Procès du "tueur de DRH" : "Je n'assisterai pas aux débats", Gabriel Fortin, à l'origine de l'appel, se dérobe

Gabriel Fortin est de retour devant la justice. Condamné par les assises de la Drôme pour un triple assassinat et une tentative d'assassinat, l'homme a écopé de la peine maximale en juin 2023 : la perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans. Gabriel Fortin a fait appel de sa condamnation. Retour sur le rebondissement de cette première journée d'audience.

Une nouvelle fois, comme au procès de première instance, à Valence, le doute planait avant l'audience sur la présence ou non de Gabriel Fortin dans le box des accusés. L'absence de Gabriel Fortin pour ce procès en appel qui se tient à Grenoble : inacceptable pour Jean-Luc Pasquion, partie civile, croisé peu avant l'ouverture des débats. "C'est lui qui a fait appel. Nous, on n'a rien demandé ! (...) Ce qu’on subit depuis trois ans, c’est un marathon, c’est énorme," rappelle le mari de Patricia Pasquion, abattue sur son lieu de travail à Valence. Si les familles des victimes craignent de revivre les tragiques événements de janvier 2021, elles n'attendent rien de ce nouveau procès. Quant à la présence du quadragénaire, elle a été de très courte durée. 

"Je ne veux pas assister  aux débats"

À l'entrée dans le box des accusés, ce lundi, en début d'après-midi, l'attitude de Gabriel Fortin ne semble pas avoir varié depuis l'an dernier. Sobrement vêtu, l'homme paraît fermé : il s'assoit, croise les bras. L'homme reste de marbre. Pas un regard pour les neuf jurés et de leurs quatre suppléants au moment de leur tirage au sort. 

15h30, le procès en appel de Gabriel Fortin vient à peine de commencer et c'est déjà le coup de théâtre. Alors que la présidente s'apprête à procéder à la lecture du rappel des faits, Gabriel Fortin prend soudainement la parole : "Je ne souhaite pas assister aux débats et je ne souhaite plus venir dans cette enceinte. Je n'ai rien à dire", déclare Gabriel Fortin. Une voix féminine proteste dans les rangs des parties civiles. "Je souhaite quitter la salle et ne souhaite pas venir les prochains jours, et je ne souhaite pas venir dans ce bâtiment", répète fermement Gabriel Fortin sans se départir de son calme. Ce dernier est conduit au dépôt. Les débats se poursuivent en son absence. En quittant la salle , Gabriel Fortin s'enfonce dans son mutisme.

"Chacun se défend comme il l’entend, ce sera son choix et nous adapterons à son choix", a déclaré, peu avant le début de ce procès en appel, Me Buffard, ténor du barreau. Avec Me Sayn, ils sont les deux nouveaux avocats de celui qui a été surnommé "le tueur de DHR" dans la presse. 

Ce coup de théâtre n'en est pas vraiment un. Depuis son arrestation musclée en janvier 2021, Gabriel Fortin s'était muré dans le silence. Avant son premier procès, il a d'ailleurs toujours refusé de répondre aux questions de l'expert psychiatre. À la surprise générale, le quadragénaire s'était cependant exprimé très brièvement dès le premier jour du procès de Valence, en juin 2023. Par la suite, ce procès de première instance avait été émaillé de déclarations sommaires, souvent répétitives. L'accusé s'était présenté en victime sans donner d'explications aux parties civiles, encore moins de remords. 

Peine maximale aux assises de la Drôme

Originaire de Nancy, Gabriel Fortin est accusé d'avoir tué trois personnes lors d’une équipée sanglante en janvier 2021, entre Haut-Rhin, Drôme et Ardèche. Les victimes de cet ingénieur au chômage sont Patricia Pasquin, Estelle Luce et Géraldine Caclin. Quant à Bertrand Meichel, il a échappé à la mort de justesse. Reconnu coupable lors de son premier procès, devant les assises de la Drôme à Valence, Gabriel Fortin a été condamné, pour ces trois assassinats et cette tentative d'assassinat, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. La peine maximale. Le 28 juin 2023, l'accusé était resté de marbre à l'énoncé du verdict. Mais annonçait déjà vouloir son intention de se pourvoir en appel.  

"Une enfance normale"

Pour ce deuxième procès, la mère de l'accusé ne sera pas présente pour des raisons médicales. Son état de santé ne lui permet pas de témoigner. À Valence, la vieille dame avait déjà imploré son fils de parler, d'avoir des mots pour les familles de victimes. En revanche, son frère et sa tante Magali sont bien présents à Grenoble ce lundi 13 mai. Ils sont les deux seuls témoins entendus lors de cette première journée. Il est 16h et le frère de Gabriel Fortin vient à la barre pour raconter "une enfance normale".

