Procès en appel du "tueur de DRH" : ce qu'il faut savoir sur l'affaire Gabriel Fortin

Le procès en appel de Gabriel Fortin, le "tueur de DRH" se tient du 13 au 28 mai 2024 à Grenoble. Il avait été condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité, après avoir été reconnu coupable de trois assassinats et d'une tentative d'assassinat.

Les familles et victimes craignent de revivre, encore une fois, le tragique mois de janvier 2021.

"Ce qu’on subit depuis trois ans, c’est un marathon, c’est énorme" a déclaré Jean Luc Pasquion, mari d'une des victimes à l'ouverture de l'audience. Ce lundi 13 mai, le procès en appel de Gabriel Fortin, surnommé le "tueur de DRH" s'est ouvert devant la cour d’Appel de Grenoble. L’homme avait été condamné en juin 2023 à la réclusion criminelle à perpétuité, assorti d’une peine de sûreté de 22 ans pour les assassinats d’Estelle Luce, Patricia Pasquion, et Géraldine Caclin, ainsi que la tentative d’assassinat de Bertrand Meichel. Il a assisté, impassible, à la constitution du jury. Puis au moment de s'exprimer il déclare "Je ne souhaite pas assister aux débats", quitte la salle d'audience et annonce qu'il ne souhaite pas revenir pour les prochains jours. 

Gabriel Fortin, ingénieur alors au chômage, s’était lancé dans une vengeance sordide en janvier 2021. Du Haut-Rhin jusqu’en Drôme-Ardèche, l’homme voulait assassiner les DRH d’entreprises desquelles il avait été licencié. Du 26 au 28 janvier 2021, il tue trois personnes, tandis qu’une quatrième victime échappe de peu à la mort. Gabriel Fortin aurait agi en moins de 48 heures dans quatre lieux différents, avant d'être interpellé à Guilherand-Granges, sur un pont enjambant le Rhône. 

Face à la douleur des familles lors du premier procès à la cour d'assises de la Drôme, l’assassin est resté mutique, muré dans un silence glaçant. Il a refusé de s’expliquer sur son parcours meurtrier face aux juges et aux experts psychiatres. Dans ses rares prises de parole, Gabriel Fortin se présente en victime, meurtri par ses licenciements successifs. Deux épisodes "traumatisants" qui paraissent avoir nourri sa rancune jusqu'au passage à l'acte.

L’enjeu de l’expertise psychiatrique  

L’enjeu du procès en appel sera très certainement la nouvelle expertise psychiatrique de Gabriel Fortin. Elle retient l'altération du discernement de l'ex-ingénieur, atteint de troubles paranoïaques.

"C’est un élément qui peut se rapprocher d’une décision d’irresponsabilité. La charge de la défense va quand même être de faire en sorte que la Cour et les jurés puissent comprendre quel était l’état d’esprit de Monsieur Fortin dans les mois, les années qui ont précédé les faits et au moment des faits" avance Bertrand Sayn, l’avocat de Gabriel Fortin.

L’altération du discernement avait déjà été retenue dans l’arrêt de la Cour d'assises. Mais la peine de Gabriel Fortin n’avait pas été atténuée, au vu de "la gravité des faits, les inquiétudes sur la potentielle dangerosité de l’accusé et le risque de récidive, son refus d’engager un processus de soin" selon le jugement.

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"Une personne dans laquelle il n’y a plus de vie, il n’y a plus d’humanité".

Pour les familles, l’expertise n’a que peu d’impact face à un accusé qui ne fait preuve d’aucune empathie pour ses victimes. "Il existe en ne donnant rien à personne, rien aux psychiatres, rien aux juges, en ne parlant jamais. Ni empathie, ni geste d’affect en direction des victimes. Juste une espèce de réponse très stéréotypée, sur un ton très arrogant : “j’ai rien à dire”. Il est en train de nous montrer que, finalement, il est dans une toute-puissance" avait ainsi déclaré Dominique Arcadio, l’avocat des parties civiles.  

Même son de cloche du côté de Bertrand Meichel, qui a toujours le syndrome du survivant depuis le 26 janvier 2021. Ce soir-là, il échappe aux balles tirées par Gabriel Fortin, venu se venger de son licenciement. L'ancien DRH alsacien n'a rien raté du procès aux assises. Malgré la condamnation à perpétuité de son agresseur, la peine de sûreté de 22 ans, il garde aujourd'hui une inquiétude sourde. "Qui, aujourd’hui, peut dire ce qu’il se passera dans 20 ans ? J’ai l’impression d’avoir en face de moi une personne dans laquelle il n’y a plus de vie, il n’y a plus d’humanité, il n'y a plus rien quoi" témoigne-t-il. 

Un douloureux retour à la barre

Le retour au tribunal ce lundi 13 mai est douloureux pour les parties civiles, déjà marquées par trois années de combat judiciaire. Dès le premier jour du procès en juin dernier, Jean-Luc Pasquion avait laissé éclater sa rage, faisant mine de tirer sur Gabriel Fortin dans son box. L’homme ne pouvait contenir sa colère depuis la mort de sa femme Patricia, tuée au Pôle emploi de Valence en janvier 2021. Colère, incompréhension, douleur... durant les 13 longues journées de première instance, familles et victimes étaient passées par toutes les émotions. 

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Alors, l’annonce du verdict avait été un soulagement. "Il a pris ce qu’il fallait, le maximum" avait déclaré Didier Luce, le père d’Estelle. "On était tout le temps en haleine, et là on respire" confiaient les sœurs de Géraldine Caclin, tandis que son mari Matthieu ressentait enfin "de la sérénité". Un répit qui aura été de courte durée, alors qu’au lendemain du verdict, Gabriel Fortin annonçait faire appel.

Pour ce second procès, le verdict est attendu pour le 28 mai prochain.

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