DOCUMENTAIRE. Grand banditisme : « La guerre des clans », enquête au cœur du milieu grenoblois

On est loin des polars en noir et blanc. Ici pas de code d’honneur : on est dans la vraie vie des truands. Ici, c’est Grenoble, haut lieu du grand banditisme en France. "La guerre des clans" nous plonge dans l’histoire du banditisme avec des témoignages inédits. Captivant.

"La guerre des clans », une enquête au cœur du milieu du grand banditisme grenoblois, un film de Eric Merlen et Frédéric Crotta.
"La guerre des clans », une enquête au cœur du milieu du grand banditisme grenoblois, un film de Eric Merlen et Frédéric Crotta. © NomadeProductions/Francetv

Le 26 septembre 2015, Robert Maldera disparaît dans la banlieue grenobloise. Il avait un rendez-vous dont il ne reviendra jamais. Sa voiture est retrouvée deux mois plus tard. Son corps, toujours pas. Robert Maldera est une figure du grand banditisme grenoblois. Un ex parrain, qui avec son frère Jean-Pierre a fait fortune, entre autres, dans le trafic de cartes bancaires. Robert Maldera est-il tombé dans un guet-apens ? C’est la thèse privilégiée par la police et de la justice.

Depuis 1975, il y a eu plus de 150 règlements de compte à Grenoble et 90 personnes assassinées ou disparues

Jacques Dallest, procureur général à la Cour d’Appel de Grenoble

Les Italiens à Grenoble, c’est une très longue histoire. Elle commence juste après la Première Guerre mondiale. Les familles viennent du Piémont, de Lombardie et des Pouilles. L’intégration est parfois violente. Certains s’attaquent au milieu local tenu par les Corses. Après la mort brutale du parrain corse, Mathieu Mattei, les Italiens prennent le dessus. Racket, règlements de compte, prostitution, braquages… Le grand banditisme est organisé, structuré. Et les affaires marchent plutôt bien pour les truands. Elles croissent en même temps que la violence. Celle qui sert de loi entre clans et, celle exercée sur les prostituées. Un monde d’horreurs que la France entière va découvrir avec « l’affaire des filles de Grenoble ».

La foule lors de l’ouverture du procès des proxénètes en juin 1980.
La foule lors de l’ouverture du procès des proxénètes en juin 1980. © NomadeProductions/Francetv

Pour la première fois on s’est mis à considérer les prostituées comme des victimes et non plus comme des délinquantes

André Veyret, journaliste au Dauphiné Libéré

C’est l’une des prostituées, Nadia qui va briser le silence se confiant au juge Weisbuch. Après 6 années d’une minutieuse enquête, 12 proxénètes se retrouvent sur le banc des accusés. Une première en France. À l’issue d’une semaine de débats, les principaux inculpés seront condamnés à des peines de six à dix ans de prison lors du jugement du 24 juin 1980 rendu par le Tribunal Correctionnel de Grenoble. C’est à partir de ce procès que la loi va se durcir.

Pistolet 11.43, le flingue des braqueurs et des règlements de compte.
Pistolet 11.43, le flingue des braqueurs et des règlements de compte. © NomadeProductions/Francetv

Les clans c’est un peu comme les hommes politiques… des luttes de pouvoir…

Paul Weisbuch, ancien juge d’instruction

Avec le documentaire « La guerre des clans », on remonte les méandres d’une vie violente régit par la discrétion, l’argent et la vendetta. Cette dernière se transmet d’une génération à l’autre. Et s’il existe bel et bien « des équipes, des clans » c’est la loi du chacun pour soi : « Je me suis rendu compte que les équipes, c’est un peu comme les hommes politiques : c’est tout pour moi. Ils n’aiment pas partager, explique le juge Weisbuch. C’est des luttes de pouvoir. Sauf qu’en politique ça se règle par les règles constitutionnelles. Dans le milieu, ils règlent leurs comptes à coups de fusil ».

Des équipes soudées qui restent ensemble et meurent ensemble j’en connais pas. A la fin, il n’y en a qu’un qui mange.

Djamel Bouzraa, ex-truand

Flics, anciens truands, magistrats, « La guerre des clans » donne la parole à tous ceux qui ont été acteurs, chacun dans son rôle, du grand banditisme à Grenoble. Des témoignages éclairants sur l’organisation du milieu, sur les clans, sur l’implantation du banditisme souvent liée à un quartier, ici celui de l’Abbaye où « Il y avait de la vie, des histoires… » se souvient l’un des anciens truands.

Le code d’honneur est une mythologie

Eric Merlen coréalisateur

Eric Merlen, coauteur du documentaire, se présente ainsi « J’ai 40 ans de grand banditisme derrière moi ! » C’est dire s’il connait le sujet… d’hier à aujourd’hui ! « Les frères Maldera, c’est la dernière famille en France à faire plus peur que les caïds des cités. Le banditisme aujourd’hui ce sont des problèmes d’affaires. Un caïd est dans son business. Avec de l’argent il va accepter beaucoup de choses. » Et de poursuivre un sourire dans la voix « Le grand banditisme aujourd’hui ce sont des libéraux ! Un marché à l’international comme la prostitution... Quant au code d’honneur, il n’a jamais existé. C’est une mythologie. Audiard, dans son humour noir servait, sans s’en rendre compte, la soupe aux truands». 

« La guerre des clans » un film réalisé par Eric Merlen et Frédéric Crotta (coproduction Nomade Productions/France 3 AURA) diffusé le lundi 22 mars à 22H50 dans la case documentaire "La France en vrai" sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, suivi d’un débat sur la nouvelle criminalité. Le documentaire est disponible en replay ci-dessous jusqu'au 17 avril 2021.

 

Le Grand débat du doc

La nouvelle criminalité : Avec comme invités, Eric Vaillant, procureur de la République de Grenoble, Maitre Ronald Gallo, avocat au barreau de Grenoble, Gilles Guillotin, ancien numéro 2 de la police judiciaire de Grenoble, et le sociologue Gilbert Berlioz, spécialiste de la délinquance des quartiers et ancien éducateur de rue. Le Grand débat du doc est présenté par Pauline Alleau.

 

LES AUTEURS de « La guerre des clans »

Eric Merlen est journaliste d’investigation. Il a travaillé à Libération, à l’Evénement du jeudi, au Canard Enchainé. Il est également écrivain (une quinzaine d’ouvrages publiés depuis 1979) et coauteur de documentaires. En 2000 il a reçu le prix du meilleur documentaire de l’année, remis par le Sénat, pour « Commis d’office » écrit avec Frédéric Compain (Canal+, AMIP)

Frédéric Crotta est grand reporter. Après avoir travaillé à France 2 où il était notamment en charge des affaires judiciaires, il est aujourd’hui journaliste indépendant pour la presse et les sites d’infos. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages.

Eric Merlen et Frédéric Crotta ont co-signé en 2020 «  BRB » (pour brigade de répression du banditisme). L’ouvrage est paru aux éditions Le Cherche Midi.

 

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