Petits, on était très liés. À partir du collège et du lycée, nous nous sommes un peu éloignés. On avait une vie normale, rien qui puisse expliquer ce qui s'est passé (...) Ce n'est pas le frère que j'ai connu avant. Pour moi, il est malade.

Olivier B.

Frère de Gabriel Fortin

Pas de mots virulents comme lors du procès de première instance. C'est une déclaration bien plus mesurée qu'au premier procès. Le frère de Gabriel Fortin, de deux ans son aîné, parle à voix basse. Olivier ne porte pas le même nom que son frère, et pour cause : il est le seul à avoir été reconnu par leur père, originaire du Gabon et retourné vivre au pays. La présidente essaie de comprendre. "C'était un sujet de discussion, l'absence de votre père ?". "Ce n'était pas un problème, ce n'était pas un sujet". Olivier B. est peu loquace, se contente de répondre aux questions de la présidente. Pour Olivier B. c'était un enfant "plutôt heureux de vivre" qui est devenu taciturne au lycée selon le frère. 

Paranoïa et nouvelle expertise psy 

À la barre, Olivier B. revient aussi sur la paranoïa de sa mère, qu'il a noté à partir de 2010. "Au début, j'ai interprété ces accès de paranoïa comme un début d'Alzheimer, mais c'était de pire en pire".  La dernière réunion de famille remonte à l'immédiat après-covid. Le frère évoque alors un homme qui "a versé dans le complotisme". "Ça m'a un peu surpris". Gabriel Fortin ne travaillait déjà plus depuis longtemps, son frère affirme qu'il l'ignorait. La situation financière de l'accusé est aussi évoquée. Le frère a remarqué un laisser-aller vestimentaire surtout. "Et pas de changements physiques ? Pas la prise de poids ?", interroge la présidente. 

Le frère décrit aussi un homme devenu au fil du temps "distant et fuyant", dont le comportement paranoïaque se rapproche de celui de leur mère atteinte d'hallucinations auditives, d'un syndrome de persécution... mais il déclare n'avoir jamais connu son frère violent. 

L'expertise psychiatrique avait retenu l'altération du discernement de l'ingénieur au chômage atteint de troubles paranoïaques. L’argument de l'altération du discernement a été retenu par la Cour d'assises. Mais la peine de Gabriel Fortin n’avait pas été atténuée, au vu de "la gravité des faits". Une nouvelle expertise a eu lieu, le Docteur Danet, expert psychiatre, doit déposer à la barre jeudi matin, 16 mai. Il n'y a en revanche pas d'expertise portant sur ses nombreux écrits. 

Des témoins "importants" 

La défense demande également la présence de deux témoins. Tous deux seraient selon les avocats de la défense à l'origine des problèmes de Gabriel Fortin. Ce sont les avocats avec lesquels Fortin a eu à faire lors d'une affaire devant les prud’hommes. "Ces avocats sont les chevilles ouvrières d'une série de persécutions qui l'ont peut-être conduit à la cour d'assises", explique Me Sayn. "Ces témoins sont importants pour éclairer ce que Monsieur Fortin souhaite vous expliquer". L'un d'eux a évoqué des "impératifs professionnels". Ces avocats vont-ils comparaître ? Rien n'est arrêté. 

L'absence de Gabriel Fortin fait débat

"Il nous convoque et lui, il s'en va ! On ne sait pas pourquoi il a fait appel. On ne sait rien et on n'en saura rien !", déclare Me Jakubowicz au cours de l'après-midi.

"L'accusé est certes dans son droit en refusant de comparaître", mais un procès dans de telles conditions "n'est pas équitable pour les parties civiles", a souligné Me Alain Jakubowicz, représentant de Pôle emploi. "Pour une question de principe, qu'au moins cet homme qui nous a convoqués à ce procès, soit présent. Peu importe qu'il refuse de parler, mais qu'au moins, il entende !", tempête l'avocat lyonnais. C'est Gabriel Fortin qui a fait appel en juin 2023. "Par son comportement, M.Fortin montre qu'il n'a pas changé, Pour les parties civiles que je représente, nous n'attendons rien", a déclaré à son tour Me Gerbi, avocat de parties civiles.

"Si chaque matin, le prévenu refuse de sortir de sa cellule, c'est à la présidente de savoir s'il faut l'en extraire (...) Je préférerais que Monsieur Fortin soit là, au moins écouter", a indiqué Bernard Simier, pour le ministère public. 

L'accusé pourrait être extrait de sa cellule chaque jour pour être conduit au palais de justice de Grenoble, même s'il ne souhaite pas assister aux débats. "La cour arbitrera demain et éventuellement les autres jours", leur a répondu la présidente avant de poursuivre l'audience devant un box qui restera vide jusqu'à la fin de cette première journée.

Pour ce procès en appel, le verdict est attendu pour le 29 mai prochain.