Procès de Gabriel Fortin, surnommé "le tueur de DRH" : "je ne vous pardonnerai jamais !", Jean-Luc Pasquion à l'accusé

Au 7ᵉ jour du procès de Gabriel Fortin, la famille de Patricia Pasquion a pris la parole. Une famille endeuillée et un mari inconsolable. Jean-Luc Pasquion, pétri de colère, a fait face à l'homme accusé d'avoir tué son épouse Patricia, le 28 janvier 2021.

Vous êtes un monstre !” Jean-Luc Pasquion est venu pour en découdre avec Gabriel Fortin. Lui cracher toute sa colère et sa haine au visage. Le président Yves de Franca, le rappelle aussitôt à l’ordre, dès ces premiers mots lâchés en direction de l’accusé.

Quelques jours avant le début du procès, le mari endeuillé et en colère avait indiqué qu'il réservait ses propos à l'accusé, Gabriel Fortin, 48 ans, ancien ingénieur. Au sortir de la salle d’audience, à la faveur d’une suspension, il se confie à la presse, évoquant avoir eu l'intention de se comporter comme sur un ring. "Dans mon oreille, il y avait un mot : vas-y défonce-le, massacre-le. C'est le ressenti que j'avais".

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"J'ai cru que je montais sur un ring pour affronter cet homme qui a tué trois femmes de sang-froid et qui ne leur a laissé aucune chance" (JL.Pasquion) ©France Télévisions

Un unique coup de feu

La matinée de ce 21 juin 2023 a débuté avec le visionnage de la reconstitution des faits de Pôle Emploi. Gabriel Fortin, 48 ans, ancien ingénieur, comparait depuis le 13 juin pour trois assassinats et une tentative d'assassinat. L'une de ses victimes présumées : Patricia Pasquion, 54 ans, cadre de Pôle Emploi à Valence et mère de famille.

Un seul coup de feu a retenti dans l'agence Pôle Emploi de la rue Victor Hugo à Valence, ce matin du jeudi 28 janvier 2021. Sur la vidéo de la reconstitution, on peut voir un homme seul pénétrer dans l'agence, se diriger sans hésitation vers le bureau occupé par une femme assise à son bureau, tirer un unique coup de feu et ressortir sans problème. L'homme se dirige ensuite vers sa voiture. Moins de cinq minutes et un seul coup de feu. Si Gabriel Fortin avait refusé de participer à la reconstitution, est resté mutique tout au long de l'instruction, il est cependant présent dans le box des accusés depuis le début de son procès aux assises de la Drôme.
Une personnalité solaire

Après ce visionnage de la reconstitution des faits survenus chez Pôle Emploi le 28 janvier 2021, les membres de la famille de Patricia Pasquion ont défilé à la barre pour évoquer la disparue : c'est une personnalité solaire, toujours souriante et altruiste que ses proches décrivent, photographies à l'appui. Patricia Pasquion apparaît commune une épouse, une mère et une fille très attachée à sa famille, très attachée "aux autres", mais aussi à ce travail qui lui donnait "la possibilité d'aider les autres", a notamment indiqué sa sœur aînée Catherine, "Elle savait que derrière chaque dossier, il y avait une personne, une famille", précise cette dernière à la barre.

"34 ans de vie commune" : un veuf en colère

Jean-Luc Pasquion, son époux, a été le premier à prendre la parole ce mercredi matin. Le veuf s'est avancé à la barre, vêtu de noir. Il est venu à la barre des témoins avec un portrait de sa femme. Il a préparé sa déclaration. Il en fait la lecture d'une traite. "Mon épouse était toujours souriante et disponible. Nous nous sommes connus très jeunes, elle 16 ans et moi 19 ans. Nous nous apprêtions à fêter nos 30 ans de vie commune. Aujourd'hui je ne suis plus que la moitié de moi-même, amputé de ma moitié. Mon épouse a été tuée dans l'exercice de ses fonctions (...) sa vie professionnelle avait un sens. Elle travaillait dans le monde de l'humain, elle savait écouter, encourager, redonner confiance à des personnes qui se sentaient abandonnées. Elle avait parfois des doutes. Elle aimait son équipe", déclare Jean-Luc Pasquion, décrivant une professionnelle très investie dans son travail. 

