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REPLAY | Voir ou revoir le documentaire “La décision”

Angélique a 27 ans. Elle est malentendante depuis l'enfance et devient progressivement sourde profonde. Aujourd'hui, ses prothèses auditives ne lui permettent toujours pas d'entendre correctement et cette situation l'empêche de s'intégrer dans la vie professionnelle. Elle a fait le choix très récemment d'une implantation cochléaire.
Angélique a 27 ans. Elle est malentendante depuis l'enfance et devient progressivement sourde profonde. Aujourd'hui, ses prothèses auditives ne lui permettent toujours pas d'entendre correctement et cette situation l'empêche de s'intégrer dans la vie professionnelle. Elle a fait le choix très récemment d'une implantation cochléaire.

Rose-Marie et Angélique sont soeurs. Elles souffrent toutes les deux d'une malformation qui les rendra sourde profonde. Si Rose-Marie a su vivre avec, Angélique a choisi l'implantation cochléaire. Rose-Mary a filmé sa soeur face à ce choix. Elle pose ainsi d'essentielles questions sur la différence.

Par Kathleen Garon

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Angélique est malentendante depuis l'enfance et devient progressivement sourde profonde. Aujourd'hui, ses prothèses auditives ne lui permettent toujours pas d'entendre correctement. Elle a fait le choix d'une implantation cochléaire. Photographe et malentendante également, sa soeur aînée souffre de la même malformation. Pourtant, elle rejette l'idée d'implanter un corps étranger stimulant son système nerveux.  Leurs divergences de point de vue questionnent sur leur rapport à la surdité, mais aussi la normalité telle que l'érige la société.

Adoptant un point de vue subjectif et immersif, Rose-Marie Loisy a filmé sa soeur dans ses craintes et ses espoirs, dans sa quête pour devenir entendante, jusqu'aux lendemains de son opération et la rééducation de son système auditif.

Elle nous raconte comment est né ce documentaire, "La décision".
 

L'image comme langage

"A l'âge de 7 ans, je découvre la photographie au moment-même où je commence à perdre l'audition : je prends des images de la ferme de mes parents et de la nature qui l'environne. Je m'applique à exercer mon regard, comme pour compenser mon handicap naissant. Plus tard, j'étudie la photographie et je
valide mon diplôme avec un reportage réalisé dans une institution pour enfants aveugles et mal voyants. J'apprends le braille et invente une adaptation tactile de mes photographies. Aujourd'hui, mon travail photographique me permet de gagner ma vie, d'être autonome, de m'exprimer et d'expérimenter.
"
 

La normalité, un carcan qui gomme les différences

"L'image a toujours été mon outil de prédilection. A travers elle, j'ai toujours essayé de m'interroger sur la manière d’aborder mon handicap. En septembre 2015, lorsque ma soeur Angélique, atteinte de surdité profonde, m’a confié son désir de se faire implanter et m'a demandé mon avis, j'ai senti que cette histoire devait être l’objet d’un film, mon premier film. Mon désaccord et nos divergences me semblaient cristalliser les enjeux d'un débat majeur, qui clive la communauté des sourds et malentendants.

Enfant, je refusais de porter mes prothèses auditives. Je tenais à écouter le monde tel qu'il se présentait à mes oreilles. A l'inverse, ma soeur s'est toujours battue pour entendre au mieux et se rapprocher des entendants, rejetant la langue des signes apprise durant l’enfance. Aujourd'hui, elle pense que l'implant lui permettra de résoudre ses problèmes d'insertion professionnelle et d'intégration sociale. Je comprends son choix mais je considère l'implant cochléaire, qui stimule le système nerveux par des impulsions électriques, comme une intrusion physique violente, et surtout comme la négation de notre sensibilité naturelle singulière, celle qui a forgé notre personnalité et notre imaginaire.
Il y a, je crois, un droit à différentes perceptions du monde, inaliénables, par aucun modèle social, aucune médecine, ni aucune technologie. La surdité, comme la cécité, sont des «handicaps» car la société dominante, celle qui entend et voit, ne veut ni ne sait comment s'adapter pour les intégrer. Elle nous dit que c’est à nous de gommer nos particularités pour se rapprocher d'elle. Notre différence est évidemment incontestable. Mais elle est aussi une force, une qualité naturelle à laquelle je tiens, car elle constitue un élément fondamental de mon identité et m'a permis de me construire.
Face à sa décision, Angélique et moi nous confrontons réellement à notre surdité pour la première fois. Nous en parlons, nous en débattons et son choix s'immisce dans notre complicité et notre quotidien. J’aimerais que ce film permette à Angélique de mieux comprendre ce que son implantation
implique tout en partageant notre réalité avec le spectateur, qui méconnaît souvent les questionnements qui nous habitent.
"
 

Un travail documentaire avant tout

"Avant son opération, Angélique a besoin d’être soutenue, confortée et rassurée dans son choix, elle fuit certaines interrogations. Je mènerai donc seule mon enquête, en parallèle, auprès de mon entourage, de médecins, de personnes engagées pour ou contre l’implantation cochléaire : les échanges d'expériences et de points de vue feront émerger les enjeux liés à cette opération. A travers la captation des émotions, parfois intenses, engendrées par ce changement, le film raconte ce processus de décision et de transformation. Il révèle comment chacune d'entre nous accepte ou refuse, improvise et compose avec sa surdité."

Un film documentaire de Rose Marie Loisy
Coproduction : Les Films de l’oeil sauvage / France 3 Auvergne Rhône-Alpes

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