Procès de Gabriel Fortin, dit "le tueur de DRH": un parcours professionnel, entre "incompétence" et inadaptation au monde du travail

Le procès de Gabriel Fortin, surnommé "le tueur de DRH" dans la presse a commencé mardi 13 juin. Il doit durer 3 semaines. Le verdict est attendu le 30 juin. Lors de la première journée, la personnalité de l'accusé a commencé à émerger. Un homme solitaire, replié sur lui-même. Ses licenciements successifs l'ont-ils conduit à commettre l'irréparable? Le point sur son parcours professionnel.

Quel est le parcours professionnel de Gabriel Fortin, poursuivi devant les assises de la Drôme pour trois assassinats et une tentative d'assassinat ? Chômeur de longue durée depuis son dernier licenciement fin 2009, Gabriel Fortin était sans emploi au moment des faits qui lui sont reprochés et l'ont expédié devant une cour d'assises.

Après le défilé à la barre des membres de la famille proche de Gabriel Fortin, retour sur son parcours dans le monde du travail et les témoignages de ses rares "connaissances". Autant d'éléments qui permettent encore difficilement de faire la lumière sur la personnalité de l'accusé. Ce jeudi 15 juin 2023, troisième jour des audiences, la parole est aux enquêteurs qui décrivent aussi une personnalité "hors norme".

Licenciements et "déconvenues"

L'homme aujourd'hui âgé de 48 ans a fait ses études d'ingénieur à Metz. De son parcours professionnel, on sait que le diplômé en métallurgie a travaillé en Allemagne entre janvier 2001 et février 2003. C'est probablement la période durant laquelle il a été le plus "heureux" selon sa mère, premier témoin entendu dans cette affaire. Une expérience outre-Rhin qui a pris fin au moment d'une délocalisation.

Gabriel Fortin, de retour en France, a ensuite passé quelques mois dans une entreprise de Sully-sur-Loire. Puis, il a travaillé dans un bureau d'études de l'entreprise Francel à Gallardon, en Eure-et-Loir, à partir d'octobre 2005. Moins d'un an plus tard, en août 2006, il est licencié. Un licenciement pour "faute". L'entretien avait été conduit par Estelle Luce, alors stagiaire, et Bertrand Meichel, DRH confirmé. 

Gabriel Fortin est ensuite passé par Compiègne entre 2006 et 2007 avant d'être embauché, en juillet 2008, par la société ardéchoise Faun Environnement basée à Guilherand-Granges. Cette entreprise de l'Oise, c'est Gabriel Fortin qui l'a quittée. L'avocat général l'interroge sur ce départ. "Si je n’avais pas été à la hauteur, j’aurais été licencié avant deux années. C’est moi qui ai démissionné !". "Pourquoi avoir quitté cet emploi ?", s'enquiert à nouveau l'avocat général. Réponse laconique de l'accusé à Laurent de Caigny : "J’ai eu des déconvenues".

Le poste d'ingénieur chez Faun Environnement à partir de l'été 2008 est le dernier emploi occupé par l'accusé. Il a été à nouveau licencié fin 2009. Il n'a jamais retrouvé de travail. 

Ce dernier licenciement et ses échecs professionnels successifs ont-ils fait basculer l'accusé ? C'est un point que le procès permettra peut-être d'éclairer. Son ancien instructeur de planeur, Michel T. entendu au deuxième jour du procès, décrit un homme "sympathique, intelligent" mais secret. C'est l'image qu'il a gardé au moment de leur rencontre. Mais progressivement, le comportement de Gabriel Fortin a changé. Au moment de son dernier licenciement, il est même devenu "fuyant, replié sur lui-même", selon ce témoin.

Pas à la hauteur ? 

L'ingénieur évoquait peu ses problèmes de travail avec ses proches ou ses amis. Il avait "des difficultés de communication" et s'est peu à peu enfermé dans ses rancœurs. Pour Me Hervé Gerbi, avocat des parties civiles, Gabriel Fortin apparait comme "un homme très solitaire, très isolé, avec des ambitions qui ne correspondent pas à ses capacités".
Gabriel Fortin n'a pas laissé de bonnes impressions. Il a notamment été vu comme un "incompétent", un homme " têtu", "avec un comportement inadapté au monde de l'entreprise". La lettre de licenciement rédigée par Géraldine Caclin et datée du 23 décembre 2009 pointait surtout une "insuffisance professionnelle caractérisée par de nombreuses erreurs, de nombreux oublis" traduisant " un manque de fiabilité évident de (son) travail". La DRH indiquait : "Vous ne délivrez pas le niveau de justesse et de qualité attendu", "vous persistez à penser que votre niveau de travail est suffisant, vous ne tenez pas compte des observations qui vous ont été formulées et nous n'avons pas d'amélioration dans la qualité de votre travail". Une lettre reçue par l'accusé le 24 décembre 2009.

François H, une connaissance de Gabriel Fortin, aussi appelé à témoigner ce mercredi, n'a jamais vraiment connu ses difficultés. "On s'est connu par le passé, voilà 20 ans, on s'est peut-être recroisé 2 ou 3 fois, je n'ai jamais perçu ses soucis, les problèmes qu'il avait et qui ont peut-être amené à ce qu'il a fait en 2021. Non, je n'ai pas perçu ça", indique le témoin en marge de l'audience. 

"Confinement mental" 

De l'avis général, l'accusé vivait très mal ses licenciements. Trois des quatre personnes assassinées y avaient été associées. La quatrième victime, Patricia Pasquion, travaillait dans une agence Pôle emploi de Valence qu'il avait fréquentée après son dernier renvoi. Mais l'accusé avait-il seulement déjà croisé la cheffe d'équipe de Pôle emploi avant ce tragique 28 janvier 2021 ? La question reste posée. 

"Il ruminait et avait des pensées paranoïaques, Pôle emploi lui avait proposé un boulot de manutentionnaire, il l'avait très mal pris", a raconté Michel T. lors de son témoignage mercredi. Il l'a perdu de vue en 2008.

Son conseiller Pôle Emploi de Nancy, qui l'avait suivi jusqu'en 2018, se remémore un homme qui avait décliné toutes ses propositions de mobilité. Interrogée le premier jour du procès, Sa tante Magali Fortin rapporte que la mère de l'accusé se plaignait à cette époque que son fils "se complaisait dans le chômage".


Le procès de Gabriel Fortin, accusé de trois assassinats et d'une tentative d'assassinat en janvier 2021, se poursuivra jusqu'au 30 juin.