Témoignage. Procès du "Tueur de DRH" : "On est ses pantins", Mathieu Caclin confie vivre "très mal" l'attitude de Gabriel Fortin

Publié le Écrit par Dolores Mazzola et Yaëlle Marie

Géraldine Caclin a été assassinée à Guilherand-Granges en janvier 2021. Son époux Mathieu est présent à Grenoble au procès en appel de Gabriel Fortin. En marge de l'audience, à l'issue de la première journée, ce mari endeuillé a confié ses craintes et ses attentes.

"Qu'il fasse appel et qu'il refuse de comparaître, c'est juste incompréhensible". Mathieu Caclin, l'époux endeuillé, ne comprend pas l'attitude de Gabriel Fortin qui "n'assume pas son appel". L'absence de l'ex-ingénieur dans le box des accusés, Mathieu Caclin confie le vivre "très mal". L'attitude imprévisible de l'accusé traduit selon lui la volonté d'attirer l'attention. "Il ne fait que rester dans la lumière. Il a besoin de la lumière sur lui". Incompréhensible aussi l'attitude des deux avocats de la défense au moment où Fortin a demandé à sortir de la salle d'audience : "ils n'ont pas dit un mot, ils n'ont même pas tenté de le raisonner", déplore-t-il.

"Qu'il vienne s'expliquer ou assumer", demande Mathieu Caclin. En première instance, Gabriel Fortin n'avait pas livré d'explication à ses gestes, laissant les familles de victimes désemparées. Il n'avait pas davantage fait preuve de remords. Au contraire, le quadragénaire s'était posé en victime, dénonçant notamment une enquête à charge.

"Je demande le même verdict"

Gabriel Fortin a écopé du maximum, soit la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Au moment du premier procès d'assises, l'altération du discernement de Gabriel Fortin a été retenue. Mais la peine de l'ancien ingénieur n’avait pas pour autant été atténuée. Depuis, une nouvelle expertise a eu lieu, l'expert psychiatre doit témoigner jeudi matin, 16 mai. Mathieu Caclin ne cherche pas à comprendre l'accusé. "Je demande qu’on ait le même verdict, uniquement cela".

"L'altération du discernement a été reconnue en première instance. J'ai peur d'une confirmation de l'altération du discernement, mais il reste responsable". La crainte de cette partie civile : que les avocats de la défense tentent de jouer la carte de l'irresponsabilité de leur client. "Ce n'est clairement pas acceptable", déclare Mathieu Caclin.

On fait comment pour se construire avec une autre décision que celle qui a été donnée (en première instance) ?

Mathieu Caclin

Partie civile

Ce dernier redoute surtout une atténuation de la peine infligée à Gabriel Fortin en première instance. "Ce qui peut nous sauver, c'est la dangerosité de l'accusé, le fait qu'il ne s'inscrive dans aucun protocole médical pour se soigner, psychothérapie ou autre chose. J'espère que ça pèsera fort, mais il va falloir le répéter aux jurés", ajoute Mathieu Caclin.

Derrière la confirmation du verdict, il y a aussi pour ce père de famille l'enjeu de la reconstruction des enfants qui ont perdu tragiquement leur mère. Son jeune fils Augustin, qui avait témoigné lors du premier procès, n'était pas là à l'ouverture du procès en appel, mais il doit venir témoigner le 23 mai prochain. 

"On est ses pantins" 

S'attend-il à la présence de Fortin au moment de sa présence à la barre. Il explique : "Je préférerais qu'il soit là. C'est un besoin qu'il soit là. On a l'impression d'être ses pantins (...) On est pris par le personnage. C'est lui qui nous mène, c'est lui qui mène la danse et qui impose ses choix. Il avait le droit de faire appel. Mais c'est un procédurier et il se joue de tout le monde, de la Présidente et même de ses avocats. Il essaie d'imposer sa personnalité", assure Mathieu Caclin au sujet de Gabriel Fortin, sans jamais prononcer son nom. 

Au premier procès, il avait livré un témoignage bouleversant et décrit sa "descente aux enfers" devant un accusé obstinément mutique. Plus de trois ans après le drame et un procès, Mathieu Caclin confie avoir replongé dans les difficultés. "J'étais bien jusqu'au mois d'octobre, mais depuis, j'ai replongé très fort. C'est la bulle judiciaire qui me contraint. Quand le jugement sera fait, s'il n'y a pas de pourvoi en cassation, on peut espérer que ça se calme".

Qu’avez-vous pensé de ce témoignage ?
Cela pourrait vous intéresser :