Drôme/Ardèche : 265 millions d'euros de pertes agricoles, un montant historique suite au gel d'avril dernier

Les Chambres d'Agricultures de la Drôme et de l'Ardèche sortent les premières estimations des pertes agricoles liées à l'épisode de gel du 07 au 08 avril dernier qui a touché pratiquement l'ensemble de la France. Les montants sont considérables.

Le fruit de l'abricot gelé sur une parcelle à Saint-Etienne-de-Valoux en Ardèche
Le fruit de l'abricot gelé sur une parcelle à Saint-Etienne-de-Valoux en Ardèche © B.Habauzit

Depuis un mois, la Chambre d'Agriculture de l'Ardèche mène tambour battant des tournées sur les exploitations agricoles touchées par le gel début avril pour se rendre compte au mieux de la "catastrophe exceptionnelle" de cet épisode climatique et chiffrer au plus juste les dégâts. Les tournées ne sont pas encore finies que les premières estimations des pertes révèlent des montants très importants.

Bernard Habauzit, chargé des calamités agricoles à la chambre d'agriculture de l'Ardèche
Bernard Habauzit, chargé des calamités agricoles à la chambre d'agriculture de l'Ardèche © B.Habauzit

Début avril, un épisode de froid s'est abattu sur l'ensemble du pays. 10 régions sur 13 ont dû subir les conséquences de ce gel sur leurs cultures. La nuit du 07 au 08 avril a été particulièrement dévastatrice. En quelques heures, et dès le début de la nuit, les températures ont chutées brutalement de plusieurs degrés jusqu'à atteindre -7 et -8 C° au petit matin. Durant plusieurs heures, les agriculteurs ont dû lutter contre ce froid intense et long en utilisant des bougies chauffantes ou des souffleurs. Certains pratiquaient la technique de l'aspersion par eau. Des agriculteurs ont même fait brûler des bottes de paille ou des tas de bois dans les allées des parcelles mais en vain. Le gel d'avril 2021 aura été plus fort. 

L'heure des comptes a désormais sonné. Selon Bernard Habauzit, chargé des calamités agricoles à la Chambre d'Agriculture de l'Ardèche, les dégâts s'élèvent à 65 millions d'euros. 45 millions d'euros pour l'arboriculture et 20 millions d'euros pour la viticulture. 80 % des exploitations ont été touchées par le gel du nord au sud du département. Certains secteurs en altitude, situés à plus de 600 mètres auraient été épargnés par le gel sans trop savoir pourquoi. La plupart des secteurs ont subi ce gel noir qui a commencé dès 22h et qui s'est terminé seulement au petit matin.

Malgré les prévisions météo et les équipements achetés pour lutter contre ce froid (les bougies, les éoliennes, etc...) les agriculteurs n'ont pu faire face au gel et se retrouvent aujourd'hui dans une situation financière compliquée. Ils doivent cumuler à la fois les pertes en fruits qui sont considérables et le coût des équipements pour lutter contre le froid. Depuis 4 ans, les aléas climatiques se répètent d'année en année, entre la grêle, le gel et la sécheresse, les agriculteurs ne savent plus vers quel saint se vouer,  "je ne sais pas si les agriculteurs vont pouvoir s'en relever, ça va être très difficile pour certains" déclare Bernard Habauzit.

Les aides de l'Etat annoncées par le premier Ministre Jean Casteix en déplacement en Ardèche seront déplafonnées et débloquées au plus vite pour faire face à la situation.

Dans la Drôme, le montant des pertes est encore plus important. Selon Gilles Tallotte, en charge du dossier gel 2021 à la Chambre d'Agriculture de la Drôme, le montant estimé est de l'ordre de 200 millions d'euros. 120 millions pour l'arboriculture et 80 millions pour la viticulture. Ce qui fait de la Drôme le département d'Auvergne-Rhône-Alpes le plus touché par le gel. Le Conseil Régional ayant estimé à 350 millions d'euros les pertes agricoles sur l'ensemble de la région.

C'est exceptionnel, il faut remonter très loin dans le temps pour retrouver un épisode climatique aussi dévastateur. Il y a chaque année des secteurs qui sont touchés, souvent ce sont les Baronnies, là c'est tout le département, c'est vraiment une année d'exception

Gilles Tallotte, en charge du dossier gel

Les discussions entre les syndicats agricoles, chambres consulaires et le ministère de l'agriculture pour déterminer le montant des indemnités ont lieu actuellement. Toutes les productions comme le maraîchage et la viticulture ne rentrent pas dans le champ des calamités agricoles. Il faut donc revoir les textes et c'est "un débat permanent dans lequel il est difficile de sortir des mesures concrètes" selon Gilles Tallotte. Néanmoins, le chiffre de 40% des pertes estimées seraient indemnisés par l'Etat. C'est donc "un gros point d'interrogation" qui demeure quant à la survie des exploitations agricoles. Il n'y a pas "assez de lisibilité " pour le moment pour dresser un bilan des conséquences de cet épisode climatique sur les exploitations agricoles. 

Vigne gelée sur Tulette (Drôme)
Vigne gelée sur Tulette (Drôme) © Chambre d'Agriculture de la Drôme

La région a voté un plan d'urgence de 15 millions d'euros pour venir en aide aux jeunes agriculteurs récemment installés. Elle coordonne également auprès des autres collectivités territoriales (département et communautés de communes) un fond de solidarité supplémentaire pour leur venir en aide.

Dans le cadre de la révision de la Politique Agricole Commune (PAC), toujours en cours, le gel d'avril 2021 a marqué les esprits au plus haut niveau. Les discussions sont engagées pour tenter de trouver un premier accord européen d'assurance climatique pour le monde agricole.

Enfin, le département de la Drôme, premier employeur national agricole avec 30 000 contrats saisonniers, s'inquiète des conséquences sociales que le gel d'avril 2021 aura créées sur l'emploi. Beaucoup de familles ou de jeunes, étudiants ou pas, dépendent chaque année de cette ressource financière liée à la cueillette des fruits.

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