Il revient sur le jour du décès de son épouse. "Ce matin du 28 janvier, nous sommes partis ensemble, pour rejoindre notre lieu de travail (...) J'ai soudainement et brutalement appris sa mort, je me suis trouvé projeté dans un autre monde, assailli par une violence immense. Ce qui s'est passé m'a laissé sans voix, on venait de tuer ma femme. Je n'ai pu retrouver son corps inerte que le 2 février à cause de l'autopsie", rappelle le veuf. Pas de larmes dans la voix.

"Aujourd'hui, nous venons demander des comptes à cet homme qui ne possède aucune des valeurs humaines qui font ce que nous sommes, des êtres pour qui la vie a un sens". Jean-Luc Pasquion demande au président s'il peut s'adresser à l'accusé. "Je voudrais m'adresser à lui, si vous le permettez, Monsieur le président".
"J'ai mesuré mes paroles, Monsieur le président !"

"Vous êtes un monstre !" C'est ainsi que le veuf commence sa déclaration à l'adresse de Gabriel Fortin. Le président le rappelle aussitôt à l'ordre et l'invite à faire preuve de retenue. "Adressez-vous à Monsieur Fortin dans des termes mesurés. Il y a des mots que l'on ne peut pas prononcer dans une salle d'audience. Je vous laisse vous adresser à lui, mais si vous n'êtes pas capable de le faire, ne le faites pas", prévient le président. "Pas d'invectives, pas d'insultes, pas de prises à partie. Ce n'est pas possible dans une salle d'audience. On est dans une audience sacrée ici". C'est un rappel à l'ordre du président qui claque dès les premiers mots de Jean-Luc Pasquion.

Jean-Luc Pasquion se reprend et déclare après un petit moment : "Vous avez fait l'exploit d'avoir semé la mort, vous ne l'avez pas fait au hasard. Le hasard, c'est pour ma femme. Vous ne la connaissiez pas. Vous l'avez abattue froidement. Mon épouse était innocente. Aujourd'hui, vous  bénéficiez de la protection de notre République. Le prix de cet indécent confort, c'est la vie que vous avez confisquée à mon épouse", déclare la partie civile d'une voix blanche et il ajoute à l'adresse de Gabriel Fortin :

Je n'imagine pas un instant que vous puissiez sortir vivant de votre prison. Je ne vous pardonnerai jamais !

Jean-Luc Pasquion

"J'ai mesuré mes paroles, Monsieur le président ! " conclut Jean-Luc Pasquion. Sur sa vie privée, ses projets avec son épouse, il préfère ne pas s'exprimer. "Le but aujourd'hui c'est de dire ce que je ressens. Ma vie privée et celle de ma femme, c'est le passé", déclare-t-il avec fermeté au président. Jean-Luc Pasquion est enfermé dans sa douleur et sa colère.

"Qu'attendez-vous de ce procès ?" lui demande alors Yves de Franca. "Je ne peux pas le dire, j'ai confiance dans la justice de mon pays. Mais j'attends qu'on le mette à disposition et je réglerai son problème", déclare-t-il directement, avec une colère à peine dissimulée. Nouveau rappel à l'ordre du président teinté de compréhension :

Votre sentiment est naturel, je comprends ce que vous ressentez et que vous souhaiteriez faire, mais dans une société civilisée, ce n'est pas possible.

Le président, Yves de Franca

Jean-Luc Pasquion a apporté le portrait de sa femme devant la cour. Un portrait qui ne le quitte pas. Il explique : "je préfère que les jurés voient le portrait de ma femme souriante, plutôt que les photos que l'on va voir !". Et le président prévient : "je ne présenterai pas de photos de votre femme. Votre femme n'a pas été atteinte au visage, elle a été touchée par un seul projectile". 

