Tricastin : Un cadre d'EDF dépose plainte pour dénoncer plusieurs dissimulations d'incidents par sa hiérarchie

Publié le
Écrit par Ana K

Le cas est inédit en France, une plainte a été déposée début octobre devant le tribunal judicaire de Paris. Un cadre d'EDF de la centrale de Tricastin dénonce une politique de dissimulation menée par sa hiérarchie.

A bout, un cadre du site nucléaire de Tricastin a décidé de porter plainte contre EDF. Son avocat, maître Vincent Brengarth, l'affirme, son client aime son métier, son entreprise et n'a aucune idéologie belliqueuse contre son employeur, mais épuisé de ne pas être entendu par sa direction, il n’a trouvé que cette issue.

Une plainte inédite

«C’est une plainte extraordinaire, hors norme parce que c’est la première fois que l'on a un cadre avec ce niveau de compétence et d’expertise qui dénonce EDF. Généralement, on est face à des associations de défense de l’environnement avec des informations obtenues de manière indirecte. C’est la première fois que l’on a une personne qui est à l’intérieur même de la centrale nucléaire et qui est à un niveau de responsabilités qui permet d’accréditer les faits dénoncés.»

Les faits en question se seraient déroulés sur plusieurs années. Par exemple, à l'été 2018, une inondation interne sur 3 niveaux est résorbée à l’aide de l’aspirateur d’un prestataire de nettoyage; pourtant 15 jours plus tard, l’incident est rapporté aux inspecteurs de l’ASN (Agence de Sureté Nucléaire) comme de simples écoulements immédiatement arrêtés.

Pas moins de 66 pages de plaintes et d’explications détailleraient les différents manquements à la sécurité au sein de Tricastin.

Me Vincent Brengarth  poursuit, «Il y a une omerta de la part de cette société, une politique de dissimulation et on verra à travers les investigations dans quelle mesure cette omerta n’a pas été couverte par l’ASN».

Divergences d’appréciation pour l’Agence de Sureté Nucléaire

L’ASN, gendarme du nucléaire, contrôle et inspecte régulièrement les sites. L’inspecteur en chef de l’ASN Christophe Quintin affirme que « des inspections ont eu lieu  précisément sur ce sujet afin de regarder au fond les événements et de voir le processus qui avait conduit à ne pas te les déclarer. Dans certains cas, on a demandé des déclarations, on a compris les arguments de l’exploitant. Sur ces événements notre position, c’est qu’il n’y a pas de volonté de masquer d’évènements. Il y avait juste des divergences d’appréciation. »

Il explique « Atténuer l’ampleur d’un évènement, le déclarer avec du retard. C’est dans la nature humaine, ça peut arriver. » L’ASN réfute qu’EDF cherche à masquer des événements.

La plainte déposée prend une résonance particulière aprés qu’Emmanuel Macron a annoncé son projet de construction de réacteurs nucléaires en France.