"On n'est pas Vuitton ou Prada mais on a un savoir-faire extraordinaire" : les salariés de Clergerie gardent espoir

La maison Clergerie est le dernier fleuron de la chaussure "made in Romans-sur-Isère". Avec Stéphane Kélian et Charles Jourdan, ce chausseur a fait les beaux jours de la petite ville drômoise. Elle avait même la réputation d'être la capitale française de la chaussure de luxe. Clergerie a été placé, ce mercredi 29 mars, en redressement judiciaire.

Le dernier chausseur de luxe de Romans-sur-Isère va-t-il mettre la clé sous la porte ? La maison Clergerie, fondée en 1981 par Robert Clergerie, n'a jamais quitté la ville malgré les différents rachats et changements d'actionnaires. C'est même une institution. Depuis 2020, des investisseurs français ont repris l'entreprise familiale. Clergerie est aujourd'hui en difficulté. Ses dirigeants expliquent cet échec par la conjoncture : la pandémie, le contexte économique international, la hausse du prix des matières premières. Mais ce ne sont pas les seules explications pour les représentants du personnel.  

"Il est certain que les boutiques fermées à cause du Covid, ça n'aide pas. L'Ukraine, l'augmentation des matières premières, ça n'aide pas. Mais de l'intérieur, on n'a pas eu l'impression qu'il y avait une réaction à cette situation de crise. On a eu l'impression que tout continuait comme si de rien n'était, avec des objectifs ambitieux. Or l'après-Covid, ça ne peut pas être comme l'avant-Covid", explique Michèle Dumonceau, 35 ans de maison. Cette porte-parole des salariés a connu "toutes les zones de turbulences" traversées par le chausseur romanais. "La société a été proche du dépôt de bilan, on a survécu". 

Savoir-faire, passion et réputation

Sur les 120 salariés du groupe, 90 travaillent toujours dans les ateliers historiques. Les salariés sont à la fois inquiets et déçus. Ils espèrent cependant sauver leurs emplois en mettant en avant leurs compétences. "Nous gardons espoir car nous avons un savoir-faire. Clergerie ce n'est pas rien. J'ai toujours travaillé chez Clergerie et ma fille travaille chez Clergerie. C'est une histoire de famille (...) On aime notre métier, on va se battre, on garde espoir !" assure Valérie Treffé-Chavant, déléguée CFE-CGC, salariée depuis plus de 30 ans. Les salariés et leurs représentant misent aussi sur la renommée du chausseur. 

On n'est pas Vuitton, on n'est pas Prada mais on a un savoir-faire extraordinaire. J'ai fait visiter les ateliers et tout le monde sortait les yeux écarquillés, émerveillés de voir les ouvriers qui font des chaussures avec passion.

Michèle Dumonceau,

Représentante du personnel

Car le chausseur Clergerie fait figure de survivant à Romans-sur-Isère après la disparition d'autres chausseurs comme Stéphane Kélian ou Charles Jourdan dont les ateliers drômois ont fermé il y a plusieurs années. Aujourd'hui le placement en redressement judiciaire de Clergerie est particulièrement scruté par la municipalité. "Je vais suivre ça de près", explique Marie-Hélène Thoraval, maire sans étiquette de Romans-sur-Isère, qui s'associe sur ce dossier aux efforts de l'ensemble des collectivités en charge de la compétence économique. 

"La marque Clergerie compte pour la ville de Romans, les clients sont attachés à cette marque qui se distingue par son design", explique Marie-Hélène Thoraval. "L'intérêt de la marque à rester sur le territoire, ce sont les hommes et les femmes qui travaillent chez Clergerie et qui en font une valeur ajoutée", assure-t-elle. 

Les salariés espèrent que des repreneurs vont se manifester. Le tribunal de commerce de Paris a nommé un administrateur judiciaire pour examiner les offres de reprise. Il dispose de six mois pour sceller le sort de ce fleuron de la chaussure de luxe française. 

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