Après Jean-Luc Pasquion, c'est au tour de ses deux filles de prendre la parole à tour de rôle. Mais leur avocat, Me Denis Dreyfus, prévient : Manon, la cadette ne viendra pas à la barre. La jeune femme préfère que l'on montre des photos de sa mère, des photos d'un bonheur familial envolé. Des clichés qui sont épinglés dans sa chambre. Jean-Luc Pasquion ne souhaite pas commenter ces photos de famille, ni en dire davantage : "la colère prend le dessus sur ma peine", affirme l'homme en deuil.
"Je voulais dire quelque chose de positif"

Jean-Luc Pasquion regagne sa place. C'est Laura Pasquion, l'aînée de ses filles qui s'avance. Une jeune femme blonde, âgée de 26 ans, visiblement émue qui va peiner à retenir ses larmes. 

"Pour moi, la mort de ma mère n'est pas envisageable," commence-t-elle. "À 24 ans, j'ai été propulsée dans un monde d'adulte, j'étais encore étudiante, devoir prendre un avocat. Notre maman était tout pour nous, elle était rayonnante, soucieuse de notre bien-être, très affectueuse. Elle avait conscience de notre monde et de ses difficultés, elle avait quand même choisi de se rendre utile." Laura Pasquion, a des larmes dans la voix. Elle évoque sa proximité avec sa mère et une famille ordinaire et heureuse. "J'ai connu tous ses bureaux, je l'ai vue travailler avec amour, toujours avec le sourire. Elle voulait se rendre utile. On a eu une famille normale, on partait en vacances au camping, on profitait des basiques de la vie".

Sur la journée tragique du 28 janvier, la jeune femme évoque l'anniversaire de sa mère, trois jours plus tôt. Une coïncidence douloureuse. "Ma mère, née le 25 janvier, venait de fêter son anniversaire. On attendait le samedi pour le célébrer ensemble". Lorsqu'il s'agit de revenir sur le moment où elle apprend la tragédie, l'émotion est à son comble : "elle avait tellement de choses à vivre, elle qui commençait tout juste à dire qu'elle avait peur de vieillir". La jeune femme pleure. 

Si sa sœur Manon n'a pas eu la force de témoigner, Laura explique : "ce qu'on nous demande, c'est inconcevable. Aujourd'hui, on doit expliquer sa vie, ce qu'elle a fait, c'est très dur (...) Mon père a beaucoup de colère. Moi je voulais dire quelque chose de positif".
"La question ultime : pourquoi ?"

Le drame a bouleversé la vie personnelle, mais aussi professionnelle de la jeune femme. Étudiante en licence de sciences de l'éducation, elle a aujourd'hui trouvé un poste de conseillère pédagogique. Mais elle est marquée par le drame : "depuis les faits, moi-même ayant un poste d'accueil, j'ai peur face à la violence. J'ai peur tous les jours pour moi ! Je ressens cette violence autour de moi et ça me fait très peur."

Qu'attend Laura Pasquion du procès ? "Aujourd'hui, je suis la seule des enfants des victimes qui est apte à parler (...) Je veux juste que la justice soit faite et que les actes qu'il a commis soient jugés". La jeune femme prend également ses distances avec la colère de son père. "Il a cette colère. On ne peut pas lui enlever. Moi aussi, je l'ai eue mais ma mère nous a élevées avec humanité et altruisme. C'est la vie et on ne peut pas la changer !" ajoute la jeune femme en guise de conclusion.

