifs, qui se reconnaissent de moins en moins dans la grande région Auvergne-Rhône Alpes ne comprennent pas pourquoi on veut transformer notre collaboration en une coquille vide", conclut-il.

De vastes champs ouverts à la collaboration

En 40 ans d'existence, (dont 18 sous le nom d'Entente Régionale de Savoie, 15 sous le nom d'Assemblée des Pays de Savoie, et 7 sous l'appellation de Conseil Savoie Mont Blanc), la collaboration entre les deux départements alpins a vu s'élargir ses champs d'actions. 

Dotée d’un budget propre abondé par les deux Conseils départementaux, elle est loin de s'octroyer seulement, comme à ses débuts, quelques compétences en matières d'agriculture, ou de tourisme.

En effet, dans le domaine de la culture et du patrimoine (Savoie-Biblio, Orchestre des Pays de Savoie...), mais aussi dans l'enseignement supérieur, (soutien financier à l’Université Savoie Mont Blanc pour ses filières d’excellence) et dans la protection de l’environnement (soutien aux filières agricoles locales, au pôle Excellence Bois de Rumilly (74), au Parc Naturel Régional des Bauges ou encore à l’Espace Nature Mont Blanc), l'empreinte de la collaboration entre Savoie et Haute-Savoie a été forte au fil des décennies.

"C'est complètement incohérent de dissoudre une collaboration qui a été très efficace dans de nombreux domaines", souligne pour sa part Laurent Gruaz, l'un des universitaires savoyards qui vient d'ouvrir, avec l'un de ses collègues, un autre front de contestation de la décision haut savoyarde. 

Laurent Gruaz, Olivier Diebolt et François Ploton-Nicollet, sont les trois coauteurs d'une pétition en ligne qui a rassemblé plus de 800 signatures. Ils réclament, à l'image de la Collectivité européenne d’Alsace, initiée en 2021, une proposition de loi visant à créer une collectivité unique de Savoie.

Deux conseils départementaux entre tristesse et gêne

"Ce serait la seule façon pour la Savoie d'exister encore demain", explique l'historien. "Qu'elle ne soit pas complètement effacée au profit d'une région comme Rhône-Alpes hier ou pire encore Auvergne-Rhône-Alpes aujourd'hui".

"D'autant que l'on a des complémentarités dans beaucoup de domaines qui ne demandent qu'à être encouragées", surenchérit Laurent Blondaz. "Ensemble on pèse environ 1 million 300 000 habitants. Vous ne croyez pas qu'on mériterait d'avoir des structures équivalentes aux grands hôpitaux universitaires actuellement, tellement loin de la Savoie? Ce n'est d'ailleurs, même pas une idée du MRS à la base mais d'Hervé Gaymard".

Un président du conseil départemental de la Savoie, bien discret face à l'émergence de ces défenseurs du "plus de Savoie"! "Le président n'a rien de plus à ajouter à ce qu'il a déclaré à la fin de l'année en séance", nous a-t-on répondu. 

Des déclarations très claires il est vrai. Hervé Gaymard emploie, à dessein, les mots de "regrets", "tristesse à voir tant de temps et d’énergie perdus pour détruire plutôt que construire" . Ce à quoi il ajoute son refus de demeurer dans des "faux-semblants et une hypocrisie, qui ne sont pas conformes à notre tempérament de montagnards et de Savoyards".

Des propos typiques d'une situation de divorce sans consentement mutuel, auxquels on ne peut pas dire que son partenaire haut-savoyard réponde de la façon la plus apaisante. "Avec Hervé, on se voit, que tout le monde se rassure", avait lâché Martial Saddier au micro de notre confrère "Savoie-News" en septembre 2022. "Mais je veux aller plus vite, plus loin", avait ajouté le président du département. "Et je considère que la structure juridique du conseil...elle est dépassée, voilà"!

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