Gilet Jaune de la Drôme : elle porte plainte pour violences policières, cela se retourne contre elle

Illustration - Des gilets jaunes devant la préfecture de la Drôme, à Valence / © JP Savart
Illustration - Des gilets jaunes devant la préfecture de la Drôme, à Valence / © JP Savart

Christelle Millier a porté plainte pour violences policières le 13 décembre dernier à l'issue d'une manifestation des gilets jaunes à Valence, dans la Drôme. Entendue vendredi 31 janvier, elle se retrouve poursuivie pour avoir elle-même violenté les forces de l'ordre.

Par Aude Henry

Christelle Millier a été entendue une bonne heure et demie, vendredi 31 janvier au matin, convoquée au commissariat de Valence dans la Drôme
Placée en garde-à-vue, cette manifestante des gilets jaunes en est ressortie en début d'après-midi, avec dans les mains, une convocation devant le tribunal correctionnel.
En clair, Christelle Millier est aujourd'hui poursuivie pour des violences sur des policiers, alors que c'est elle qui a ouvert le dossier avec une plainte pour dénoncer des violences de la part des forces de l'ordre.

Ils m'ont fait une balayette et collé la tête sur le bitume

L'histoire débute le 7 décembre. Ce jour-là, après avoir manifesté avec les gilets jaunes de la Drôme à Valence, Christelle Millier et d'autres manifestants décident d'un tour de rond-point sur le Plateau des Couleures. Des motards de la police ne tardent pas à intervenir pour un contrôle d'identité. Selon Christelle Millier, elle est alors "mise à terre par une balayette, la tête collée au bitume". Les policiers la relèvent avec l'arcade sourcilière ouverte. Bilan médical : 8 points de suture et 8 jours d'Interruption Temporaire de Travail.


Version des policiers diamétralement opposée


Sauf que les policiers, eux, n'ont pas la même version. Selon Me Jean-Yves Dupriez, l'avocat de Christelle Millier, les policiers déclarent que sa cliente "a essayé de se débattre". Ils la qualifient d'"hystérique". Et indiquent qu'en voulant "l'amener au sol pour la menotter, Christelle Millier a pris une impulsion pour se redresser, a chuté d'elle-même et s'est cognée la tête par terre".

Une blessure provoquée par une chute à hauteur d'homme sans intervention d'un tiers ? Me Dupriez a du mal à y croire. Pour lui, c'est désormais une hypothèse de travail pour assurer la défense de sa cliente. 

Pas de vidéosurveillance de l'interpellation


Pour prouver la bonne foi de Christelle Millier, son avocat avait demandé l'accès aux images de vidéosurveillance sur ce secteur. Mais comme il s'agit "d'une caméra tournante", la scène n'est filmée qu'à partir de l'arrivée des sapeurs-pompiers. Rien de l'interpellation.

Trois policiers disent par ailleurs avoir été eux-mêmes agressés physiquement. Christelle Millier aurait "porté un coup de pied à la sacoche d'un des motards pour tenter de le faire tomber, et d'autres coups de pieds aux chevilles lors de son interpellation".
"En droit, c'est la version des policiers qui prime" réagit Me Dupriez. Les poursuites engagées à l'encontre de sa cliente sont du même coup "sans surprise". Christelle Millier devra répondre de violences sur personnes ayant autorité publique, le 9 septembre 20201, devant le tribunal correctionnel de Valence.



 

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