Laura Pasquion n'a cependant qu'une question pour Gabriel Fortin : "ma seule question, c'est pourquoi ? N'a-t-il vraiment aucun lien avec ma maman ?". C'est la même question qui hante Catherine Deloche, l'une des sœurs de la victime. "J'ai écouté le procès depuis le premier jour, je voulais comprendre. J'avoue qu'aujourd'hui je ne comprends toujours pas ! Pourquoi l'accusé a-t-il tué ma sœur ? Pourquoi s'en prendre à Patricia ? J'aimerais avoir une réponse mais je sais que l'accusé ne va pas parler et je ne veux pas le supplier. Il a tué lâchement ma sœur et il sera lâche jusqu'au bout."
Colère d'un père 

La cour et les jurés ont également entendu le père de Patricia Pasquion, Monsieur Deloche. Ce dernier s'est avancé à la barre après sa petite-fille. "Devant la colère de mon gendre, la douleur de mes petites filles, il fallait que j’assiste au procès", explique le père de la victime. Sa fille, il en parle avec des mots simples et des larmes dans la voix : "C'était un vrai rayon de soleil, elle était pleine d'amour !" 

Il ne connaissait pas Patricia, elle ne l'avait jamais vu, elle ne connaissait pas son dossier. Il l'a tuée parce qu'elle était là ! Sa joie de vivre et son amour ont disparu à cause d'un ingénieur médiocre, elle nous manque !

M. Deloche

Père de Patricia Pasquion

Le père endeuillé s'adresse aussi à la cour et aux jurés dans une dernière déclaration qui ressemble à une supplique. "Vous allez juger Gabriel Fortin en votre âme et conscience, mais il me serait insupportable de savoir que mes petites filles puissent se retrouver dans quelques années face à l'assassin de leur mère." "Il saura se faire oublier, attendre une libération anticipée pour bonne conduite", annonce M. Deloche.
"Rien à déclarer !" 

Lundi 19 juin, Gabriel Fortin est resté de marbre face à la douleur des proches de la première victime de son périple meurtrier de janvier 2021, Estelle Luce. Ce mercredi, alors que les proches de Patricia Pasquion ont défilé à la barre, l'accusé n'a pas davantage daigné donner d'explications. "Non, rien à déclarer", a imperturbablement déclaré l'accusé face à la cour à plusieurs reprises. Aucune déclaration, pas plus d'explications face à la douleur de la famille de Patricia Pasquion. L'accusé n'a fait aucun pas vers la famille Pasquion. 

Gabriel Fortin est resté tout aussi inflexible devant Me Jakubowicz, défenseur de Pôle Emploi. "Les parties civiles n'ont aucunement l'intention de se plier à sa volonté. Le temps des courbettes face à monsieur Fortin est terminé !" s'est emporté l'avocat lyonnais. Réponse de Gabriel Fortin : "je n'ai rien à déclarer". Nouvelle tentative de Me Jakubowicz : "lors de l'une de vos déclarations, ce sont vos mots : "je ne suis pas un enculé !" La réponse de Gabriel Fortin est invariable, toujours sur le même ton : "je n'ai rien à déclarer !" Le face-à-face est pesant. Me Jakubowicz revient à la charge : "comment vous qualifieriez un homme qui a tué trois femmes ?" Sans succès. "Je n'ai rien à déclarer, je n'ai rien à déclarer ! " martèle Gabriel Fortin d'une voix ferme, en regardant l'avocat. Me Jakubowicz plie : "c'est quoi le terme, Monsieur ? Méditez-le !"

Le président ne parvient pas davantage à tirer quoi que ce soit de l'accusé. "Il ne s'agit pas de vous demander si vous êtes l'auteur de ce qui s'est passé chez Pôle Emploi. Vous ressentez quelque chose face à ces personnes ?". "Rien à déclarer, Monsieur". Le père de la victime ne tient plus : il fait un geste rageur du poing en direction de Fortin et quitte la salle. 

Face à l'avocat général, qui tente de s'adresser "au scientifique" : "je n'ai rien à déclarer !". "J'aurais essayé, Monsieur le président !" déclare Laurent De Caigny. 

Gabriel Fortin est jugé pour trois assassinats et une tentative d'assassinat, commis entre le 26 et le 28 janvier 2021. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 30 juin prochain. 

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